Je tenais à commencer par vous souhaiter une très bonne année 2026. Je vous souhaite le meilleur, plein de belles choses et surtout plein de musique et de concert.
Bonne lecture !
------------------------------------
Mardi 9 décembre
Paris
Pierre se réveilla avant même que son réveil ne sonne. Il resta quelques secondes immobile, les yeux ouverts dans la pénombre de la chambre d'hôtel, à écouter le silence. Un silence rare, presque incongru, après trois soirs de concerts et avant celui qui allait compter plus que les autres.
Bercy.
Le mot s'imposa à lui sans qu'il ait besoin de le formuler. Il n'y avait pas d'angoisse sourde, pas de boule au ventre paralysante. Juste cette tension nette, précise, presque professionnelle. Celle qui disait : aujourd'hui, il n'a pas droit à l'à-peu-près.
Il se redressa lentement, attrapa son téléphone posé sur la table de nuit. Il avait besoin de s'occuper l'esprit un instant alors il scrolla quelques minutes sur ses réseaux sociaux. Il tomba sur des vidéos de la veille. Il tomba sur une vidéo de Helena, au milieu de la fosse, le visage baigné de larmes, portée par les voix du public.
Il balaya l'écran et ouvrit leur conversation.
Helena :
Bien dormi ?
Le message datait d'il y a vingt minutes.
Pierre :
Comme un mec qui sait qu'il joue gros ce soir. Et toi ?
La réponse arriva presque aussitôt.
Helena :
Fatiguée, mais heureuse. J'ai encore du mal à réaliser.
Envie de rester au lit...
Pierre :
Lève-toi, marmotte. T'as un deuxième Forest à assurer.
Helena :
J'ai mal partout, mais crois moi j'ai hâte d'être ce soir donc je vais me lever.
Merci d'avoir été là, même de loin. 🤍
Il sourit malgré lui. Elle aussi avait une grosse journée.
Il se leva, passa sous la douche, laissa l'eau chaude délier ses épaules encore tendues. Pendant qu'il se préparait, son esprit déroulait déjà le programme de la journée : arrivée à Bercy, filage général, répétitions avec les invités, réglages caméra, ajustements lumière. Tout devait être millimétré. La captation n'offrait aucun droit à l'erreur.
Bercy l'attendait. Et aujourd'hui, ce n'était plus de la projection : c'était concret.
*
Bruxelles
Le réveil d'Helena vibra doucement sur la table de nuit. Elle mit quelques secondes à comprendre où elle se trouvait. Puis tout revint d'un coup. Forest. La scène. Les cris. Les larmes. Les étoiles dans ses yeux et dans ceux du public venu juste pour elle et pour ses chansons.
Elle resta allongée, les yeux ouverts, fixant le plafond de sa chambre d'enfance, un sourire encore accroché aux lèvres malgré la fatigue qui alourdissait ses paupières.
Son corps lui rappelait la soirée : jambes lourdes, gorge sensible, une tension diffuse dans les épaules. Mais sous cette fatigue, il y avait quelque chose de lumineux, presque euphorique. La première date était passée. Et elle avait été plus forte, plus belle, plus bouleversante qu'elle ne l'aurait imaginé.
Après ces quelques messages échangés avec Pierre, elle posa son téléphone, inspira profondément, puis se leva pour tirer les rideaux. Bruxelles était grise ce matin-là, mais la lumière avait quelque chose de doux, presque rassurant.
Ce soir, elle remonterait sur scène.
Et ce soir, pendant qu'elle serait à Forest, lui serait à Bercy.
Cette pensée lui serra brièvement la poitrine, mais elle la repoussa. Ils le savaient. Depuis des mois. Et ils s'étaient préparés à ça.
Elle se glissa dans la salle de bain pour se préparer, et prit ces quelques instants juste pour elle.
*
Paris
Il enfila un pull, un jean et un bonnet, attrapa ses affaires et quitta l'hôtel sans traîner. Le trajet jusqu'à l'arena se fit dans un silence presque religieux. Il regardait défiler la ville par la vitre, concentré, déjà dans sa bulle.
Quand il entra dans Bercy, l'agitation contrastait avec la bulle dans laquelle il était depuis son réveil. Des techniciens couraient d'un point à un autre, des caméras étaient déplacées, testées, repositionnées. Des câbles couraient sur le sol, les caméras étaient en place, certaines suspendues, d'autres mobiles, prêtes à suivre chacun de ses déplacements. Il inspira profondément. Les écrans géants au dessus de la fosse affichaient des images de la scène sous différents angles. Tout était pensé pour le concert... et pour la télévision.
Mais ce n'était pas ce qui retient son attention en premier. C'était eux. Ses musiciens. Ses choristes. Éparpillés un peu partout sur la scène, dans la fosse, certains assis par terre, d'autres déjà en train de jouer quelques notes sans but précis.
Un an.
Presque un an qu'ils vivaient ensemble. Des bus, des hôtels, des loges trop petites, des salles pleines, des festivals, des fous rires à minuit dans le tour bus, des coups de fatigue partagés, des silences aussi. Une vraie famille.
« Oh regardez, la star du jour est arrivée. », lança Damien en le voyant débarquer.
Pierre éclata de rire. « J'vous préviens, je commence un peu à stresser. »
« Un peu ? Il va être ingérable aujourd'hui. »
Les rires fusèrent. Cette légèreté lui fit un bien fou. Il alla poser son sac dans sa loge, s'échauffa rapidement la voix, puis rejoignit la scène. Les premiers tests commencèrent. Les caméras tournaient autour de lui pendant qu'il chantait, s'arrêtant parfois pour ajuster un angle, une lumière, le son dans ses ears.
Il n'était pas stressé au sens classique du terme. Il était exigeant. Avec lui-même surtout. Il voulait que ce Bercy soit à la hauteur de ce que son public attendait. À la hauteur de cette année presque irréelle où, date après date, les salles s'étaient remplies sans jamais faiblir.
Il répéta toute la matinée seul ou avec certains des invités prévus pour le soir. Ajusta les harmonies. Refit certaines chansons deux, trois fois.
Et alors qu'il attendait que Joseph et Daysy arrivent pour répéter Ceux qu'on était, il vit un objet posé près de la scène.
Une trottinette.
Il la regarda, un sourire en coin. Puis il descendit de scène et monta dessus sans prévenir.
« Qu'est-ce que tu fais ? »
Il poussa avec le pied et s'élança dans la fosse vide.
« J'ai toujours rêvé de faire ça à Bercy ! Franchement encore mieux que de remplir cette salle. »
La team éclata de rire, certains le filmant, d'autres l'encourageant comme s'il était en pleine course.
Il fit demi-tour au milieu de la fosse, bras levés comme un gosse fier de sa bêtise, puis remonta vers la scène sous les applaudissements ironiques de son équipe.
« Voilà », dit-il en descendant de la trottinette. « Stress évacué. »
Les balances continuèrent dans cette ambiance-là. Détendue, joyeuse, presque euphorique. Ils jouaient, s'arrêtaient, recommençaient. Les choristes s'amusaient à changer des harmonies pour rire, à exagérer certaines notes. Pierre se mit à danser entre deux morceaux, imitant l'un d'eux de façon volontairement ridicule.
« Sérieux, pas sûr que ça soit ça que le public vient voir ce soir ? » lança un Noé.
« Ah merde, moi qui pensais peut-être vous remplacer par des danseurs pour la prochaine... », répondit Pierre feignant la déception. « Moi qui voulait danser. »
*
Bruxelles
La matinée de Helena se déroula lentement. Elle n'avait pas d'interviews ce jour-là, volontairement. Son équipe avait voulu lui laisser le temps de se poser entre les deux dates. Elle passa la matinée et le début de l'après-midi avec ses parents avant de retourner à Forest pour les balances. Elle était passée de la jeune femme qui vivait chez ses parents à une artiste qui est toujours entrain de bouger partout et qui ne vit plus ici. Alors quand elle est à Bruxelles pour peu de temps, elle le passe avec eux et revient dormir à la maison.
L'émotion fut la même que la veille quand elle arriva dans la salle et encore plus forte quand elle répéta avec Loïc Nottet. Dès que les balances se terminèrent, ses pensées se dirigèrent vers Paris.
Vers lui.
Vers cette salle immense qu'elle savait au combien importante pour les artistes français et où, ce soir, elle ne serait pas.
Helena :
Ça va ?
Pierre :
VOUS LISEZ
One Shot - Pierrina
KurzgeschichtenUn recueil d'histoires sur Helena et Pierre. Commandes ouvertes
