NESSAYEM
— C'est qui, ce foutu salopard ?, gronda mon père, la voix rauque, pleine d'une colère sourde.
Sans attendre de réponse, il glissa une main dans la poche intérieure de sa veste. Quand il en ressortit, son arme scintillait faiblement sous la lumière trouble de la pièce. Il leva les yeux vers moi, le regard dur, presque méconnaissable.
— Pas un mot. Pas un seul bruit, souffla-t-il.
Le silence qui suivit était plus lourd qu'une menace. C'était l'attente, suspendue, entre deux battements de cœur.
— C'est qui, t'as vu ? Même en débarquant ici, tu m'apportes encore des emmerdes, lâchai-je, la voix tremblante de colère, les yeux brûlants.
Il me fixa un instant, puis leva la main, comme pour m'implorer de me taire. Sa voix était basse, presque un murmure, mais chaque mot vibrait d'une tension glaciale.
— Pitié, ma chérie... ferme-la, dit-il sans me regarder. Si tu veux pas qu'il te colle une balle dans la tête, dis plus rien...
Dans l'ombre, une silhouette s'avança. Lentement. L'arme qu'il tenait brillait faiblement à la lumière crue de la pièce.
— C'est Eduardo, souffla-t-il enfin, la mâchoire crispée. Un des jumeaux. Les frères Escorpions.
Il tourna alors vers moi un regard que je ne lui connaissais pas. Quelque chose de brisé. Et de dangereux.
— Je sais... C'est la dernière chose que tu voulais entendre. Mais je te jure, sur tout ce qu'il me reste, que ces deux pourritures vont payer. Très cher. Pour ce qu'ils t'ont fait.
— Ça sert à rien... soufflai-je. T'étais même pas là. Trop occupé. Depuis que je suis gamine, j'ai appris à faire sans. J'ai pas besoin de ta pitié. Tu comprends ça ?
Je me redressai lentement, les draps froissés glissant de mes épaules. Mon corps était lourd, vidé, comme si chaque mouvement tirait sur des fils invisibles de douleur.
D'une main tremblante, je cherchai mon élastique sur la table de chevet. J'attachai mes cheveux du mieux que je pouvais, rassemblant le peu d'énergie qu'il me restait.
Je n'avais plus de larmes. Juste cette fierté amère, celle qu'on porte comme une armure quand plus rien d'autre ne tient debout.
— Bon, t'as un plan pour nous sortir d'ici ?, lançai-je, le souffle court. Parce que tes phrases de papa protecteur, j'en ai rien à foutre. J'ai besoin d'un vrai plan. Maintenant.
Il serra la mâchoire, jeta un regard rapide vers la porte, puis répondit à mi-voix, presque dans un souffle :
— On va sortir par la terrasse. Octavio est parti faire un tour, il revient nous récupérer dans quelques minutes. Ce chien a ramené toute sa clique... À deux, on tiendra pas. C'est du suicide.
Il sortit son téléphone, tapota nerveusement, puis reprit :
— Je vais prévenir la Doña. Faut surtout pas qu'elle approche avec les gosses. Si jamais il leur arrivait quelque chose... elle me déchirerait le cœur de ses propres mains. Et elle aurait raison.
Le silence retomba une seconde. Un silence tendu, chargé. Quelque part, derrière les murs, des voix montaient, étouffées, impatientes. On n'avait pas le luxe de l'hésitation.
— Quels enfants ?, lançai-je, figée. Mon cœur cognait fort, comme s'il avait compris quelque chose que ma tête refusait encore.
Il venait de raccrocher. Il avait parlé avec Octavio, l'avait sommé de ramener des hommes. "On va avoir besoin de renfort", avait-il dit, comme si la guerre était déjà là.
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Nessayem
Roman d'amourL'amour, c'est lorsque le bonheur de l'autre est aussi important que le sien De l'antagonisme à l'affection, il n'y a parfois qu'un pas que l'amour peut franchir
