Bonne lecture <3
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Romayssa
Nous traversons la foule à grandes enjambées. La musique cogne plus fort que jamais, mais autour de moi, tout devient flou. Des silhouettes dansent, des lumières clignotent, mais je ne vois plus rien. Rien d'autre que ce couloir. Cette porte. Ce battement sourd dans mes tempes.
Une lumière rouge clignote au-dessus des toilettes. Une urgence. Comme un avertissement silencieux.
Artem pousse la porte d'un geste brusque. J'entre juste derrière lui, le cœur en vrac.
— Layla ? je l'appelle, la gorge nouée.
Pas de réponse.
Le bruit des basses est étouffé ici, remplacé par un bourdonnement plus sourd, plus pesant. L'odeur de détergent est âcre, mélangée à celle du parfum bon marché et de la panique.
Une cabine est fermée. La seule.
Artem frappe du poing, son geste sec, presque brutal.
— Layla. C'est moi, Romy. Ouvre. S'il te plaît.
Un bruit à peine audible. Un gémissement étouffé.
— Elle est là, soufflé-je, le souffle court.
Artem passe ses doigts sur la serrure. La porte n'est pas verrouillée. Il pousse doucement.
Et là... je la vois.
Elle est assise au sol. Le dos contre la paroi, les genoux repliés contre elle, la tête penchée, le visage baissé. Sa robe est froissée, trempée de sueur. Ses cheveux collent à ses joues. Sa peau est d'une pâleur spectrale, presque bleutée sous la lumière crue.
Ses yeux mi-clos luttent pour rester ouverts. Sa respiration est saccadée. Trop rapide. Trop bruyante. Comme un moteur qui tourne à vide.
— Putain... murmure Artem.
Il tombe à genoux à côté d'elle, lui prend le poignet.
— Pouls irrégulier. Tachycardie. Température en hausse. Elle est en train de convulser de l'intérieur. Il faut agir vite.
Je me laisse tomber à genoux, les mains tremblantes. Je lui tapote doucement la joue.
— Layla, reste avec moi. OK ? C'est moi, Romy. Je suis là, d'accord ? Ouvre les yeux. Reste avec moi.
Ses lèvres s'ouvrent à peine. Elle murmure, comme à travers un rêve :
— C'est... bizarre... j'arrive pas à...
Sa tête roule mollement contre la cloison. Sa main retombe, inerte. Une sueur glacée perle sur sa tempe.
— Artem !
Il est déjà debout, le téléphone à l'oreille. Il parle vite, trop vite, en espagnol. Sa voix est sèche, tranchante. Il demande un transport médical privé, urgent. Un protocole qu'il a dû déjà utiliser. Mais moi, je n'écoute plus. Je serre la main de Layla, glacée. Et je sens mon propre souffle s'échapper de mes lèvres, court, paniqué.
Puis je murmure, à peine consciente de ce que je dis :
— Ce verre... il était pour moi.
Artem se retourne brusquement vers moi.
— Qu'est-ce que t'as dit ?
Je relève la tête.
— C'était mon verre. Le serveur l'a posé juste devant moi. Je m'en souviens. Il n'avait même pas pris de commande. Il est arrivé... comme s'il savait. J'ai dit que je ne buvais pas. Et Layla a rigolé. Elle l'a bu à ma place.
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Code breaker
Roman d'amourElle pensait maîtriser les codes. Jusqu'à ce qu'on pirate sa vie. Romayssa, étudiante en économie à Londres, cache un talent rare : elle est l'une des meilleures hackeuses de sa génération. D'origine algérienne, elle a grandi entre silence et secret...
