À 9h13 selon ma vieille montre dégueu, j'arrive au boulot, déboulant avec une gueule de bois plutôt visible dans le chic siège administratif de la province.
J'ai toujours aimé les contrastes. Ça m'amuse de voir ma tête décoiffée et pleine de cernes dans des miroirs à cadres dorés, et les imbéciles finis en costard-cravate me feront toujours sourire. C'est pour ça que j'ai la réputation d'être quelqu'un de très aimable: je souris en permanence à mes collègues, qui croient donc que ça me fait plaisir de les voir. C'est mignon.
Mais heureusement, certains des employés ont des neurones fonctionnels. C'est surtout le cas des plus jeunes, qui finissent souvent par se casser, déprimés par leur hiérarchie arriérée, au bout de quelques mois.
Depuis quelques temps d'ailleurs, j'ai sympathisé avec un nouveau, fraîchement sorti de ses études, qui pourrait aller très loin si les échelons se grimpaient au mérite dans la politique de la province. Mais il en est réduit à classer et envoyer des formulaires pour faire des cartes d'identité, passeports et autres, tout en étant conscient qu'à peu près un formulaire sur vingt dans ses archives informatiques est trafiqué. C'est vers son petit bureau au deuxième étage (ce qui n'est pas rien compte tenu de la hauteur des plafonds et donc du nombre de marches en marbre) que je me dirige donc pour faire ce que j'ai à faire.
J'entre alors sans frapper, ouvrant brutalement la porte en grand, juste pour l'agaçer un peu, dans la pièce exigüe sans fenêtres qui contient tant bien que mal le vieux bureau bordélique et l'affreuse plante verte chérie de mon stagiaire du moment. L'endroit est objectivement laid, mais je l'apprécie beaucoup, car il a plus d'humanité que le reste du bâtiment.
- Kim Wonshik!!
L'intéressé sursaute ridiculement, puis me regarde fixement d'un air mi exaspéré mi amusé.
- Monsieur Bang... Bonjour, peut-être?
- Oui, en effet, bonjour! Écoute, je ne vais pas passer par quatre chemins, j'ai besoin de faux papiers. Ne me regarde pas comme ça! Déjà, ce n'est pas pour moi, et en plus, ça ne nuit à personne. Ce n'est pas pour blanchir un criminel.
- Bien... Vous savez, je ne suis plus à ça près. Comme je vous connais bien, je peux même faire le formulaire à votre place, si vous voulez.
- C'est très aimable à toi! Tiens, j'ai marqué tout ce qu'il faut là-dessus.
La main droite de Yongnam hésite tant en donnant le papier que Wonshik perçoit entièrement la gêne de son patron quant au fait de s'abaisser à de telles pratiques. Le jeune homme n'a jamais douté de l'admirable honnêteté du fils Bang malgré toute la corruption dans laquelle baigne son entourage, ainsi est-il curieux de savoir quel genre de circonstances a bien pu pousser Bang Yongnam à en arriver là. Cependant, il obéit, de peur de se mettre à dos la seule personne dans ce bâtiment qui est sincèrement sympathique avec lui. Yongnam a bien senti les doutes du stagiaire, et devient momentanément plus sérieux.
- Je sais que tu te poses des questions Wonshik... mais je t'assure que la personne pour qui je fais cela n'a rien à voir avec les Bigbang et tous ces autres mafieux. C'est juste un gamin abandonné sans papiers, et j'ai voulu lui filer un petit coup de main.
- Vous me rassurez! J'ai failli croire que vous étiez passé du côté obscur, réplique Wonshik en riant, à demi soulagé.
- Vertueuse mais dangereuse est la voie du respect de la Force, jeune padawan. Si je ne reviens pas de ma mission, me retrouver tu dois, afin de devenir un vrai Jedi!
Sur ce, je sors théâtralement de l'encadrement de porte auquel j'étais appuyé et pars en prenant soin de mal fermer la porte. Quelques secondes plus tard, je frôle quelqu'un en passant dans le couloir, mais je n'y fais pas attention, car je suis trop occupé à me féliciter mentalement de mon imitation de Yoda et de mon petit stratagème de prévention que Wonshik ne manquerait pas de comprendre au cas où il y aurait un pépin.
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Esclave | Banglo
FanfictionYongguk se promenait lentement au milieu des jeunes hommes nus, s'arrêtant de temps en temps devant l'un d'entre eux pour le toiser, le fixant de son regard froid. Il palpe quelques paires de fesses au passage, mais ne semble jamais satisfait. Ses p...