Elle me traîna jusqu'à une chambre et fit bruyamment claquer la porte derrière elle. Elle se tourna vers moi avec un air de lionne prête à se jeter sur sa proie.
- Je peux savoir quel est votre problème ?
Au ton qu'elle avait, je devinai qu'elle se retenait de me hurler dessus.
- On a aucun problème, on a juste mit les choses au clair.
- En vous battant ?!
- Je dois avouer que j'ai peut-être été un peu impulsif...
- Un peu ? Il aurait pu t'arracher la tête, grinça-t-elle, les dents serrées.
Je lui lançai un regard irrité. Je n'aurais peut-être pas du, mais à ce moment j'étais incapable de savoir ce qu'il était intelligent de faire ou pas.
- Ouais, je sais, parce qu'il est tellement plus fort que moi ! Et il est tellement mieux ! Tu sais quoi, tu devrais te remettre avec lui tout de suite, ça t'évitera de faire comme si t'en avais quelque chose à foutre de moi !
La fin de ma phrase se finit en hurlements. J'avais laissé ma colère éclater. J'allais sûrement le regretter, mais... il fallait que je laisse exploser tout ça si je ne voulais pas moi-même imploser. Irina me fixa pendant très longtemps en silence. Il n'y avait pas de colère dans ses yeux ou sur son visage. Seulement de l'incrédulité. Bon, il y avait peut-être une chance pour qu'elle ne me tue pas tout de suite... Elle ne se calmait jamais aussi rapidement, d'habitude. Au bout d'un moment, elle finit par soupirer et elle se passa une main sur le visage. Elle s'approcha lentement de moi avec un regard triste. Elle posa ses mains et sa tête contre mon torse. Je ne savais pas du tout quel attitude adopter. Faire semblant d'être encore énervé ? Parce que ça semblait assez bien marcher avec elle...
- J'ai un endroit à te montrer.
En me prenant la main de nouveau, elle me conduisit dehors. Elle ne lança pas un regard à quiconque sur notre passage. Ni à Rao, ni à Matt, ni à Riley, ni à Glenn. Elle récupéra sa veste sur la banquette arrière de sa voiture et s'assit au volant, m'invitant à m'asseoir sur le siège passager, ce que je fis. Vu le voil sombre et triste qui flottait d'ores et déjà dans ses yeux, je devinai que l'endroit où elle me conduisait n'avait rien d'un parc d'attraction. Elle démarra et s'engagea sur le long chemin qui quittait le domaine de Peter. Sa maison était perdue au milieu de nulle part, entourée d'arbres et au bout d'un interminable chemin qui menait à une route la plupart du temps déserte elle aussi. C'était totalement introuvable si vous ne connaissiez pas l'endroit. Un assez bon repère pour un tueur à gage, je présume. Nous roulâmes pendant une bonne vingtaine de minutes en silence. Il était clairement voyant qu'Irina n'avait pas envie de parler et après ce que je lui avais dis un peu plus tôt, je ne voulais surtout pas la brusquer. Quand nous passâmes le long d'une grande étendue d'eau, ses mains se crispèrent sur le volant et son visage prit une telle expression de douleur que je crus un instant qu'elle s'était blessée.
- Tu vas bien ? m'inquiétai-je.
- Tu comprendras bientôt.
Après avoir dépassé le lac, elle tourna sur la gauche et s'enfonça à travers les arbres. Ce pays est vraiment très différent de l'Angleterre... J'espère que quand tout sera fini, on pourra y retourner. Ou au moins, quitter l'Allemagne, parce que c'est loin d'être mon pays préféré... Après encore quelques minutes de route, nous arrivâmes devant une grande maison sombre. Autant la maison de Peter ressemblait à une maison résidentielle isolée, autant cette baraque là c'était un manoir de l'horreur... Il semblait y avoir trois étages, mais elle devait être inhabitée depuis quelques temps déjà. La pelouse n'était pas entretenue et plusieurs volets étaient en lambeaux. Je me tournai vers Irina, interloqué. Où étions-nous ? Mais les mots ne franchirent pas mes lèvres. Irina fixait cette maison avec horreur et panique. Oh. Je crois que je commence à savoir où on est... Quand elle se décida à bouger, elle ne se dirigea pas vers la porte d'entrée, mais vers le côté du bâtiment. Je la suivis silencieusement. Je savais qu'elle faisait ça pour moi autant que pour elle. Elle s'approcha d'une autre porte qui était sérieusement amochée et monta les deux marches du perron. Elle leva la main dans l'intention d'ouvrir la porte, mais elle se stoppa soudainement, la main toujours en l'air. Je la rejoignis et passai un bras autour de sa taille. Elle sursauta violemment.
- Eh calme-toi ! Je suis là, tout va bien, tentai-je de la rassurer.
Je ne l'avais jamais vu dans un tel état. Elle avait l'air d'une petite fille apeurée. Je tendis la main pour pousser la porte. Dès qu'elle eut une vue sur la pièce, Irina ferma les yeux et je resserrai mon étreinte sur sa taille. Nous avançâmes lentement tous les deux jusqu'au centre de la pièce. C'était une salle à manger très simple, avec une table et cinq chaises au milieu. Tout semblait figé, comme s'il s'était passé quelque chose d'horrible ici et que personne n'était revenu depuis. Et c'était le cas. Je fus sûr de l'endroit où nous étions lorsque j'aperçus accroché au mur un cadre avec un photo d'Irina bien plus jeune, encadrée de deux autres filles blondes. Toutes les trois se ressemblaient beaucoup. J'avais déjà vu une photo similaire dans l'appartement d'Irina, il y avait bien longtemps de ça. Kate et Tanya. Je fis le tour de la pièce. Deux tasses étaient posées sur la table, une autre près de l'évier. Un placard était encore entrouvert et une casserole était posée sur la cuisinière. Il y avait quelques feuilles mortes sur le sol et des toiles d'araignée d'un peu partout, mais à part ça on aurait pu penser qu'elles venaient tout juste de quitter la pièce. Je me retournai vers Irina, qui était toujours à côté de la table. Elle fixait le sol avec les yeux brillants. Je suivis son regard et retint de peu un hoquet de surprise en voyant deux larges tâches de sang séché sur le parquet. Là où elles étaient tombées. Cela faisait deux ans, plus ou moins, mais elles étaient toujours là. Leur présence était palpable, c'était comme si elles se tenaient dans un coin de la pièce, invisibles, et qu'elles nous observaient.
- Tu sens leur présence, hein ? me demanda Irina d'une petite voix.
- Oui...
- Je ressens ça tous les jours depuis leur mort.
Je fronçai tristement les sourcils en imaginant Tanya et Kate, veillant sur leur petite sœur où qu'elle aille et quoi qu'elle fasse.
- Pourquoi est-ce que tu m'as emmené ici ?
Elle se tourna vers moi.
- Je n'étais pas revenue depuis leur assassinat. Ma mère était repassée pour s'occuper de leurs corps, mais c'est tout. Je n'ai jamais voulu revenir parce que c'est beaucoup trop douloureux... J'ai l'impression de revoir Tanya passer cette porte pour retourner dans le salon, et je revois encore Kate en train de nous faire du chocolat chaud... Cette maison est empreinte de souvenirs et revenir ici alors qu'elles ne sont plus là...
Sa voix se brisa et elle baissa la tête.
- Je ne serais revenue ici pour personne. Pas pour Rao, pas pour Glenn. Mais pour toi, je l'ai fais.
Elle releva les yeux vers moi et je vis avec étonnement qu'elle pleurait.
- Je t'ai amené ici pour te prouver que je t'aime et que je suis prête à tout pour toi. Glenn fait partie de mon passé et il ne signifie plus rien pour moi. J'ai toujours détesté les gens qui disaient ce genre de choses, mais... Je ne te quitterai jamais. Peu importe ce qu'il se passe, peu importe comment tout ça va se finir... Mon cœur t'appartient, et ce à jamais.
A peine avait-elle finit sa phrase que je l'attirai à moi pour la serrer dans mes bras. Je n'en revenais pas qu'elle arrive à me dire ça, et surtout qu'elle ait surpassé son traumatisme pour revenir ici... pour moi.
- Tu ne voudrais pas aller... Je sais pas, sur leur tombe ? proposai-je.
Elle rit et se sépara de moi, s'essuyant les joues.
- Je n'ai jamais demandé à ma mère ce qu'elle avait fait d'elles, et je n'ai plus l'occasion de le faire maintenant, mais j'imagine qu'elle s'en est débarrassé comme on se débarrasse des corps de nos ennemis... C'est le moyen le plus simple et le plus rapide de faire disparaître un corps...
- C'est à dire ?
- On leur ouvre le ventre pour le remplir de pierres et on les jette à l'eau. Elles doivent sûrement se trouver dans le lac devant lequel on est passé pour venir.
Ouah. Une mère pouvait-elle vraiment faire ça ?
- Dans ce cas, on va aller au lac.
- Pourquoi ?
- Pour que tu dises au revoir à tes sœurs.
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Jeux du sort : play with life
RomanceQuand Irina arrive dans la vie de Castiel, elle embarque tout sur son passage: ses certitudes, ses convictions, ses idéaux... Cette fille froide et mystérieuse va ébranler ce qu'il était et le changera à jamais. Mais ils se lieront néanmoins très vi...
