Cinq heures et demi. Ma voiture filait sur l'autoroute bordée par les cyprès et les hauts sapins, rutilante aux derniers rayons du soleil. Les cheveux au vent, j'affichais un air confiant pendant que Dean souriait inutilement tout en consultant son nouvel emploi du temps.
—J'ai quatre heures de suite avec Harris, tu le crois ça? Ricana-t-il.
Techniquement, avoir quatre heures de suite avec un professeur comme monsieur H. ne réjouissait jamais personne. Dean avait simplement une différente manière de voir les choses.
—J'ai deux heures de suite avec Awkner le vendredi soir, rétorquais-je tout en réglant mon rétroviseur.
—Dur.
Quelques années plus tard, mes trajets du retour aux côtés de Dean Hower n'avaient guère changé. On papotait toujours des mêmes choses et sortait nos feuilles, complètement déchirées car rangées comme des chiffons en boulette. Moqueries, futilités d'ados cruels et autres. On aurait même chanté si j'avais eu un autoradio en bon état, ce que je n'avais pas encore à l'époque où nous rentions à pieds. Dean me rappelait à quel point avoir un ami aussi barge que vous était bénéfique. Il était comme le frère que je n'avais jamais eu -et que je m'apprêtais peut-être à avoir.-. Son rire de gamin résonna dans l’habitacle, il s'amusait de la tête d'un mec qu'il avait trouvé en feuilletant son manuel d'histoire.
—Ce mec est hideux. C'est un fabuleux mélange entre Strauss-Kahn et Bill Clinton, wow.
Je lâchais un rire sans joie. Ce qu'il pouvait être bête. Dean soupira, il avait l'air heureux d'être revenu, et je comprenais pourquoi. Burwell était peut-être un trou paumé et complètement pourri, mais on y vivait bien mieux qu'ailleurs sur Terre. Les culs des vaches alignées le long des champs qu'on avait l'occasion de voir chaque matin sur Foxstreet n'étaient qu'un détail parmi tant d'autres, tout comme cet abruti de facteur qui ne savait pas viser et qui balançait toujours le journal contre la baie vitrée de la salle à manger -quand par chance il n’atterrissait pas sur ma voiture-, il fallait également oublier le bon vieux Ed, l'alcoolo qui avait fait de sa maison et de son jardin une feraillerie immonde à l'entrée de la ville, juste à droite du panneau "Bienvenue à Burwell, une ville où il fait bon vivre". Son portail était en fait recouvert de boites de conserves, soit disant pour faire "fuir les voleurs", sauf qu'il ignorait que personne n'avait envie de voler les toilettes éméchées et les bouts de fer tordus et rouillés qui traînaient dans sa propriété. Toutes ces choses avaient beau exister et emmerder tout le monde, Burwell restait, et resterait la meilleure ville de l'état de Virginie, et de l'Amérique tout entière. L'été, on y enchaînait des soirées lycéennes, sautait dans les chutes d'eau fraîches près de Spring Water, organisait des fêtes traditionnelles où je croisais bien souvent mes grands-parents -thés dansants et lotos gratuits pour tous les retraités, ça n’intéresse personne?- Burwell accueillait également un festival de musique: Le HMS "Hot Music Summer", tous les deux ans, qui rassemblait toute la jeunesse autour d'une scène où jouaient des groupes à petites notoriétés, bien loin d'un festival aussi cool que Coachella. Peut-être pas aussi cool, mais on en avait l'illusion à force d'assister à la débâcle vestimentaire des filles, qui sortaient bandanas rocks, mini shorts en jean et bottes cloutées, du rouge pétant sur les lèvres et des Peace and Love tatoués à coups de marqueurs indélébiles sur leurs joues. Tout ça, juste pour aller sur la place principale acclamer des ados plus ou moins doués avec une guitare. Le genre de boysband qui répète pendant des mois dans un garage, jusqu'à ce que papa et maman en ai marre de plus pouvoir rentrer la voiture et qui se fâchent quand les giboulées arrivent et qu'un grêlon fracasse leur pare-brise. Burwell était un petit paradis que je n'aurai quitté pour rien au monde. De plus, cette ville comptait une personne en particulier, une fille cool qui la rendait plus resplendissante chaque année, Jenny. Un été, elle avait teinte l'une de ses mèches caramels en violet, à l'occasion du 73ème HMS, si ma mémoire était bonne. Je l'avais trouvé tellement plus rebelle et sexy que les autres que j'avais passé tout le concert à la fixer, perché sur l'arbre sur lequel on nous avait formellement défendu de grimper, Dean et moi. Et cela, même si à dix ans, Jenny portait encore ses petites robes à fleurs de petite fille sage qui suit sagement les parents à l'Eglise le dimanche matin.
Au fond de moi, j'avais toujours su que j'étais fou d'elle.
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Love comes from Hate
Novela JuvenilNathan Bellamy déteste les stéréotypes. Et pourtant, à presque dix-huit ans, son existence-même est celle de l'adolescent rebel, sarcastique et imprévisible que tout parent sain d'esprit craint d'avoir. Involontairement roi du lycée de Burwell, sa...
