A la sortie de chaque expertise je me sens comme vidée : de mes émotions, de mes forces physique, de tout espoir. Souvent les profilers se retrouvent entre eux pour partager un verre, certains experts rejoignent leur famille ou appellent un ami.
Il faut tout de suite se replonger dans la réalité et ne pas s'enfermer dans les ténèbres. Le problème c'est que je ne sais plus très bien où se situe la frontière entre ces deux mondes. D'autant que je penche très clairement d'un côté.
Un tueur de femmes, un de plus. Un pervers, un de plus. Un maniaque, un de plus.
Freud a "démoralisé" la perversion en nous expliquant qu'en aucun cas ce mot ne peut être utilisé comme un "blâme" car tout homme se doit de grandir et devenir un être sexué. Mais est-ce qu'il faut devenir à ce point déviant ? Je me demande quand est-ce que nos fantasmes deviennent immoraux. La sexualité peut seulement être contrôlée ? A en juger par mon propre comportement, j'ai envie de répondre non.
Cet homme que je viens d'interroger pendant plus de quatre heures est plus proche du monstre que de l'être humain. Sa malignité et sa cruauté relèvent de la perversité morale. Freud veut nous faire croire que la perversion n'est pas "mal" et qu'il convient de comprendre les rapports entre sexualité, violence et crime.
"Matt ?"
Je passe la porte pour enfin respirer l'air frais et il est là. Il se demande s'il a bien fait de venir me chercher à la sortie du pénitencier. Je ne lui laisse pas plus de temps pour y réfléchir car je viens me réfugier contre son torse et il m'entoure de ses grands bras. Je ferme les yeux et soupire.
"Je te ramène à la maison." Il dit en me frottant gentiment le dos.
Dans certaines situations sa présence m'est quasiment vitale, il représente à lui seul toute ma réalité et le côté "normal" de mon existence.
Mon travail aujourd'hui était de définir si le condamné pouvait bénéficier d'une réduction de peine en échange de son bon comportement ces dix dernières années. Or dès que je suis entrée, il a posé un regard sur moi qui en disait long sur ce qu'il ferait une fois dehors. Il m'a sali de son sourire malsain. En plus de très mal mentir, il n'a jamais cessé d'être parcouru de pensées salaces.
Mon don me permet de percevoir toutes ces émotions.
La main de Matt s'attarde à me réchauffer alors que je tremble de fatigue. Je reste un long moment à respirer le parfum sur sa chemise pour me reconnecter. Je ne veux pas qu'il me lâche. J'arrive à peine à faire le tour de son corps tant il est musclé. Je passe sous son manteau et caresse les muscles puissants dans son dos. Ça me rassure de savoir qu'il est là, qu'il le sera toujours. Je ne suis pas encore prête à admettre que j'ai besoin de lui mais je peux le lui prouver.
"Ça fait presque une semaine qu'on ne t'a pas vu. Je m'inquiétais." Il explique pour justifier sa présence mais je n'attendais pas d'excuse, je suis plus que contente de le voir.
"J'ai d'autres engagements que le FBI."
Je ne suis pas insensible à son charme et notre vie ne manque pas de piquant. Nous évoluons tous les deux dans un monde que la plupart des êtres humains n'imaginent même pas. Un monde que l'on préfère ignorer alors que personne n'est à l'abri d'un acte de violence.
Les gens ont une tendance à attribuer aux victimes des comportements soi-disant négatifs qu'ils n'auraient naturellement pas eus eux-mêmes. Ainsi ils se sentent protéger.
Matt embrasse mon front avant de nous séparer. Non vraiment, je n'ai rien à lui reprocher.
"Tu ne penses jamais à ce que pourrait être ta vie, loin de tout ça ?" Il demande en prenant ma main et en nous faisant progresser sur le trottoir.
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Death Battle (sous contrat d'édition HQN)
RomanceMa vie c'est d'étudier ceux qui donnent la mort. Experte mondiale reconnue des tueurs en série, j'épaule le FBI, Interpol mais aussi les victimes et les criminels eux mêmes. Ni profiler, ni psychiatre, mon don me permet de me connecter aux esprits l...
