Epilogue partie II

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—Papa ? 

Mon père me vit arriver et arbora cet air espiègle qui caractérisait chaque homme de cette famille. 

—Ecoute, je ne vais pas te faire l’un de ces discours chiant à mourir auxquels les ados de ton âge ont le droit à ce moment de leur vie. Je pense que ni toi ni moi n’a envie de ça, commença-t-il.

—Les discours dont tu parles commencent toujours comme ça p’pa, ironisais-je.
Un sourire en coin apparut sur son visage.

—Très bien, alors je vais te la faire en accéléré. Tu es un Bellamy, je suis un Bellamy et les Bellamy ne sont pas comme tout le monde. 

        James fouilla dans la poche de son jean pour en sortir une enveloppe froissée.

—Tiens.

        Inutile de demander de quoi il s’agissait, je préférais vérifier par moi-même et rendre les choses plus faciles pour tout le monde. Mes doigts s’arrêtèrent d’abord sur une liasse de papier, puis sur quelque chose de dur et métallique. Il y avait quelques milliers de dollars en grosse coupure et… 

—Une clé ?

Tout ça prenait progressivement du sens.

—Quelqu’un comme toi ne supporterai pas la vie en communauté, ni les poils dans les douches communes, alors disons que c’est un petit cadeau de félicitations pour tes efforts scolaires et... Sociaux, répondit-il en jetant un oeil du côté de Jenny. 

—Merci, dis-je en lançant un regard perplexe du même côté.

Efforts sociaux? Qu'est-ce que ça pouvait bien vouloir dire? J'allais émettre des hypothèses, tenté par l'idée d'avoir à m'inquiéter mais James poursuivit: 

—Oh, et arrête un peu de jouer les timides, je sais que tu le savais. Ton grand-père a du te raconter la fois où il a fait la même chose avec moi... 


        Bon, d'accord, il était temps d'avouer. J'étais enfin soulagé d'apprendre que l'existence de cette tradition n'était pas une légende inventée par un grand-père sénile. Enfin quoi? Avec un compte en banque suralimenté, un Bellamy ne pouvait quand même pas vivre dans l’insalubrité d’un simple dortoir étudiant et devoir fréquenter d’autres débiles à temps plein! Ne parlons même pas des colocataires. Heureusement pour moi, James n’avait aucunement dérogé à mes attentes et venait de me fournir ce à quoi je m’attendais. Ce à quoi il avait lui-même eut droit à mon âge. 

—C’est un appartement trois pièces exposition plein sud dans le quartier huppé de Charlotte. Et si tu dois faire cramer quelque chose, attends les trois mois du chèque de caution. Compris ?

—Merci papa, répétais-je afin de mettre un terme à ce moment père-fils trop cliché pour être naturel.

—T’as raison, ça devenait vraiment gênant ces conneries d’adieux, approuva-t-il en se grattant la tête. 
James et moi étions tellement similaires qu’il nous arrivait d'avoir l'impression de lire dans l’esprit de l’autre. Intrusions fréquentes mais qui n'en restaient pas moins incroyablement gênantes. 

—On se voit ce week-end, déclarais-je avant de rejoindre le trottoir où Jenny et son père m’attendaient.

        J'étais sur le point d'ouvrir la portière arrière de la voiture de patrouille réquisitionnée par Anderson pour nous mener au campus quand un cri provoqua mon sursaut. Dean était un peu plus loin sur le trottoir d'en face, la main levée, il me hurlait des mots incompréhensibles mais largement interprétables pour qui le connaissait bien. Crier comme un dératé était un moyen comme un autre pour m'arrêter. 

—​J'ai...faillis... être en retard, rit-il en se tenant le ventre, rouge comme des fesses de bébés irritées et haletant absolument chaque mot. 

—Techniquement tu as vingt minutes de retard, lui signala Berenice.

Hower lança un regard gêné au reste de ma famille, sourit de plus belle puis s'écria d'un ton joyeux:

—Alors tout va bien! Je suis dans le timing! 

Un rire sans joie m'échappa. Le mien ou le sien? Cela demeurait confus.

—Je suis dégoutté de pas venir avec toi, reprit-il. Songe à toutes ces nanas en shorts qui n’attendent…

—Rien du tout, termina Jenny. Les nanas en shorts n’auront qu’à se trouver un autre Nathan.

Un autre Nathan? Voyons Sexy J, je te croyais plus intelligente que ça. Quelle blague pourrie. J’étais presque sûr d’être inoubliable et unique en mon genre, d'ailleurs, Dean parût aussi amusé que moi mais n'osa pas piper un seul mot face au regard noir que lui lançait Anderson. 

—​Enfin bref... 

Il posa son regard sur la pelouse et piétina sa chaussure droite à l'aide de la gauche. Il était sûrement en train de réaliser que tout ça était terminé. L'amitié Hower-Bellamy venait de prendre un nouveau cap effrayant. J'étais parfaitement conscient de ce que mon départ signifiait. Dean & Nathan ne serait plus, car nous n'étions pas ce genre de personnes. Ni lui, ni moi n'étions prêts à se pendre pendant des heures à un combiné de téléphone pour nous raconter nos journées. Nous n'étions pas non plus du genre à nous envoyer des cartes postales avec des chats mignons sur papier glacé pour crier notre manque. Tout cela signifiait le retour de Georges, et c'était inévitable. 

—Bon, eh ben je suppose que c'est le moment... Commençais-je.

—Salut vieux.

—Salut Nate...

Assez perdu de temps. Les adieux? Vraiment pas mon truc. L’université m’attendait et nous avions quelques heures de route devant nous. Un dernier coucou puis la voiture démarra et soudain, Georges était revenu. 

Love comes from HateDes histoires addictives. Découvrez maintenant