« Ils ont pleuré un peu mais ils ont fini par s'y habituer. L'homme s'habitue à tout, le lâche. »
— Fiodor Dostoïevski
24. Cauchemars
Ice (Zayden)
Il fait chaud. Beaucoup trop chaud. Mes yeux s'ouvrent difficilement, puis se referment face à un soleil brûlant qui m'aveugle. Ma bouche est sèche. Je n'ai rien mangé, rien bu depuis des heures. Je secoue ma gourde, mais pas une goutte ne perle.
Le soleil me frappe le crâne. Mon corps est écrasé sous cet uniforme qui me comprime et me brûle la peau. Je ne sens même plus mes pieds dans mes bottes. Devant moi, l'horizon se perd dans un brouillard de fumée de désert.
Enfoncé dans ce sable fin doré, mes yeux parcourent lentement les alentours. Et je vois des corps... des corps de cadavres. Des collègues, des amis, des frères d'armes, entassés sans vie.
Je ferme les yeux un instant. Quand je les rouvre, cette fois, je me revois devant une tombe. Mes petites mains d'enfant innocent s'enfoncent dans la terre humide, encore fraîche de la pluie tombée quelques instants plus tôt. Malgré mes contestations, mes pleurs, ma peur enfantine... personne ne m'écoute.
Mon poing reste dans la terre. On me tire de force. On m'oblige à monter dans une voiture sombre et froide. Je frappe contre la vitre, je supplie qu'on ne m'emmène pas. Une main ferme m'oblige à me tourner. Quand je croise son regard noisette... je me fige. Les yeux froids et mauvais de mon père me transpercent.
Un bruit fort me tire brutalement de ce gouffre de cauchemars. Je cligne des yeux. Je ne suis ni dans le désert, ni au cimetière. Je suis dans mon bureau, au club, endormi sur la banquette.
Narciso et Jonas viennent d'entrer.
— C'est quoi cette tête ? demande Shade. Tu viens de faire un cauchemar ou quoi ?
Je ne t'ai pas attendu pour vivre un cauchemar, Ice.
Je ne sais pas pourquoi son visage a émergé dans mon esprit à cet instant. Je masse mes tempes en me redressant. Direction le lavabo. J'ouvre le robinet et m'asperge le visage d'eau, laissant les gouttes glisser sur ma peau brûlante.
Je rejoins mon bureau en m'essuyant le visage et les mains avec du papier que je jette ensuite dans la poubelle.
D'un geste rapide, je déboutonne un bouton de ma chemise noire.
— Elle va mieux ? demande Jonas.
Je n'en sais rien. Je ne l'ai pas vraiment vue. Juste un passage rapide dans la chambre pour me doucher et me changer. Elle dormait encore. Je retiens un soupir, mais il finit par m'échapper quand même, son image revenant aussitôt.
Elle préfère s'endormir sur le canapé plutôt que dans le lit que j'ai fait préparer pour elle. Mon lit. Je n'utilise cette chambre que pour me doucher et me changer lorsque je suis au manoir. Mais malgré ça, ça reste le mien. Et elle le rejette exactement pour cette raison.
Je relève à peine les yeux, la mâchoire légèrement contractée, avant de répondre :
— Elle respire. C'est suffisant.
Narciso me regarde, perplexe. Jonas, lui, n'a pas l'air content de ma réponse.
— T'abuserais pas un peu, Zay ?
— C'est toi qui as abusé hier.
Jonas fronce les sourcils.
— Elle est à deux doigts de péter les plombs. Si ça continue, faudra l'enfermer. Pas au manoir mais en psychiatrie.
VOUS LISEZ
AMARA
RomanceAmara, étudiante en psychologie, tente de survivre à une vie fragmentée entre les silences lourds de sa mère, les démons de son passé et ses propres fêlures. À Brownsville, au Texas, où l'ombre de l'illégal plane en silence, tout semble figé dans un...
