17- Chez la psy

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Dix heures trente du matin, c'est l'heure qu'affiche l'horloge digitale accrochée sur le mur juste en face de Thomas. L'adolescent attend assis sur une chaise inconfortable en somnolant que la psychologue ouvre la porte de son cabinet et l'appelle. Cela fait maintenant une demi-heure qu'il attend. Il croise les bras et garde la tête baissée, sentant le sommeil le rattraper. Mais au moment où ses yeux s'apprêtent à se refermer, un claquement de doigts près de son oreille le fait frémir.

On ne s'endort pas dans le couloir administratif de l'école monsieur Arguer.

En relevant la tête, Thomas s'aperçoit qu'il s'agit de Chloé, toute souriante dans sa blouse blanche et tenant dans ses mains une dizaine de documents.

Ah, c'est toi. Dit-il en baillant. J'espérais que ce soit cette psy, je commence à en avoir marre d'attendre.

Bien qu'il soit réellement agacé de patienter depuis aussi longtemps, Thomas ne laisse apparaître aucune forme de colère. Seule une expression d'ennui transparaît dans son regard pendant qu'il fixe l'horloge murale. Chloé le regarde l'air surpris, et lui demande :

Pourquoi est-ce que tu va voir la psychologue de l'école ? Elle s'arrête, et vérifie que personne d'autre n'est dans le couloir, avant de reprendre plus discrètement. C'est encore à cause de cette histoire de couteau ? Le sergent Leonhard t'a demandé d'aller la voir en lui faisant croire que tu es dépressive, c'est ça ?

Tu poses trop de questions Chloé, déclare Thomas. Je suis le supposé voleur de couteau, j'ai pas eu trop le choix : soit je me fais renvoyer, soit je prends un rendez-vous avec la psychologue... De toute façon tu connais l'histoire.

Oui, affirme-t-elle, d'après ce que Leonhard m'a raconté, tu as porté le chapeau pour ce Théo Renzi. je ne comprends toujours pas pourquoi tu as fais ça, surtout qu'il aurait pu te tuer avec ce couteau.

Thomas ne sait pas quoi rétorquer, il se rend peu à peu compte de la stupidité de son acte et des conséquences plus lourdes qui auraient pu suivre. Il triture machinalement ses doigts, et se mord la lèvre inférieure avant de parler :

Je voulais juste me venger... Mais je ne me suis pas senti mieux après, hésite-t-il à dire. Au contraire, je regrette d'avoir fais ça. D'ailleurs, tiens je veux te rendre ça, et désolé de l'avoir pris sans te le demander.

Il sort de sa poche le cutter qu'il avait trouvé dans l'infirmerie, et qui avait servi à blesser Théo au cou. Chloé le récupère sans dire un mot, et le glisse dans la poche de sa blouse. L'adolescent anticipe sa réaction : « Elle sera en colère, j'en suis certaine, elle n'aime pas qu'on touche à ses affaires ». Pourtant contre toute attente, l'infirmière se met à rire. Thomas arque un sourcil pour marquer son étonnement, et attend qu'elle se calme. Chloé le regarde ensuite avec un sourire malicieux.

Tu l'aimes c'est ça ?

Comment ça je l'aime !? Riposte Thomas sentant la chaleur lui monter aux joues.

Ces mots prononcés par Chloé font un drôle d'effet à Thomas, il est presque déboussolé et arrive à peine à la regarder dans les yeux. Même s'il nie ce qu'elle vient de dire, il ne peut s'empêcher de se remettre en question. Tout cela tourne en boucle dans sa tête. Chloé remarque qu'il est gêné, et qu'elle n'a probablement pas tort. Dans un dernier rire, elle arrange la paperasse qu'elle tient en mains, et lui dit :

J'ai encore du travail, je dois partir. Fait juste attention à ne pas trop parler avec cette psy, j'ai entendus dire qu'elle savait très bien gagner la confiance de ses patients.

Thomas ArguerOù les histoires vivent. Découvrez maintenant