— Que veux-tu ? lui demandé-je.
Il s'avança lentement vers moi, suivi de deux hommes que je reconnus aussitôt ; sans doute ses bras droits, que j'avais déjà croisés par le passé.
Ils quittèrent la maison afin de nous laisser seuls.
— Je sais que je suis la dernière personne que tu souhaiterais voir, reprit-il d'une voix douce, presque tremblante. Mais je suis venu m'expliquer.
Je laissai échapper un soupir face à sa demande. J'avais retenu tant de mots, tant de répliques que je brûlais de lui lancer... mais aucune d'entre elles n'avait réussi à franchir mes lèvres.
— Si c'est pour t'excuser, c'est inutile.
— Écoute, Nessayem... j'ai eu de nombreux regrets dans ma vie. Et je garde en moi le remords de m'être comporté en lâche en vous laissant.
— Tu n'as aucune idée de tout ce que l'on a traversé... aucune. Jamais je ne te pardonnerai de nous avoir abandonnées, comme si nous n'avions plus la moindre valeur à tes yeux.
Il s'avança de quelques pas et leva la main afin de la poser sur mes cheveux.
— Ne me touche pas.
— Tu as vraiment hérité de mon caractère... murmura-t-il. Écoute... je m'en veux sincèrement. Mes choix passés n'étaient pas délibérés. J'ai été lâche, oui, en vous laissant... mais je n'ai jamais cessé de veiller sur vous de loin. J'ai même essayé, à plusieurs reprises, de vous envoyer de l'argent... ta mère a catégoriquement refusé.
— L'argent m'importe peu. Tout ce que je voulais, moi, c'était mon père... ta présence valait infiniment plus que toutes les sommes que tu aurais pu nous donner. Et je remercie Kemal d'avoir été ce père que tu n'as pas su être. Même s'il m'a fait vivre des moments douloureux, il a toujours pris soin de moi lorsque j'étais petite.
Je ne pus contenir mes larmes ; c'en était trop. La douleur, la faiblesse... tout me submergeait.
— Laisse-moi te prouver que je veux me rattraper, mi flor.
— Je veux que tu t'expliques avec Kawthar et Issam, que tu t'excuses auprès de ma mère. Elle a tellement enduré... Après cela, continue ta vie comme bon te semble, mais ne viens pas jouer un rôle.
— Comment ça ? murmura-t-il. Je veux vraiment te prouver ma sincérité... Et Kemal ? Est-ce qu'il s'est comporté convenablement avec elle ?
Pas cette question...
— Oui... oui, il s'est comporté... bien.
— Tu me mens. Dis-moi la vérité, Nessayem. Comment s'est-il comporté avec ta mère ?
Mon cœur se serra de nouveau. La douleur des souvenirs que je croyais enfouis refit aussitôt surface.
— S'il te plaît... arrête. Sors d'ici et laisse-moi tranquille. Je... je me sens fatiguée.
Je me sentais affreusement mal, comme si mes jambes ne me portaient plus. Me rattrapant de justesse, je m'appuyai contre le canapé.
— Nessayem ?! Ça va ? s'inquiéta Ahmed. Apportez de l'eau, elle est brûlante de fièvre !
Il s'empressa de me soutenir par le bras et de m'asseoir sur le canapé. Ma tête tournait, le monde vacillait autour de moi. C'était insoutenable.
DOÑA
Assise à la terrasse d'un café, j'attendais l'arrivée des enfants. J'étais assez stressée, pour tout vous dire. Mon cœur battait la chamade... C'était sans doute cet instinct maternel, ce lien invisible, qui me mettait dans un tel état.
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Nessayem
Roman d'amourL'amour, c'est lorsque le bonheur de l'autre est aussi important que le sien De l'antagonisme à l'affection, il n'y a parfois qu'un pas que l'amour peut franchir
