28. Terreur

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« L'homme est glacé dans le malheur, il se chauffe avec sa colère. »
— Victor Hugo




28. Terreur







Amara







En poussant la porte de la bibliothèque pour sortir, je tombe sur Kristen. Son regard glisse lentement sur les livres que je tiens contre moi, comme si je venais de voler quelque chose.

Depuis qu'Isaac m'a montré cette bibliothèque, je n'en sors plus. C'est devenu une sorte d'oxygène. Les livres ont toujours été l'une de mes rares échappatoires. Ici, ils me permettent de fuir sans bouger, d'oublier cette vie terne, figée, où même les couleurs semblent interdites.

Alors, depuis une semaine, je foule le sol de cette bibliothèque immense. Des livres partout. Des histoires partout. Et, paradoxalement, plus de vie ici que dans tout le reste du manoir.

N'ayant pas le droit de monter à l'étage, de sortir dans le jardin, ni même de trop errer dans le manoir, comme si j'étais un détail gênant qu'on tolère à peine, je me construis des morceaux d'existence entre ces étagères. Ma seule manière de ne pas disparaître.

Mais le regard de Kristen, lui, ne me quitte pas. Il est insistant et contrôlant depuis des jours, comme deux flammes prêtes à me brûler si je dépasse la ligne.

Elle montre clairement qu'elle n'est pas satisfaite.

— Un problème ? je demande, un sourcil levé.

— Tu passes plus de temps ici qu'auprès de ton mari, lâche-t-elle froidement, sans une once de chaleur.

Un rire sans joie m'échappe.

— Et alors ?

Son visage se durcit.

— Tu entres dans la bibliothèque de mon beau-père sans autorisation. En tant que gérante du manoir, ça me regarde.

Je serre les livres un peu plus fort contre ma poitrine.

— Je demanderai son autorisation si c'est ce qui t'empêche de dormir, Kristen.

Je la contourne sans attendre sa réponse.

— Ce ne sont pas ces livres muets qui vont t'apprendre à survivre ici, petite.

Je m'arrête net. Voilà qu'elle révèle de plus en plus son vrai visage, celui qu'elle enfouit derrière un masque de bienveillance, mais qui ne m'a jamais été totalement caché, car Kristen est une mauvaise comédienne.

Je finis par tourner légèrement la tête, sans vraiment la regarder. 

— Je préférerais mourir entourée de ces livres que vivre de la charité des Rios.

Puis je repars. Derrière moi, son rire s'élève, sec et méprisant. Mais il ne m'atteint pas.

Je rejoins le salon d'Ice. Catalina est assise au sol avec Alma, en train de dessiner. Jalen est à l'école. Alors, comme souvent, elles remplissent le vide ensemble. Ou avec moi.

Et je m'y accroche plus que je ne veux l'admettre. Surtout à Catalina. On a partagé trop de peur, trop de silence, trop de pleurs, pour que ça reste superficiel.

Dehors, la fin d'après-midi s'étire. Le ciel est gris, lourd, sans nuance. Ici, les jours semblent se refermer trop vite, la lumière elle-même semblant fuir les lieux.

Et avec elle, une sensation persistante : celle d'étouffer.

Je ne sais pas pourquoi, mais cette sensation remonte dans ma poitrine et me serre la gorge brutalement avec une force invisible.

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