23.

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Camille avait passé la moitié de son dimanche clouée au lit à ne rien faire, parfois à griffonner quelques croquis, parfois à répondre à ses messages ou lire une revue. Je ne savais absolument pas à quoi elle pensait. Est-ce qu'elle pensait à moi? Et si c'était le cas qu'est-ce qu'elle pensait de moi? 

Quant à moi je revoyais les événements de la veille en boucle. La douleur était toujours présente, mais plus facile à oublier de là-haut.

La mère de Camille entra dans la chambre et ouvrit la fenêtre en grand.

- Camille, je t'en supplie fais quelque chose de ta journée, dit-elle fatiguée de la voir encore au lit. Sinon on ne te laissera plus sortir aussi tard les samedis soirs. 

Camille soupira et se dégagea de sa couette pour se lever, pendant que sa mère quittait la pièce.

Elle se dirigea vers sa corbeille à papier, mais resta devant quelques secondes avant d'y chercher quelque chose. Elle en sorti une boule en papier qu'elle déplia doucement comme par peur de découvrir ce qu'il pouvait s'y trouver. Elle ne prit qu'un cours instant pour l'observer avant de la remettre en boule et de la rejeter dans la corbeille. 

- Gabriel !

Je ne savais pas si elle m'appelait ou si elle m'interpellait seulement pour que je l'écoute, en tout cas, peut-être était-ce par lâcheté, mais je n'avais aucune envie de l'affronter, je n'en avais pas la force.

- Gabriel, je sais que tu m'écoutes, ou du moins que tu m'entends. 

Sa voix me donnait pourtant envie de descendre pour lui montrer que j'étais là.

- Sérieusement, à quoi tu joues?

Je me ravisais rapidement lorsque je vis son humeur maussade sur son visage.

- Au début tout va bien, puis tu me laisses, tu m'abandonnes et quand j'essaie de passer à autre chose, tu bousilles mes plans. Alors honnêtement à quoi tu joues?

Elle fixait le plafond, attendant une réponse.

- Tu surviens au milieu de nulle part quand je ne veux pas te voir, par contre quand je te parle il n'y a personne.

- Je suis là.

Une fois humain, la douleur à mon visage refaisait surface. Je pensais que lui dire ces quelques mots pouvait en partie répondre à ces attentes, cependant elle attendait de moi que je dise quelque chose. 

- Je suis désolé, dis-je penaud.

- Je n'ai pas besoin d'excuses.

Son ton sec brisant le silence froid et pesant de cette chambre me fit presque sursauter.

- Tu as fait de moi quelqu'un de faible, plus je passais de temps avec toi, moins je pouvais te protéger. Tu as fait de moi quelque chose dont j'ai peur.

- J'ai fait de toi un humain, je t'ai fait découvrir ce qu'est de vivre, et tu sais pertinemment que je ne t'ai forcé à rien. Tu étais curieux et je t'ai montré la vie.

Mon visage dériva sur le miroir qui se trouvait derrière elle. Déjà que je ne me voyais pas souvent et que je me reconnaissais vaguement, le violet qui ornait mon œil et les larmes qui commençait à couler n'améliorait en rien mon reflet.

Je voulais empêcher mes pleurs, les retenir mais c'était peine perdue.

- Voilà ce que c'est qu'être humain! C'est ne pas être maître de ses décisions. J'aimerais revenir en arrière et que les choses soient aussi simples qu'elles l'étaient avant et oublier tout ce qu'il s'est passé.

Camille me regardait dépourvue de toute pitié. Je le sentais, elle n'avait à ce moment aucune envie de me rassurer.

- TU as fait l'erreur de te montrer à moi et TU as voulu découvrir ce qu'était le monde alors je t'interdis de dire que ta vie d'avant était mieux qu'aujourd'hui alors que ce n'était même pas vivre.

- Je n'avais pas besoin de vivre pour faire mon devoir comme il se devait, répondis-je convaincu de mes paroles.

- Je n'avais pas, et je n'ai toujours pas besoin que tu veilles sur moi.

- Si seulement tu savais...

Elle ne répondit rien. Sa mine devint lentement plus triste qu'en colère.
Ce silence me faisait du bien. Je pris le temps de prendre une grande respiration et d'essuyer les quelques larmes qui avaient coulé.

- Pourquoi as-tu voulu disparaître de ma vie? Reprit-elle calmement.

- Je continuais de veiller sur toi, j'étais toujours là.

- Alors pourquoi as-tu voulu disparaître de ma vue?

- Plus je devenais humain, plus je découvrais les mauvais côtés. Je devenais aveuglé et dépassé par les défauts humains.

- Mais il n'y avait pas que des mauvaises choses, compléta-t-elle tristement.

Je repensais à notre baiser furtif que nous avions échangé. Est-ce qu'elle y pensait aussi?

- Il n'y a jamais que du mal ou que du bon dans l'homme, il faut juste savoir faire le tri, continua-t-elle.

Je ne disais rien, comprennant qu'elle n'avait pas tort, mais refusant de l'avouer à voix haute.
Elle voulu ajouter quelque chose mais se ravisa rapidement, alors c'est moi qui pris la parole.

- Je préfère n'être personne plutôt que quelqu'un de mal.

- Tu n'aurais pas été quelqu'un de mal, affirma-t-elle dans le plus grand des calmes, pensant à cent pour cent ce qu'elle disait. Je ne t'aurais pas laissé le devenir.

Le silence régnait entre nous. Je ne savais pas quoi dire, quand à elle je sentais qu'elle mourait d'envie de dire quelque chose.

- Qu'est-ce qu'il y a?

Elle leva les yeux vers moi, puis détourna le regard aussitôt.

- Camille, continuais-je, dis-moi.

Et tout à coup dans un élan de courage elle s'approcha de moi et m'enlaça dans ses bras. Sa tête était collée contre mon torse et enfouie sous ses cheveux. Je lui rendis son étreinte tandis que, dans ma tête, une voix lointaine me hurlait de ne pas répéter encore et encore les mêmes fautes. Faiblesse humaine.

L'erreur est humaine me soufflait une autre voix beaucoup plus claire. Quelle ironie. C'était exactement ce que je ne voulais pas entendre. Ou plutôt ce que j'avais peur de m'avouer. Humain, je l'étais devenu dès l'instant où j'avais effleuré par erreur sa main.

Désormais l'unique règle des anges gardiens prennait tout son sens. Aucun contact avec les humains, sous peine d'en devenir un auraient-ils du préciser.

La question était aurais-je agit de la même manière si j'avais su cela? Cette question valait mieux d'être mise de côté, car en réalité elle n'avait pas de réponse mais surtout elle n'en avait pas besoin.

C'est lorsqu'elle se dégagea de mes bras que je me rendis compte que je la serrais fort et que je ne voulais plus jamais m'éloigner d'elle.

Ange GardienOù les histoires vivent. Découvrez maintenant