Chapitre 59

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Se forcer à oublier quelqu'un avec qui tu as survécu, c'est comme vouloir effacer une blessure qui fait encore vivre.

08h43 – Cuisine

Moi : -devant l'évier, Inaya qui gribouille à table avec un feutre sec-

Zakaria : -debout dans l'encadrement de la porte, silencieux, mains dans les poches-

Moi : T'as faim ?

Zakaria : J'sais pas... T'as besoin que je mange ?

Moi : J'ai besoin que tu te comportes pas comme un fantôme.

Zakaria : -s'approche lentement- Tu veux que j'aille où ?

Moi : Nulle part. J'veux juste pas que tu sois là sans être là.

Inaya : J'ai faim, moi.

Moi : -sourit doucement- Allez, je te fais ton pain grillé, princesse.

Zakaria : -à Lina, en lui tendant la main- On met la table ensemble ?

Inaya : Oui... mais tu cries plus, hein ?

Zakaria : Non, habibti. Plus jamais.

[2024 – Cabinet du psychologue]

Psychologue : Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?

Moi : Fatiguée. Parfois perdue. Mais j'essaie.

Psychologue : Vous parlez beaucoup de vos silences... Qu'est-ce qu'ils signifient pour vous ?

Moi : Que parfois, c'est plus simple de rien dire que d'expliquer ce qui fait mal.

Psychologue : Et quand vous dites « j'essaie », c'est quoi ce « essayer » ?

Moi : Vivre avec ce qui reste. Avec ce qui a cassé.

Retour 2022

09h55 – Salon

Moi : -assise par terre avec Inaya , lui attache les cheveux en tresses maladroites-

Zakaria : -revient du balcon avec un thé-

Zakaria : Tu veux un peu ?

Moi : Non merci.

Zakaria : J'peux faire quelque chose pour toi ?

Moi : Pas aujourd'hui. Mais continue à poser la question... un jour, j'aurai peut-être une réponse.

[2024– Cabinet du psychologue]

Psychologue : vous vous sentez seule , malgré que vous avez deux enfants ?

Moi : Oui.

Psychologue : Qu'est-ce qui vous manque le plus ?

Moi : -silencieuse- -larme au yeux-

J'ai sentie mon cœur se déchiré .

Psychologue : Est-ce que vous pensez que ça peut revenir ?

Moi : non . Jamais .


Retour. 2022

12h10 – Couloir de l'immeuble

Salima : Ah ! Tu fais peur, wesh.

Moi : Je voulais juste t'ramener le livre. Celui sur les plantes.

Salima : T'as pas dormi.

Moi : J'ai essayé. Mais j'entendais mon cœur parler tout seul.

Salima : Et lui ?

Moi : Il marche sur des œufs. J'le laisse faire. J'ai plus l'énergie de briser quoi que ce soit.

Salima : Tu veux que j'vienne ce soir ?

Moi : Non... ce soir, j'veux le regarder. Voir s'il reste.

[2024 – Cabinet du psychologue]

Psychologue : Et aujourd'hui, qu'est-ce qui vous manque ?

Moi : Les questions qu'il me posait... même les petites. Genre : "T'as mangé ?", "T'as vu Inaya sourire ?"

Psychologue : Et pourquoi elles vous manquent ?

Moi : Parce que maintenant... c'est moi qui me les pose. Mais y'a personne pour entendre les réponses.



6mois plus tard

2022

08h00 – Chambre d'hôpital

Moi : -la main sur mon ventre, les contractions régulières-

Zakaria : -essuie mon front avec tendresse- Tu gères comme une guerrière, wallah.

Moi : Cette fois... j'veux pas qu'on se rate, Zakaria.

Zakaria : On va pas se rater. Pas cette fois.

08h37 – Naissance du bébé

Le cri brise le silence. Une larme coule le long de ma joue.
Zakaria regarde l'enfant, submergé.

Zakaria : Bienvenue, ma fille . Bienvenue dans notre chaos.

Moi : Inaya a une ptite sœur .

[ 4mois plus tard – Cuisine]

Moi : -prépare un biberon, les cernes profonds-

Zakaria : -fait rire Lina avec une danse débile-

Moi : Parfois, j'ai l'impression qu'on court après le temps.

Zakaria : Mais on court ensemble. C'est ça qui compte.

Moi : C'est toi qui avances. Moi, j'suis à bout.

Zakaria : Alors je te porte. Même fatigué, j'te porterai.

[Un an plus tard – Chambre des enfants]

Moi : -berce doucement le petit dernier-

Inaya : Maman, elle me regarde !

Moi :lina t'aime déjà beaucoup, habibti.

Zakaria : Notre famille est fragile, mais elle tient.

Moi : Elle tient, grâce à ce qu'il reste de nous.

[2024 – Cabinet du psychologue]

Psychologue : Et aujourd'hui, qu'est-ce qui vous donne encore de la force ?

Moi : Leurs regards. Leur vie. Même dans mes nuits les plus sombres, eux, elles brillent.

Psychologue : Vous brillez à travers eux.

Moi : Peut-être. Ou peut-être qu'elles recollent mes morceaux sans le savoir.





Bisous mes habibati ❤️

𝒞𝒽𝓇𝑜𝓃𝒾𝓆𝓊𝑒 𝒹𝑒 𝓂𝒶𝓁𝒶𝓀 : "𝒿𝑒 𝓃𝑒 𝓋𝑒𝓊𝓍 𝓆𝓊𝑒 𝓁𝓊𝒾 "Où les histoires vivent. Découvrez maintenant