Chapitre 42

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Bonne lecture <3
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Romayssa

Le QG de Rick n'a rien d'un simple bureau. C'est une forteresse de verre et d'acier plantée au cœur de Londres, invisible aux yeux du monde. L'endroit dégage une froideur presque chirurgicale, un calme calculé qui semble avaler le bruit de la ville.
Les couloirs sont tapissés de serveurs bourdonnants, de panneaux lumineux, d'écrans projetant des cartes et des flux de données en temps réel. À peine ai-je mis un pied dedans que je ressens cette sensation étrange celle d'être à la fois en sécurité et sous surveillance.

Depuis notre retour, Rick a repris les commandes sans un mot de trop. Il marche vite, parle peu, et tout le monde obéit. Il dicte des ordres avec cette précision glaciale qui lui est propre, chaque phrase pesée, chaque geste calculé.

Priorité absolue : retrouver Ivan, dit-il en se tournant vers l'un de ses techniciens.
Ses mots claquent dans l'air comme des ordres militaires. Personne ne bronche.

Je reste légèrement en retrait, observant la scène. Artem est à côté de moi, le visage fermé, les épaules tendues. Ses doigts tapent nerveusement sur la table, un tic qu'il a quand il essaie de se contenir. Depuis la mort de Max, il n'a pas prononcé plus de dix phrases. Il agit. Il planifie. Il se noie dans le silence.

Layla, elle, tente de reprendre pied. Les médecins de Rick ont inspecté sa puce, neutralisée définitivement, mais les séquelles sont visibles. Elle bouge lentement, parle encore plus bas qu'avant, comme si chaque mot lui coûtait. Omar veille sur elle, discret, mais je vois dans ses yeux qu'il n'a jamais cessé d'en vouloir au monde entier pour ce qu'on lui a fait subir.

Et puis il y a cette tension diffuse. Quelque chose qui flotte dans l'air, invisible mais réel.

Rick observe les écrans, analyse les flux d'informations interceptés. Derrière lui, les analystes défilent, apportant des rapports, des extraits de conversations cryptées, des données brutes.
— Le réseau de Williams s'étend jusqu'à Dubaï, annonce un agent. On a localisé trois serveurs relais.
Rick ne répond pas tout de suite. Il fixe la carte numérique, puis son doigt glisse sur la surface tactile pour zoomer sur une zone.
— Supprime les accès secondaires. Priorise l'interception des flux 9 et 14.

Sa voix est calme, mais son regard ne l'est pas. Il y a quelque chose d'autre, sous la surface une crispation, un trouble que je ne lui ai jamais vu avant.

Quand la réunion se termine, chacun s'éparpille, absorbé par ses missions. J'en profite pour me glisser dans la salle technique, celle que j'ai utilisée plusieurs fois pour décoder des systèmes complexes. Je branche ma tablette sur le réseau central.
Mon objectif : croiser les archives de Williams avec les fichiers internes de Rick. Une intuition, un réflexe de hackeuse. Quelque chose cloche.

Les fichiers sont protégés par plusieurs couches de cryptage, mais rien d'invincible. Je contourne la première barrière, puis la seconde. À la troisième, je tombe sur une signature numérique : R.K., suivie d'une série d'horodatages correspondant... à des suppressions.
Des données effacées. Par Rick. Récemment.

Mon souffle se bloque.
Je tente de récupérer les fragments supprimés il reste toujours des traces, des empreintes dans les secteurs mémoires. J'en récupère une partie. Le nom d'Artem revient à plusieurs reprises. Des archives de naissance, des correspondances confidentielles, des mentions de « projet A-17 ». Et surtout... une photo en noir et blanc.

Elle n'a pas de légende.
Je zoome.
C'est Rick, plus jeune, debout à côté d'une femme blonde aux yeux clairs. Derrière eux, un homme que j'ai vu tant de fois dans les dossiers du père d'Artem les observe avec un air dur, presque menaçant.
La femme... je la reconnais.
C'est la mère d'Artem.

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