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Ne laissant rien paraître sur son visage, je savais - grâce à sa main qui tremblait si vite que ses traits de crayons manquaient à chaque fois de sortir de la feuille - que son cerveau tournait à une vitesse folle.

Son esprit divergeait dans pleins de directions différentes; elle dessinait un petit ange aux joues charnues, puis un autre qui jouait de la harpe, puis un autre encore, plus grand cette fois dont les ailes se confondait aux nuages.

Lorsqu'enfin elle ralenti la cadence, je découvris qu'elle me dessinait. D'abord mon visage, puis mes cheveux ébouriffés, puis mon éternel long manteau noir. Elle etait penchée au dessus de sa feuille, concentrée sur ses moindres gestes et pas même la sonnerie de son téléphone n'aurait pu la déranger.

Je me rendis compte, une fois le dessin fini, qu'à la place de mon manteau, elle avait dessiné deux ailes de plumes noires. Le résultat était magnifique.

Après s'être fait rappelée à l'ordre par son professeur de dessin, elle dû suivre le thème imposé pour la séance. Dessiner une nature morte ne l'enchantait guère aujourd'hui, mais elle s'appliqua tout de même comme à son habitude.

De retour chez elle, elle ferma la porte de sa chambre et s'assit sur son lit.

- Si tu m'entends, descends, dit-elle seule au milieu de la pièce vide.

- Tu ne devrais pas faire tes devoirs? Lui dis-je.

Elle se tourna vers moi un sourire aux lèvres.

- J'ai un milliard de questions à te poser, dit-elle comme une enfant. Je ne sais même pas par où commencer. OK, alors faisons comme si on se rencontrait pour la première fois.

Elle s'approcha de moi et me tendis une main. Je la saisi comme j'avais déjà vu faire des milliers de fois.

- Enchantée, je m'appelle Camille.

- Mais je connais déjà tout de toi, répondis-je peu sûr moi.

Cette réponse lui parue étrange mais elle passa rapidement à autre chose.

- Mais ce n'est pas mon cas, dit-elle avec un sourire enfantin. Ton prénom?

Je ne lui répondais pas et cela semblait l'agacer. Elle soupira.

- Comment tu t'appelles?

- Je ne sais pas, lui avouai-je.

- Tu n'as pas de nom? Me demanda-t-elle étonnée.

- Je n'ai ni prénom, ni nom, ni origine. Je suis comme vous dites dans votre expression "tombé du ciel".

Elle me regardait étrangement. Je ne savais pas pourquoi, ni que faire, alors je restais planté en face d'elle sans bouger. Elle regarda autour d'elle, fit quelques pas dans sa chambre puis revint face à moi.

- Gabriel. Ça t'irait très bien Gabriel. Ça te plaît?

Je ne savais pas si ça me plaisait. Pour moi, un prénom c'était un prénom.

- Ça me va, dis-je simplement.

- Ok, alors Gabriel, question suivante. Est-ce que tu me vois et tu m'entends en permanence?

Je hochai la tête pour acquiescer.

- Donc tu m'entends chanter comme une casserole quand je pense être seule, super. Et quand tu n'es pas ici, enfin je veux dire devant moi, tu es où?

Ses questions étaient compliquées à répondre. Pourtant, j'essayais de me creuser la tête pour lui répondre le plus clairement possible.

- Je suis dans l'air, je suis nulle part.

- Est-ce que tout le monde a un ange gardien?

- Oui.

- Et tout le monde peut le voir?

- Non.

- Pourquoi? Demanda-t-elle intriguée.

- Parce que tous les anges gardiens n'ont pas fait mon erreur.

- Quelle erreur?

Elle posait beaucoup de questions et je ne pouvais m'empêcher de lui répondre.

- Nous n'avons pas le droit d'avoir un contact physique avec les hommes. Je n'ai pas respecté cette règle et je crois que c'est ce qui me pousse à vouloir être ici de plus en plus souvent.

- Et bien tu es la bienvenue! Répondit-elle un grand sourire aux lèvres. Quel âge as-tu?

Cette question me posait réellement problème. Je n'avais jamais compté mes années passées.

- J'ai accompagné deux vies avant toi.

C'était la réponse la plus précise que je pouvais lui donner. Elle paraissait étonnée presque admirative.

- Tu dois en connaître un rayon sur le monde, dit-elle en s'asseyant sur son lit.

- Je connais la culture hollandaise, je sais parler le chinois, je peux réciter la chronologie des rois de France, commençais-je. Mais tu naS pas idée du nombre de choses que j'ignore à commencer par les émotions humaines.

- Tu veux dire que tu ne ressens aucune émotion?

Je fis non de la tête, pendant qu'elle paraissait perturbée.

- Je crois que je commence à comprendre un peu plus ce que signifient la joie, le plaisir, l'agréable, mais il y en a tant que j'ignore encore.

- Dans ce cas, je serais ravie de te faire découvrir un petit bout du monde.

Ange GardienOù les histoires vivent. Découvrez maintenant