44

612 24 11
                                        

SELIM

Et là, je tombai nez à nez avec son mari.

— Tu comptes lui foutre la paix quand ? lança-t-il

— Jusqu'à ce que tu ne fasses plus partie de sa vie, ai-je répliqué sans détour.

Je l'ai poussé du plat de la main, droit contre son torse.

Ce type, c'était le genre à jouer les maris jaloux, à bomber le torse comme pour défendre son honneur

alors qu'il devait sûrement s'envoyer une ribambelle de filles faciles dans son dos.

Je referme la porte de sa chambre derrière moi et, j'allume une cigarette

La première bouffée me brûle un peu les lèvres, mais je m'en fiche

Puis ça me frappe. Cette pensée qui surgit sans prévenir.

Ce putain de baiser.

Et je ne peux pas m'empêcher de penser à elle.

Je ne sais pas d'où vient ce soudain rapprochement, ce frisson étrange qui me ramène vers celle pour qui, autrefois, j'aurais été prêt à tout. À tuer, peut-être.

Mais bon.

Trêve de pensées.

J'ai d'autres priorités en tête



NESSAYEM

Le soleil se levait doucement, peignant le ciel de teintes pâles et dorées

J'étais déjà éveillé, assis au bord du lit, à contempler ce spectacle silencieux que j'aimais tant

Ismaël était venu dans la nuit. Je l'avais senti. Sans un mot, il s'était glissé à mes côtés

Il dort encore. C'est bien la première fois qu'il tarde ainsi

Je le regarde un instant, paisible, presque fragile sous la lumière naissante. Puis je me lève sans bruit et quitte la chambre.

Mes pas me mènent vers celle d'Ahmed. J'ai besoin de voir dans quel état il est, de m'assurer que la nuit ne l'a pas englouti un peu plus.

J'ai toqué doucement, par simple réflexe, puis j'ai entrouvert la porte.

Mes yeux se sont aussitôt fixés sur lui.

Ahmed était debout, torse nu, en sueur, à lancer des coups dans le vide, comme s'il se battait contre un adversaire invisible. On aurait dit qu'il était sur un ring, concentré, déterminé, habité.

— Mais qu'est-ce qui te prend ? ai-je lancé en riant, moqueur, adossé à l'encadrement de la porte.

— Je refuse d'être accroupi dans ce lit, affaibli comme un vieux chien, lâcha-t-il entre deux souffles, les poings encore serrés, les yeux pleins de feu.

— Arrête ça, tu risques de te faire mal, répondis-je en avançant vers lui, la voix un peu plus ferme.

Mais il ne m'écoutait déjà plus. Il avait ce regard de ceux qui n'acceptent ni la pitié, ni la faiblesse. Un regard qui criait qu'il avait encore quelque chose à prouver à lui-même, peut-être plus qu'aux autres.

Il n'arrêtait pas.

Hyper concentré, comme enfermé dans une bulle où plus rien n'existait pas même moi.

J'ai compris, à ce moment-là, que ma présence n'avait peut-être pas tant d'importance. Pas dans cet instant-là, en tout cas.

— Bon, je te laisse... Tu commences sérieusement à m'inquiéter, dis-je en me détournant, un demi-sourire aux lèvres.

NessayemOù les histoires vivent. Découvrez maintenant