CHAPITRE . 33 : LUI .

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Je faisais glisser mes doigts sur les pochettes devant moi sans trop savoir quoi chercher.
La boutique sentait la poussière et le vinyle usé et ce mélange me ramenait toujours à l'époque où je faisais les boutiques avec ma mère quand j'étais plus jeune .
À Crimson Bay ce genre de magasins tenait du miracle .
Il y'avait peu de place pour le vintage et ce disquaire persistait à exister, coincé entre un coffee shop et une librairie qui faisait faillite tous les six mois.

Je continue de traverser les rayons jusqu'à ce qu'un nom saute aux yeux .
My Chemical Romance et non "My Romance Chemicals" comme Rhéa disait toujours en mélangeant exprès les mots pour me faire râler.
Il était entre deux éditions.
C'était un coffret DVD de concert collector très rare et c'était exactement ce que je voulais pour elle.

J'ai sorti le portefeuille et payé, le type derrière le comptoir a emballé ça dans une pochette en plastique .

Je suis sortis de la boutique et l'air frais de Crimson Bay m'a giflé le visage .
Je marchais encore avec un putain de sourire idiot collé au visage quand mes pas ont ralentis en voyant un reflet dans la vitre d'un restaurant.

Mon cœur a raté un battement.

Putain.

Je suis resté planté sur le trottoir incapable de détourner les yeux.
Tout avait l'air normal autour de moi, les gens passaient, les voitures roulaient mais moi j'étais figé.
Mon cerveau a bugé et j'ai cru à une erreur, à un mirage ou à n'importe quoi d'autre que la réalité. Mais plus je regardais plus ça devenait impossible à nier.

Bordel ! Qu'est-ce qu'elle foutait là ? Et avec ... lui ? Ça ne faisait aucun putain de sens.
Absolument aucun.

Assis là sur une chaise du restaurant le sénateur Mcmillan sirotait un verre d'eau .
Mais ce n'était pas lui qui m'avait paralysé.
Non c'était elle.

Des cheveux blonds et pas n'importe lesquels .
Ceux que je reconnaîtrais entre milles même dans la nuit noire.

Millicent.

Je me suis dit que c'était un mirage et que la vitre me jouait des tours mais plus je regardai plus mes tripes se serraient.

Je me suis un peu reculé en cherchant un angle priant pour qu'ils ne lèvent pas la tête.
Mon souffle était irrégulier comme si j'avais couru un marathon et je me répétais en boucle que Non .

Ce n'est pas elle tu rêves, t'as sûrement mal vu .
Mais chaque fois que son profil apparaissait et que sa chevelure captait la lumière je savais.
C'était bien Millicent.

Et ils dînaient tranquillement comme deux personnes qui avaient l'habitude de se voir.

Le père de Jewel parlait mais je ne pouvais pas entendre.
Millicent l'écoutait, son menton posé dans sa paume le regard fixe et attentive .
Mais il y avait quelque chose dans son expression que je ne pouvais pas déchiffrer.
Une sorte de mélange entre gêne et... amusement ?

C'était quoi ce bordel ?

Je suivais les mouvements de Millicent.
Le léger froissement de sa robe lorsqu'elle se penchait pour attraper son verre.
La façon dont ses doigts effleuraient la serviette avant de la poser.
Je connaissais cette fille, je l'avais connue depuis toujours et pourtant à cet instant précis elle était devenue une putain d'étrangère.

La gorge serrée, je les ai suivis du regard jusqu'à la fin.

À la sortie le père de Jewel a serré la main de Millicent avec une familiarité qui m'a glacé puis il est monté dans sa voiture et s'est tiré comme si tout était normal.

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