NESSAYEM
Une pensée obsédante me traverse l'esprit. Sans plus attendre, je me dirige vers mon dressing, enfile un haut noir ajusté, puis un bas de la même teinte.
J'enfile aussitôt une veste noire, ornée d'inscriptions énigmatiques, et chausse mes talons hauts avec assurance.
D'un geste rapide, je ramasse mes cheveux en une queue de cheval négligée mais élégante, puis j'enfile mes lunettes de soleil sombres, donnant à mon regard une allure impénétrable.
Dehors, la nuit est déjà tombée ; seul le personnel de la maison et quelques gardes vont et viennent dans l'ombre.
Je referme la porte de ma chambre avec précaution, puis me faufile jusqu'au garage, priant intérieurement que l'autre imbécile n'ait pas pris la moto.
La seule chose que je lui dois, ce sont ses leçons de conduite — le reste appartient déjà au passé.
Saeid est parti en voyage d'affaires, Evin passe la soirée chez une amie.
Elle m'avait proposé de l'accompagner, mais j'ai décliné : j'avais besoin de me retrouver seule, ne serait-ce que quelques instants. Quant à Ismaël, le travail le retenait jusqu'à tard dans la nuit.
J'enfile mon casque, par précaution, puis mets le contact de la moto. Le moteur vibre aussitôt sous moi, prêt à bondir. J'avance jusqu'au portail, mais ce dernier demeure obstinément fermé.
— Madame Elsayed, votre mari a formellement interdit que vous sortiez ce soir, déclare le garde d'une voix sèche.
— Et moi, je vous emmerde. Ouvrez ce portail, ou voulez-vous que je le défonce délibérément ?
Il me dévisage un instant, puis, sans un mot de plus, finit par ouvrir le portail. Aussitôt, j'enfourche la route,
laissant la maison derrière moi, sans vraiment savoir quelle direction emprunter — simplement portée par le besoin de vivre, de respirer.
Au guidon de la moto, le monde prend une saveur nouvelle.
La brise fraîche caresse mon visage, chasse mes tourments. Loin des mensonges, des conflits, des faux-semblants... le moment présent n'appartient plus qu'à moi.
Ma priorité, ce soir, c'est moi. Avec chaque kilomètre, je me sens un peu plus vivante, un peu plus libre.
Pourtant, quelque chose trouble ce sentiment de paix : j'ai l'étrange sensation d'être suivie... Délire de l'esprit ou réalité ?
Je chasse cette idée de mes pensées et poursuis mon périple jusqu'à une plage, vivante et animée. La foule s'amasse sur le sable, le bruit des conversations se mêle au ressac des vagues.
Je ralentis, m'immobilise, puis retire mon casque, laissant mes cheveux retomber en cascade sur mes épaules, tandis que mes poumons se gorgent de l'air marin.
Je détache mes cheveux, noirs comme l'aile d'un corbeau, puis m'assieds un instant afin de contempler la vue de la mer.
Autour de moi, des familles, des couples, s'enlacent, rient, rayonnent d'un bonheur simple — ce bonheur que je me demande, avec amertume, si je connaîtrai un jour.
Quand j'y pense... mon destin a été tracé contre mon gré, sans que je me sente jamais vraiment épanouie, aimée... Non, je ne connaîtrai sans doute pas cet épanouissement, pas plus que l'amour de mon propre géniteur.
Quelle idée, d'ailleurs, d'avoir cru un instant que le chercher changerait quelque chose... Il ne m'assume pas, pas plus qu'il n'assume Kawthar et Issam.
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Nessayem
Roman d'amourL'amour, c'est lorsque le bonheur de l'autre est aussi important que le sien De l'antagonisme à l'affection, il n'y a parfois qu'un pas que l'amour peut franchir
