5. Famille, maison et labrador

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Je gare la Smart verte où est collé "Come Home" en gros sur les côtés. Je sors aussi gracieusement que possible de la voiture. Les clients sont juste devant la maison et je ne veux pas faire mauvaise impression en sortant mes fesses péniblement de là tel un hippopotame obèse en talons aiguilles. Ouais, je sais, la grande classe. On ne change pas une équipe qui gagne comme on dit.

— Bonjour ! Milah Laurent, me présenté-je en tendant ma main au jeune couple.

J'aime le célibat, oui je sais, je me répète. Mais qu'est-ce que j'aimerais aussi qu'on me regarde avec les yeux de l'amour. Quand j'observe ce petit couple tout mignon avec les yeux qui pétillent, j'ai la sensation d'avoir raté le virage vers "Ma vie" et pris l'intersection de "La loose".

Ils ont l'air tellement enjoués en entrant dans le jardin que j'en ai soudain mal au crâne. J'aurai dû prendre un deuxième café avant de quitter l'agence. Tant de joie, ça me stresse !

C'est une grande maison de cent dix mètres carrés, avec quatre chambres, deux salles de bains et de grands espaces, idéal pour une grande famille. Madame Brunet étant enceinte de jumelles, elle s'imagine parfaitement bien ici. Et vu qu'ils ont prévu d'avoir beaucoup, beaucoup d'enfants, quatre chambres immenses ne seront pas de trop. Dans le jardin, il y a déjà tout pour amuser leurs futurs petits bouts. Un tobogán, une balançoire, un enclos vide où ils pourront mettre des poules, des lapins ou ce qui leur fera plaisir. Dans le fond, il y même un bac à sable qui les attend.

En les voyant, j'ai quand même grave les boules. Ils doivent avoir le même âge que moi et sont déjà mariés, presque parents et sur le point d'acheter la maison de leurs rêves pour leur grande future famille. Alors que moi, je n'ai rien de tout ça. Pourquoi pour moi, tout n'a pas été si limpide que pour eux ? Trouver la bonne personne avec qui avancer dans la vie semble être un rêve impossible pour moi. Jamais je n'ai pensé famille, maison et labrador. Je n'en ai jamais eu le temps a vrai dire. Mes ex se sont tous échappés quand il a été l'heure d'affronter la stabilité. Et pour les plus courageux qui sont restés, j'ai déguerpi en vitesse avant qu'il ne soit trop tard, sentant que ce n'était finalement pas "les bons". Peut-être que le moment où j'y songerai sérieusement, c'est que j'aurai trouvé la perle rare avec qui partager ça. Qui sait ? Je pense que tout le monde a sa moitié qui se balade quelque part. Il suffit juste d'être au bon endroit au bon moment. Et d'ouvrir grand les yeux !

Bref ! La visite dure une bonne heure et les Brunet sont prêts à faire une offre. Les propriétaires étant dans leur résidence secondaire au soleil, je vais devoir les appeler pour leur soumettre la proposition du couple. En attendant, je leur fais signer une proposition écrite, il n'y a plus qu'à espérer qu'elle passe. Croisons les doigts ! Pour les Brunet et leur maison familiale, ainsi que pour moi et ma commission. N'oublions pas que je me déleste de plus dix mille balles pour des vacances offertes !

Le reste de la journée se déroule plutôt bien. J'ai appelé les propriétaires de la maison que veulent les Brunet, ils me tiennent au courant dans la semaine. J'ai fait signer deux compromis de ventes avec de belles commissions en vue, et enchaîné sur une maison portes ouvertes avec une vingtaine d'acheteurs. Résultat, je suis encore plus éclatée que ce matin ! Mais je n'ai pas le temps de me lamenter ni même de me poser cinq minutes. Mon rendez-vous avec Eliott est dans vingt minutes, juste le temps pour moi de m'y rendre à pied. Si je repasse chez moi prendre la voiture, je vais perdre trop de temps et sûrement tomber dans les bouchons en prime. Si j'arrive à la bourre à notre premier entretien, il ne me prendra pas au sérieux. Même si je le paie plus que bien, je lui dois un minimum de respect. Comme on dit : être à l'heure, c'est déjà être en retard.

J'arrive à l'endroit prévu, à l'heure convenue, mais je ne le vois pas ni dedans, ni en terrasse. Génial ! Ça commence bien ! J'ai maté son profil assez longtemps pour savoir à quoi il ressemble. Je suis sûre de moi, il n'est pas là. Je reçois un sms juste après avoir commandé un café crème et m'être installée dehors, mon sac à main sur les genoux et la tête en vrac. Je dois même sans doute avoir la moustache qui transpire à me presser depuis que je suis sortie du travail. Je ne vais pas avoir l'air très fraîche devant Eliott avec cette journée. Enfin, jene le paye pas pour qu'il me trouve à son goût.

+33783229256 :

Salut ma jolie ! Désolé mais je vais avoir 10min de retard. Accident sur la route. Ne t'échappe pas surtout 😉

Va falloir qu'il arrête avec ses surnoms niais celui-là. Je ne supporte pas ces conneries ! Et puis c'est quoi ça : ne t'échappe pas ? Mon compte en banque va être débité de plus de dix milles balles ! Évidemment que je vais rester là ! Je ne suis pas Rothschild, hein !

Je profite donc de l'attente pour regarder le planning des visites du reste de la semaine. L'agenda de mon téléphone est chargé à bloc. Il y des couleurs dans tous les sens et des noms dans chaque case. Bordel je louche ! En plus de mon air à l'ouest, il va me trouver encore plus étrange si j'ai les yeux qui se disent merde. Je range mon téléphone dans mon sac et remue ce café fumant que j'ai en face de moi. Avale-le ce café, t'es en train de t'endormir, idiote ! C'est pas le moment de piquer du nez !

Je me redresse donc sur ma chaise et prends une gorgée bien chargée de ce café. Pas sûr que ce soit efficace avec mon crâne en feu et les yeux qui piquent. Une bonne nuit de sommeil, c'est ça dont j'ai besoin. C'est décidé, ce soir, je me couche tôt !

 C'est décidé, ce soir, je me couche tôt !

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