J'ai commencé à trembler de tout mon corps, c'est quoi cette question ? Et c'est quoi cette manière de changer de sujet ? Il sait trop comment me faire tourner la tête lui !
Moi : mai.. heu.. en sah vous êtes combien dans ton cerveau Houssam ?
Il rigole
Houssam : j'sais pas trop c'est le zbeul la dedans
Moi : ça s'voit !!!!!
Houssam : réponds à ma question esquive pas le truc
Moi : j'esquive rien du tout, c'est juste que t'as question elle est hors sujet l..
Houssam : Réponds !
Moi : bah j'veux .. je sais pas 3, 4 inchallah Houssam : ah ouais ?
Moi : bah ouais
Houssam : moi j'en veux 6 et j'en aurai 6 ! Il me sourit de toute ses dents là !
Moi : dis inchallah !
Houssam : inchallah on aura 6 enfants !
Mon pouls a accéléré d'un coup !
Moi : c'est pas un peu beaucoup 6 ?
Houssam : nan nan c'est bien 6 ! 4 filles et 2 garçons
Moi : ah tu veux plus de filles que de gars ?
Houssam : ouais.. tu vois Slimane il me disait zehma, les filles c'est une prise de tête, c'est chaud t'as toujours peur qu'elle tourne mal tout ça mais frère si ta fille tu sais la tenir y a pas de raison, les filles c'est tranquille.. wallah moi j'veux pleins de petites princesses !
Encore une fois, plus je parlais avec Houssam et plus j'apprenais à nouveau. Il suivait pas un model typique de mec de quartier comme tous. Lui, il avait sa propre personnalité, ses envies, ses angoisses. Je savais qu'il était sincère dans ses paroles, je savais qu'il aurait vraiment aimé avoir des filles. Et je me sentais heureuse, je me sentais bien de savoir qu'il me voyait déjà comme la futur mère de ses enfants. C'est un honneur pour moi, wallah limite j'en étais fière, j'étais fière de pouvoir penser qu'un jour je porterai ses enfants.
Finalement le lendemain Saïd m'appelle il me dit de le suivre au grec du quartier. Ça fait très longtemps que je n'ai pas marché à côté de mon frère dans la rue. Avant, j'avais cette fierté de défiler dans les rues à côté de mes frères, je me sentais imbattable, je marchais la tête haute, sans trainer mes baskets au sol. Et dés qu'il accélérait je faisais de même lol Il s'assoit à table, puis Rim nous rejoins, et quelques minutes plus tard Houssam arrive. J'étais mal à l'aise, parce que j'avais l'impression de trahir mon frère, j'avais l'impression qu'à tout moment il savait, qu'il allait l'apprendre, j'avais honte. Rim s'est assise, je lui avais rapidement expliqué que Houssam voulait nous filer sa voiture. Saïd s'assoit :
Saïd : bon on fait vite là, j'ai des trucs à faire. Donc maintenant je vous fais confiance sur le permis tout ça, Houssam m'a proposé d'vous filez sa voiture. Rim elle sourit
Saïd : donc on a dit 300 balles c'est ça ?
Houssam : non non vas-y frère 200 c'est bon, elle est vieille tout ça, 200, c'est la famille Il venait juste de changer le moteur... lol 200
Saïd : azy on a dit 300
Houssam : non wallah 200 !
Saïd : vas-y 200 alors, donc je vous la paye.. mais HANDEK si jamais vous faites un pas de travers, l'une ou l'autre, la voiture elle saute ok ?
Moi : oui
Rim : ok !
Saïd : ok bah c'est bon frère pour 200.
Mon frère Saïd il sort des billets de sa poche lui tend, Houssam nous file la clé, et me lâche un petit sourire satisfait en quoi. Zehma après il se sert la main comme s'il venait de faire une affaire de fou ! Rim et moi on monte dans notre petite clio. Je suis amoureuse de cette voiture parce que c'était la première d'Houssam, ma première, j'ai trop de souvenir dans cette clio, trop de truc qui me font penser à Houssam, j'ai appris à conduire avec elle, j'en suis amoureuse ! RIP MA CLIO :'-( Rim et moi on était trop contente on klaxonner, on danser, Rim elle commençait déjà à mettre des jours sur quand elle allait la conduire ou pas ! C'est à dire tout les jours de la semaine sauf le dimanche lol oui Rim. Sayé j'allais entrer en Fac, j'avais une voiture, le permis, c'était le début de l'indépendance ! Je savais pas pour vous, mais cette époque là, elle est top. L'époque où on commence à découvrir l'indépendance, la première fois qu'on conduit sa voiture. Moi je voulais juste rouler, m'évader, j'étais capable d'aller au grec en bas de chez moi en voiture juste histoire de conduire, j'étais fière de m'asseoir à la place du conducteur, fière de démarrer ma petite clio, fière de sortir avec mes copines en voiture, j'étais fière de tout ça. Le lendemain même, Houssam m'appel je le rejoins avec ma petite clio toute fière de moi, quand il m'a vu arrivé il a pas pu s'empêcher de rigoler.
Houssam : zehhhma la conductrice !
Moi : je gère je gère ! tu vois !
Houssam : ouais vas-y descend de là
Moi : non
Houssam : vas-y descend t'es folle toi tu crois je vais te laisser conduire
Moi : stp Houssam ! stp je viens juste de l'avoir ! j'ai envie de conduire wech
Houssam : et quoi ? tu crois j'vais m'asseoir à côté de toi j'vais me téma dans la glace, me remaquiller belek ?
Moi : wah arrêtes avec tes préjugés à la con, je veux juste conduire stp !
Il sourit et s'assoit à côté de moi. J'étais toute fière, toute concentrer. Je voulais lui montrer comment je conduisais bien, comment je gérais bien.
Houssam : mais handek avec les créneaux commence pas à te prendre pour Schumacher, si t'abîme ma clio je t'abîme ta tête !
Moi : c'est MA clio
Houssam : tout ce qui est à toi et à moi.
Moi : ah ouais ?
Houssam : ouais ouais !
Moi : laisses moi conduire.
Je passais vitesse en étant grave concentré sur la route, je voulais pas caler, pas passer de la 3e à la 5e, je voulais lui montrer que je conduisais bien. Sauf que lui me fixer, il était assit au fond de son siège et je le voyais sourire en me regardant.
Moi : Houssam arrêtes stp wallah ça me stress !
Houssam : tu me faisais la même
Moi : abuses pas j'te fixe pas comme ça !
Houssam : nan mais moi si j'ai envie de te fixer, y a quoi maintenant ?
Moi : on va se planter avec tes conneries !
Il continu de me regarder, puis prend sa casquette et l'a dépose sur ma tête.
Houssam : voilà Houssamette maintenant
Moi : t'es vraiment fou !
Il y avait une mèche presque devant mes yeux à cause de sa grosse casquette. Il continuait de me fixer, puis prend délicatement ma mèche et il met derrière mon oreille. C'est bizarre, parce que sa main de maçon il aurait pu facilement me tuer et il était tout doux, tout calme. J'étais gênée, mes mains tremblaient sur le volant. Il veut vraiment que je lâche les pédales !
Houssam : t'es belle en moi. Je me suis mise à rire.
Moi : tu veux qu'on se plante ?
Houssam : quoi ? J'ai fais quoi là ?
Il se met à rigoler avec sa grosse voix enraillé, sa voix rock un peu cassé, des fois ça poussait dans les égu, je pense que même si j'avais voulu reproduire le son de sa voix je n'aurai pas réussi. Il prend mon sac et met une enveloppe dedans.
Moi : tu fais quoi ? c'est quoi ça ?
Houssam : t'inquiète
Moi : HOUSSAM C'EST QUOI ÇA ?
Houssam : déjà tu vas commencer par baisser le son quand tu t'adresses à moi ok ? c'est l'argent que Saïd m'a filé, il est à toi, tant fais ce que tu veux, tu le brules, le téje, je m'en fout c'est à toi.
Moi : Non !! mais j'en veux pas moi ! j'en veux pas ! c'est à toi
Houssam : ET TU SAIS QUOI J'AI MÊME PAS ENVIE DE ME PRENDRE LA TÊTE LA, ALORS ÉCOUTES, CETTE CAISSE JE TE LA FILE INTISSAR, DONC L'ARGENT DE SAÏD J'EN
VEUX PAS IL TE REVIENT TU M'AS COMPRIS LA ? JE VEUX MÊME PAS ENTENDRE PARLER DE ÇA. WALLAH TU ME ZEHEF QUAND TU FAIS DES TRUCS COMME ÇA. C'EST A TOI INTISSAR, JE SAIS PAS SI TU CAPTES QUE TOUT CE QUI EST A MOI ET A TOI, JE M'EN TAPE DE L'ARGENT JE M'EN BALLE LES COUILLES DES VOITURES ! .. Déjà tu vois c'est parce que je savais t'aller me casser les couilles, mais je voulais t'acheter une caisse neuve ! J'ai hlef, et même si y a avait pas ça, Intissar c'est toi, je m'en balles les couilles, si demain tu me demandes une Ferrari geh j'te la paye !
Je savais qu'il me prenait pas pour n'importe qui, qu'il disait pas ça méchamment, je savais qu'au fond c'était sa façon de me montrer qu'il s'en foutait pas. Alors j'ai rien dis, même si je comptais pas utiliser cette argent, qu'il était encore plus hors de question pour moi que je lui demande quoi que ce sois. Son argent me dégoûtait, j'en avais rien à foutre de cet argent. Pour moi, c'était mon ennemi juré, c'était à cause de cet argent que l'homme que j'aimais s'enliser dans le crime.
Houssam : je suis pas zehef, c'est pas la peine de faire ta vieille tête là, c'est juste j'aime pas les actions comme ça, dis toi bien dans ta tête, que faut que tu comprennes, je peux pas assurer sur tout, alors jure moi juste que jamais tu resteras dans le besoin, ou même ta famille sans me le dire !
Moi : je sais... et je te le jure, mais faut pas que tu le prenne comme ça, c'est juste que moi je veux pas de cet argent
Houssam : bah mehlich téje le, mais quand je te le donne tu le prends. Ce qui est à moi et à toi !
Moi : t'es malade.
Houssam : t'va toucher un bête d'héritage ma gueule !
J'ai pas pu m'empêcher de rigoler, elle était con sa blague, vraiment.
Moi : putain fallait me le dire avant, j'organise ton meurtre.
Il sourit, et tape avec son point dans mon bras.
Houssam : c'est toi qui va m'achever.
J'avais l'impression que chaque phrase qu'il lançait été faite pour me déstabiliser, pour me montrer qu'il faisait des efforts. J'étais comblée, parce que c'est vrai ça me toucher qu'il parle comme ça. Mais même un silence total aurait suffit, à me rendre heureuse, un truc immense. Je le regardais, toujours aussi beau, parce qu'il est vraiment beau à mes yeux, il est vraiment magnifique, et je me rendais compte que finalement c'était même pas physique lui et moi.
J'avais cette hantise de tomber amoureuse d'un homme et que finalement je ne me rende compte qu'après que ce n'était que physique,qu'on est rien à se dire. Mais Houssam il me complétait vraiment. J'aimais parler avec lui, parce qu'on s'apprenait des choses mutuellement. On refaisait le monde avec peu. C'était aussi bien physique que mentale.
On aimait se regarder, comme j'aimais l'écouter parler. J'aimais son coeur, sa façon d'être, malgré ses erreurs, ses vices et ses défauts. Je voyais en lui surtout un mec unique, avec un coeur énorme. Pour moi c'était comme une perle dans un immense océan rongé par le sel. Il se détruisait petit à petit et pourtant y avait toujours cette personne, cet être unique. Un homme à part entière, avec un coeur, des valeurs, des principes, un cerveau. C'était pas simplement un voyou de cité qui avait fait de la prison, c'était un homme.
Et j'avais beau énumérer ses défauts, ses qualités étaient beaucoup trop supérieur pour que je le hais. Finalement c'est le destin, car au début Houssam s'était vraiment une vrai attirance physique, je le trouvais beau, avec du charisme, j'étais déstabilisée quand il m'adressait la parole, sans comprendre pourquoi.
Mais c'était sans plus, sans connaître sa personnalité, et au contraire je ne voyais en lui que les mauvais côtés. Puis il y a eu ses discutions après que Moha soit tombé, et dés la première conversation, dés les premières paroles qu'il m'a sortit. Quand il m'a parlé pour la toute première fois. Je me suis dis, il cache bien son jeu, ou c'est pas possible y a quelqu'un qui lui souffle ses répliques. lol Mais non, c'est Houssam, un homme pur à part entière.
Le jour juste avant notre départ au bled, on était tous posé dans le salon, mama, baba, saïd, moha, camille, rim, ibti, khalti, nour, houssam, moi et y avait même Fatiha elle faisait partit de notre famille cette folle. J'avais grave envie de l'emmener en Algérie mais elle allait partir au Maroc. On profitaient de l'ambiance du soir, l'ambiance arabe, les blagues pourris de Saïd suffisaient à nous éclatez. Puis on a été dormir, car le lendemain matin on devait prendre l'avion tôt.
C'était la deuxième fois qu'on prenait l'avion, d'habitude on faisait la route en voiture et bateau, mais pour 2 mois ! Ibti avait presque jamais été au bled, donc elle était toute heureuse de nous suivre, et moi j'étais contente d'avoir ma petite princesse à mes côtés. Les hommes étaient toujours au salon.
Puis juste avant de dormir j'ai reçu un message d'Houssam. J'aimerais vous parler d'Houssam et de sa phobie des textos ! Il a sincèrement une phobie. Il savait pas utiliser le téléphone et le clavier, parce que zehma à l'époque y avait pas le tactile et les claviers avec toutes les lettres, fallait taper plusieurs fois sur la touche pour avoir la lettre, enfin vous connaissez. Et donc lui ça l'énerver il se trompait tout le temps de lettre, il était impatient. Il me dit "wallah quand je vois des meufs là avec le gros pouces à croire que leurs appareils c'est un piano, elle lève même pas le regard, elle s'batte avec les touches, j'ai envie de le faire manger". Donc recevoir un texto de plus de 3 mots de la part d'Houssam c'est comme une déclaration ! lol
Houssam : "fait handek a ma mere mon reuf et a toi jte fais confiance et kan tu rentre inchallah on fra un truc a 2 princesse"
Fallait quand même dire qu'Houssam s'était très très loin d'être le mec à dire des mots comme ça, à exprimer un tant sois peu ce qu'il ressentait. C'était même pas pour se donner un genre, je savais qu'il connaissait pas ça, qu'il voulait même pas connaître. Je lui en demandais même pas. Je voyais juste qu'il kiffait dire le mot princesse, et quand il le disait je me sentais vraiment comme une princesse, j'étais sur mon nuage, parce que je connaissais la valeur de ce mot. L'entendre dire des trucs comme ça, j'avais l'impression d'être sur une autre planète, fallait le connaître, voir comment il était au quotidien, dehors avec le reste du monde, et l'entendre dire ça après. C'était irréel. Et c'est là que je reconnaissais sa sincérité.
On est arrivé au bled, un bien fou, de profiter de la famille, de se ressourcer totalement, c'est complètement différent. J'ai profité un maximum de ma mère, de ma soeur, de khalti. D'ailleurs khalti et nour était chez nous comme chez eux, ma famille du bled les considéraient comme de notre famille. Nour était pour moi comme mon petit frère, et khalti comme ma deuxième maman. Je profitais un maximum de la famille. Puis on a été quelque jour dans la famille à Khalti, donc la famille à Houssam. Et elle m'a carrément présenté à eux comme sa futur belle fille, ça m'a gêné !
On a profitait quelques jours de sa famille vraiment accueillant, j'avais du mal à me dire que j'étais dans la famille d'Houssam. Puis un soir un peu avant le départ en France, on était sur la terrasse avec khalti et rim, on profitait des lumières, de l'air frais du soir. Puis Rim s'est levé pour prendre sa douche, et khalti s'est approchée de moi, elle a posé sa main sur la mienne et m'a dit en arabe :
Elle : on a pas encore eu l'occasion de parler ma fille, pourtant j'ai pleins de choses à te dire.
Elle me sourit
Elle : ne sois pas gênée par ce que je vais te dire, tu es comme ma fille, tu n'as pas honte à avoir avec moi, pas sur ça.
Moi : tu veux me parler de quoi ?
Elle : de mon fils, de mon fils Houssam
Elle s'est reculée en regardant la vue
Elle : tu sais c'est surement la dernière fois que je vois mon pays
Moi : hein ? mais non arrête de dire n'importe quoi, on reviendra l'année prochaine inchallah !
Elle : ne fait pas comme mon fils, ma fille, tu vois bien que je suis malade, je le sais
Moi : mais non ! t'es en force, regarde, tu vas bien !! c'est juste la fatigue ne dis pas ça ! seul Dieu sait ! tu ne peux pas dire ça
Elle : seul Dieu sait, mais moi je le sens, je sens qu'il ne me reste pas beaucoup de temps, tu es une femme, tu es assez forte pour comprendre ma fille je le sais bien.
Je me suis mise à pleurer devant elle.. s'était horrible, horrible d'entendre ça
Moi : mais non tu vas rester avec nous, dis pas ça ! tu es là khalti et en forme !
Elle : tu ne dois pas dire des choses comme ça, ne fait pas comme mon fils, je suis malade, et je n'ai pas peur de la mort, j'ai peur de ce que je laisse derrière moi.
Je pleurais, j'avais envie de la sangloter, de la réveiller, de lui montrer que ce n'était rien simplement de la fatigue, qu'elle dramatisait beaucoup, trop j'avais envie de lui dire qu'elle avait trop regardé des séries turques, que la vie ce n'est pas un film, on en prévoit pas ça, et elle était encore en forme. Mais j'avais même pas les mots.
Elle : malgré tout ce qu'il peut te dire, même s'il fait l'homme, même s'il fait le dur, Houssam est le plus fragile de mes enfants, je te jure, que c'est le plus fragile ! Et je suis rassurée de savoir que tu es là, je sais que tu tiendras ta promesse comme tu as promis de ne pas l'abandonner, tu resteras près de lui, et tu l'aideras. Je le sais, j'ai confiance en Allah et en toi.
Moi : mais ne dit pas ça.. wallah non !
Elle s'est mise à essuyer mes larmes, je fixais ses petits yeux ronds, elle laissa couler quelques larmes.. Elle a les yeux de son fils, des petits yeux ronds légèrement en amande, et cette couleur foncé si intense. Tbarakallah. Elle me sert la main laissant couler des larmes.
Elle : je suis fière de toi ! Je sais que tu seras une bonne femme, et pas parce que tu fais à manger, que tu sais tenir une maison et que tu es bien éduqué, juste parce que tu as un grand coeur immense, et que le coeur de mon fils t'a choisi, je le sais, parce qu'une mère voit ses choses là.
Je tremblais en serrant ses mains.
Elle : Houssam a tellement de chance de t'avoir ma fille .. tellement.. (elle frotte mon visage), et je prie pour que Noureddine rencontre aussi une femme qui l'aimera et qui sera grande à l'intérieure.
Moi : c'est moi.. c'est moi qui est de la chance de l'avoir .. C'est comme si j'avais oublié que j'étais en face de sa mère, que c'était à sa mère que je parlais, j'avais complètement oublié ça.
Elle : je te demande beaucoup, je le sais, mais inchallah mon fils sera le mari qu'il te faut.
Moi : inchallah tata.. inchallah
Elle : et puis tu sais, le jour ou je partirai, peut-être qu'il fera n'importe qu..
Moi : non ne parle pas de ça ! ça va pas arriver ! arrête !
Elle : mais tu sais très bien qu'il faudra qu'on est cette conversation un jour, tu le sais... et je préfère l'avoir maintenant
Moi : mais.. tu ne peux pas parler de la mort
Elle : si car je sais que la vie d'ici bas n'est qu'un passage et c'est l'essentiel.
Je regardais cette petite femme si forte, je voyais en elle un modèle, l'expression de toute une génération de femme guerrière. Cette femme qui a sacrifié jusqu'à ses propres rêves pour voir ses enfants grandir, pour leurs apportés le maximum. J'aimais cette femme comme ma deuxième maman, pas seulement parce qu'elle avait enfanté l'homme dont j'étais amoureuse, mais juste parce qu'elle était ce qu'elle était.
Un modèle de sagesse, de dignité, de bonté, de gentillesse. J'arrivais pas à m'imaginer sans elle, j'arrivais pas à m'imaginer de plus me plonger dans ses petits yeux, de ne plus voir son petite sourire, de plus l'entendre des milliards de choses sur le monde, ne plus profiter de son immense sagesse, ne plus serrer ses petits mains, ne plus entendre sa petite voix. Je pleurais rien que d'imaginer une journée sans sa présence.
C'était horrible pour moi d'entendre ça, vraiment insoutenable, mais fallait que je réagisse comme une adulte, que je fasse comme si j'avais les épaules de supporter ça, alors qu'on font je n'écoutais même plus sérieusement, c'était impossible pour moi de me mettre en condition, en situation.
Elle : je sais que tu sauras prendre soin de mon fils, que tu sauras le relever, et m'offrir des tas de petits enfants inchallah !
Elle : j'aurai aimé voir mes futurs petits enfants, assister au mariage de mes fils, mais seul Dieu décide.
Et je me suis imaginée me marier, m'unir à Houssam, sans la présence de sa mère, d'avoir ce manque permanent, ce vide, autant pour lui que pour moi ce serait impossible.
Moi : tu sauras là, inchallah, tu sauras là.. Elle a versé quelques larmes et m'a dit
Elle : je t'en demande trop d'un coup, on reprendra cette conversation un jour inchallah, mais l'essentiel c'est que tu saches ça ma fille, je sais que mon fils t'aime, et que tu sauras la personne qui va l'aider. Va dormir ma fille.
Je l'ai serré dans mes bras tremblotantes, comment ? comment supporter le poids de la douleur ? Comment imaginer ma vie sans cette petite femme ? Je me suis allongée sur mon lit, rongée par la douleur et la peur, j'ai pris mon téléphone j'avais envie de parler à Houssam, j'avais au moins envie de lui dire, ce que je ressentais. Sans vraiment réfléchir je lui est envoyé : "je t'aime houssam".
Je me suis endormie. Le lendemain j'avais déjà oublié, j'étais un peu pommé, et quand j'ai pris le téléphone de Rim pour regarder l'heure, j'ai vu numéro de France : "wllh moi c plus ksa fé attention à toi". ça m'a suffit à me faire oublier le malheur qui pesait sur nos têtes.
Le retour en France fût difficile, on était, moi, rim, nour, khalti et ibti. Mama restait encore. Les au revoir ont été difficile. 2 semaines c'était beaucoup trop court. Rien ne m'avait manqué, la quartier, le froid, l'ambiance, la tentions, les galères. J'étais déprimée. Les premiers jours j'ai accompagné khalti pour ses examens, Houssam avait l'air très occupé donc j'ai pas osé lui demander qu'on se voit. Puis un soir je reçois un appel de lui, on parle rapidement, du bled, de sa famille, de tout, puis il me dit :
Houssam : au faite t'as un truc de prévu demain ?
Moi : bah euh.. non.. ah si ! je devais passer chez ta mère pour l'aider à mettre les rideaux qu'elle a ramené du bled.
Houssam : ouais mais ça je m'arrange, t'ira après-demain, t'as rien de prévu ?
Moi : bah non
Houssam : bah tu viens avec moi
Moi : ou ça ?
Houssam : je t'enlève
Moi : hella !
Houssam : tu te démerdes comme tu veux mais demain trouve un truc pour sortir de 10h et je te ramène vers 7h.
J'ai mis la soirée à élaborée un plan avec Rim, finalement on a trouvé, mes frères n'étaient pas à la maison donc on avait juste mon père à convaincre. Mais c'était le plus dur, parce que malgré son âge, fallait le prendre pour un imbécile, il connaissait les failles. Finalement il a accepté. Rim m'avait fait les plaques, je mettais dis que j'allais faire un effort. Le lendemain matin j'ai jamais été de si bonne humeur j'étais debout grave tôt, Rim et moi on est partie, je l'ai déposé chez sa copine Lila, et j'ai été rejoindre Houssam à une station service. J'avais 20 minutes d'avance, je jouais avec le lecteur cd, j'étais angoissé comme si s'était la première fois que je le voyais, on aurait dit une gamine. Finalement il est arrivé dans une grosse berline, direct ça m'a zehef, mais je me suis dis allez pour une fois ferme ta bouche.
Quand il est descendu de la voiture.. j'ai cru mourir ! Il avait mit une jean, belek ça parait un truc normal pour n'importe qui .. sauf pour Houssam ! Je le voyais tout le temps en jogging, casquette, même en été. Je le voyais jamais comme un mec à la mode, ou juste avec un jean et un tee shirt simple. C'est un truc grave con de remarquer ça, mais moi je sais pas ça m'a fait quelque chose. Je suis montée avec lui en voiture, même le voir souriant c'était un truc pas normal de ça part.. et pourtant il l'était.
Houssam : zehmaaa le lissage
Moi : zehmaa le jean ! il est où ton vieux jogging ?
Houssam : ahh t'inquiète moi aussi j'ai des fringues des les gens civilisés
Moi : bah tant mieux !
Houssam : c'est quoi ce maquillage ?
Moi : quoi ? j'en met presque jamais !
Houssam : t'es hella comme ça, mais je préfère que y est que moi qui voit.
Moi : mais bien surrr Houssam !
Houssam : ouais ! je suis sérieux
Moi : si je m'habillais en mini jupe tu pourrais dire ça, là ... nehel sheitan !
Il m'a regardé puis il me montre son poing en souriant.
Houssam : je te tue si t'ose faire ça un jour !
Finalement il m'a emmené dans un parc d'attraction.. ouais un truc de fou ! Moi je suis restée choquer quand il m'a dit ça, au fond j'étais toute heureuse de voir tout les efforts qu'il faisait c'était impressionnant. J'étais toute euphorique je voulais faire des trucs pourris, il se plaignait mais me suivait tranquille sans calculer. Puis il a voulu faire un manège zehma t'a la tête en bas.. et moi j'ai vraiment peur. Je faisais pas zehma, j'étais vraiment terrorisé, alors une fois assise, je commence à flipper :
Houssam : t'es sah t'as peur ?
Moi : mais wallah j'ai vraiment peur c'est pas du zgah !
Houssam : bah on descend si t'as peur
Moi : non non c'est bon
Houssam : nan nan vas-y s'tu veux pas le faire on s'casse
Moi : non c'est bon tu m'as suivi, à moi de te suivre ! Le manège démarre et il me dit :
Houssam : regarde tes pieds
Moi : hein ?
Houssam : s'ta peur fixe tes pieds
Je commence à fixer mes pieds, et il attrape ma main et la sert très fort, autant vous dire que le manège aurait pu se décrocher je sentais plus rien ! lol j'étais perchée, en sortant il souriait fière de lui :
Houssam : tu vois t'es pas morte.
Toute la journée il a fait des efforts, il était gentil, il parlait bien, il s'énervait pas. Lui même il m'a dit, tu sais ça me fait chelou d'sortir du quartier, wallah j'sais même plus comment me tenir. J'étais trop contente, trop heureuse, juste de le voir sourire. Il a acheté que des trucs sucrés, et gras on aurait dit un gamin de 12 ans qui avait trouvé un billet de 50 balles par terre ! lol.
A un moment on était dans des espèces de boués, qui tournait sur l'eau, et comme on était que deux dans la boué avec la descente j'ai glissé d'un coup. Il a m'a rattrapé, il m'a bloqué dans ses bras, il s'est passé un truc bizarre à ce moment là. Il m'a fixé au moins 5 seconde, et puis il a tourné la tête, comme si je l'avais déstabilisé, comme si pour une fois c'est moi qui avait réussi.
J'étais tellement heureuse tellement dans une bulle perché, je me croyais dans un film, on est monté dans un petit train qui faisait le tour, lui il clachait les gens de devant, il arrivait à se faire rire seul. Puis d'un coup j'ai collé ma tête sur son épaule, j'ai senti qu'il était gêné :
Moi : merci Houssam
Il a mit un temps avant de réagir, sur le coup j'ai eu peur qu'il me dise "tu prends la confiance". Mais finalement il a mit son bras autour de mon cou, il m'a embrassé la tête.
Houssam : t'es farhana là hein ?
Moi : bah ouais ! lol
Houssam : tant mieux alors.. c'est le but.
Il m'a embrassé à nouveau. J'arrivais plus à détacher mes yeux des siens, il se passait un truc chimique encore, un truc surpuissant entre nous. Il m'a ramené vers 7 h, je suis passée chercher Rim sur mon petit nuage.
Le lendemain je vais chez khalti, en rentrant je m'excuse de ne pas être venu hier :
Moi : je suis désolée, j'ai pas pu venir et..
Khalti : oui je sais ma fille ! alors vous vous êtes amusés ?
J'ai reculé d'un pas..
Khalti : ah tu comptais me mentir ! J'ai esquissé un sourire
Moi : mai.. Khalti : Houssam il m'a dit tu sais, il me cache pas ça, alors toi ma fille je veux pas que tu me cache !
Je suis restée bouche bée, il en a parlé à sa mère. J'osais même pas demander le pourquoi du comment, j'ai souri. J'étais haut perchée dans mon arbre bien heureuse, mais je sentais que tout ça n'était qu'éphémère et que la réalité allait très vite me rattraper.
Début Août 2006, un matin je reçois un message de Farouk. Il m'en envoie que rarement et surtout pas le matin !
J'ouvre : "intissar rappel moi c urgent".
Ce matin là j'étais en plein ménage de printemps avec ma maman, y avait khalti qu'il allait arrivé. Mais je décide quand même de le rappeler, je m'enferme dans la salle de bain.
Moi : allô Farouk ?
Farouk : ouais c'est qui là ?
Moi : Intissar
Farouk : ha putain... t'es où là ?
Moi : chez moi pourquoi ?
Farouk : y a du monde chez toi ?
Moi : pourquoi tu veux savoir Farouk ? Il se passe quoi ?
Farouk : y a des mecs qui sont tombés sur Houssam hier soir, ces fils de pute ils étaient une dizaine, wallah Intissar il est dans un sale état..
Partie 39 :
J'ai mis 10 bonnes secondes à calculé ce qu'il venait de dire
Moi : nonnn ! Farouk dis moi qu'il va bien ! ya allah !
Je me suis mise à pleurer.
Farouk : calme toi Intissar, il est en réanimation ou j'sais pas quoi.. mais il va bien, c'est juste.. que putain.. il a eu chaud cet enfoiré, il a eu chaud.. Intissar ces mecs là, c'est pas n'importe qui, et s'il a pas claqué ce soir, c'est parce qu'il voulait juste l'avertir. Je me suis mise à pleurer deux fois plus, j'avais l'impression de sortir cette scène tout droit d'un bon film américain. Mais non c'était la réalité.
Moi : comment ça ? Farouk me dit pas qu'y a des mecs qui veulent le buter ?
Farouk : pas pour l'instant, je sais aps wallah Intissar, avant Houssam c'était mon sah, mais là je sais pu ce qu'il fait, je sais pas où il va, je pourrais même pas te dire il est en affaire avec qui, je sais juste que.. il va pas laisser ça comme ça, quand il va se remettre sur pied, il.. zeubi.. putain d'sa mère, il risque de les buter un par un.
Moi : MAIS FAROUK PUTAIN C'EST TON POTE NON? MAIS C'EST QUOI ? C'EST QUOI VOS DELIRES? POURQUOI VOUS FAITES ÇA ? POURQUOI .. POURQUOI IL ME FAIT ÇA !!!! HEIN ?
Je me suis assise au sol, j'arrivais pu à m'arrêter, puis Rim a tapé dans la porte de la salle de bain :
Rim : INTISSAR QU'EST CE QUI A ? POURQUOI TU CRIS ?
Farouk : ho !! écoutes moi !!
Je pose le téléphone et ouvre la porte, ma soeur me prend dans ses bras, si je meurt pas de fatigue, il m’achèvera de peur.
Rim : hbiba ... Inti ! pourquoi ? qu'est ce qui y a ?
Je pouvais plus m'arrêter de pleurer, elle a prit le téléphone et à parler à Farouk :
Rim : salam, oui c'est Rim. (elle m'a regardé avec la compassion du monde dans son regard) euh.. putain.. euh.. ouais. Et alors ?.. non non t'as raison, c'est pas une bonne idée, t'inquiète inchallah. Merci d'avoir appeler.
Elle a raccroché.
Moi : Rim il va me tuer, il va me tuer ! il va me tuer je te jure wallah il va m'achevé.
Rim : calme toi Inti, ça sert à rien de te mettre dans cet état là, arrête s'il te plait.
Moi : je veux le voir, faut que j'aille le voir
Rim : non ! Farouk il a dit que c'était mieux que tu le vois pas comme ça, puis il sait même pas qu'il t'a appelé, c'est mieux que tu restes ici on ira le voir quand il ira mieux inchallah.. Fais des doua'a, et pense pas à ça.
J'étais plongée dans un vide total...plongée dans la peur de le perdre, l'angoisse qu'il ne soit plus là.
Rim : et tu sais Intissar, ce matin y a pas Saïd, t'as de la chance, mais faut que tu fasses attention, t'as crié vraiment fort là, mama va se poser des questions.
Elle m'a relevé, et ma mère m'a regardé bizarre, elle n'a pas posé de question étant donné que Khalti a poussé la porte. Je l'ai salam, elle avait l'air un peu fatigué, elle s'assoit et dit à ma mère.
Elle : Houssam, ce chien, il est pas rentré de la nuit, je sais pas pourquoi, ça faisait très longtemps qu'il n'avait pas fait ça, je m'inquiète.
Ma mère : ah ! mon fils aussi c'est un voyou, j'ai l'habitude, tout le temps dehors, tout le temps, il croit qu'ici c'est l'hotel, j'ai l'habitude ! Dieu les guides !
Je n'osais pas soutenir le regard de Khalti, c'était beaucoup trop pour moi, je suis allée m'allonger dans ma chambre.
C'était trop dur, trop dur de le savoir à l'hôpital. Le soir après que Khalti soit parti, ma mère a poussé la porte de ma chambre, elle m'a réveillé.
Maman : Intissar, intissar lève toi
Moi : hum..
Maman : viens, je t'ai préparé à manger. viens manger ma fille
Moi : merci j'arrive.
Elle est restée assise au bout de mon lit. Elle tousse, et continu en arabe :
Maman : il se passe quoi avec le fils à Wahida ?
Je l'ai regardé, sans pouvoir répondre, sans avoir de mot qui me sorte de la bouche, comme si cette instant n'exister pas. C'était trop pour moi en une journée, j'étais bloquée.
Moi : euh.. ma..
Maman : je sais qu'il se passe quelque chose alors ne me mens pas.
Moi : il se passe rien.. rien maman
(starfallah mais j'avais rien d'autre à dire sur le coup)
Maman : ne mens pas, j'étais jeune avant toi. Wahida me parle souvent de vous deux et puis tu es pas bien depuis ce matin, tu sais où il est ?
Moi : je ... Elle me coupe voyant que je n'arrivais pas à répondre
Maman : Tu es amoureuse de lui ?
J'ai baissé la tête, c'était impossible de répondre, IMPOSSIBLE tout simplement. Pas devant ma mère, pas devant ma famille.
Maman : alors écoutes moi, j'aime beaucoup Wahida, et Houssam et comme mon fils, mais tu es ma fille, et je veux ton bien avant tout. Vous êtes jeune, et lui n'est pas un homme sérieux, fais attention aux hommes ma fille. Allez viens manger Elle a déposé un baisé sur mon front.
C'était inimaginable. Moi Intissar, venant d'une famille assez stricte avec énormément de valeur et de pudeur, je venais de parler de l'homme que j'aimais avec ma mère ! C'était impensable! Le lendemain dans l'après-midi j'étais au super marché avec ma mère, je traînais mes jambes lourdement en poussant le cadi. Elle était à fond dans sa comparaison de prix, puis elle croisait toutes les 5 minutes une femme qu'elle connaissait et s'était partit pour 40 minutes de conversation "la famille ça va.. ah meskine ! ah mabrouk elle a accouché ?" Mon téléphone vibre, c'est le numéro à Houssam..... j'ai bloqué devant l'appel et je me suis dis "voilà t'as rêvé Intissar, c'était qu'un mauvais rêve". Je décroche et j'entend la voix de Farouk :
Farouk : salam
Moi : salam ? pourquoi tu m'appelles avec le téléphone à Houssam ?
Farouk : j'ai plus de crédit.. Hessoul, il vient de se réveiller là, il veut te voir Intissar
Moi : moi ?
Farouk : bah oui toi !
Moi : il. il va bien ?
Farouk : bah hamdoullah pour l'instant oui, t'inquiète. Mais il veut que tu viennes là.. j'viens te chercher ?
Moi : non c'est bon je viens en voiture inchallah je finis les courses et je viens.
J'étais soulagée, je ne savais même pas ce qui m'attendait par la suite, mais j'étais soulagée. J'ai fini d'aider ma mère, je me suis changée et je suis partie à l'hôpital. J'étais assise dans le hall, téléphone en main, j'étais tétaniser. Sayé j'y étais.. quelques mois plutôt j'étais assise là en priant Dieu pour que jamais je ne me retrouve à la place de Rim, et là j'y étais. Fatiha me manquait, j'aurai voulu qu'elle soit là pour me réconforter, me rassurer, mais j'étais seule, seule dans mon angoisse, dans mon amour. Puis j'ai vu Farouk sortir une clope à la main, il était devant la porte, entrain de fumer, et quand il est re-rentré il m'a vu :
Farouk : ça va ?
Je l'ai regardé un peu perdu, et j'ai hoché la tête. Fallait pas que je pleure.
Farouk : tu vas pas le voir ?
Moi : j'y arrive pas
Farouk : vas-y Intissar wallah quand il s'est réveillé t'es la première personne qu'il a réclamé, vas-y.
Moi : et saïd ? Farouk : Slimane et lui .. ils sont partis faire un truc
Moi : ils sont partis chercher les mecs qui ont fait ça, c'est ça hein ?
Farouk (étonné) : ouais..
Moi : pourquoi ils font ça putain ????
Je me suis mise à pleurer, et il s'est assit à côté de moi et m'a prit la tête entre ses bras.
Farouk : j'avais même pas capté qu'Houssam et toi c'était un truc aussi sah, mais je crois qu'il est vraiment ouf de toi Inti.
Après avoir repris mes esprits, Farouk m'a accompagné jusqu'à sa chambre, j'ai poussé la porte.. Immédiatement j'ai lâché mes premières larmes, ya allah qu'est ce que je l'aimais !! Qu'est ce que j'en étais amoureuse ! Il avait le visage massacré, un oeil fermé et noir, des hématomes sur tout le visage, sa peau foncé était recouverte de bleu. Il avait la lèvre supérieur gonflé, un pansement énorme sur le crane. Il était défiguré, j'en étais malade de le voir comme ça, j'avais l'impression qu'il était passé juste à côté de la mort, une nouvelle fois qu'il l'avait frôlé. Il était entrain de m'attiré avec lui, il était entrain de m’entraîner avec lui dans sa misère, c'était comme-ci s'était moi qu'on avait tapé. Il avait les yeux ouverts, enfin un sur deux, il a tapé avec sa main à côté de lui. Je regarde son autre bras, il est dans le plâtre.
Je fixe alors le mur, j'y arrive pas, j'arrive pas à voir l'état dans le quel il est, pas par dégoût, par peur, par amour, par dénie. Je refuse de le voir comme ça. Je m'assoie près de lui, je regarde sa main. Il ne parle pas, ne bouge, on est plongé dans un silence. Et je ne sais pas pourquoi je me suis mise à m'imaginer apprendre un matin qu'il était mort, je me suis imaginée devoir annoncer à sa mère que son fils était mort, je me suis imaginée devoir me rendre devant sa tombe, j'ai pleuré, j'ai chialé, parce que je me voyais pas faire ça, je pouvais pas, j'en étais folle amoureuse. Je me suis même dis que s'il mourrait, j'y survivrais pas (starfallah), plus le temps passé, pire s'était, plus le temps passé et plus des idées comme ça prenait place dans ma tête. Houssam : arrêtes Il avait grave des difficultés à parler, avec sa lèvre. J'ai levé la tête, et puis j'ai passé mes mains sur son visage.
Moi : si c'est pas eux qui tue, c'est moi qui vais te tuer Houssam.
Je suis sortie en claquant la porte, j'avais tellement la haine, j'avais la rage, et j'étais détruite. J'ai surtout utilisé le prétexte de la haine pour pouvoir m'éloigner et m'éviter le supplice de le voir comme ça, parce que ça me détruisait. Je suis restée assise 15 minutes les yeux dans le vide, à m'imaginer vivre dans un super endroit idyllique, m'imaginer pouvoir être avec le vrai Houssam au quotidien, sans avoir à vivre tout ça, sans avoir la peur au ventre quotidiennement. Je reprend mon courage, et dis bismillah en poussant à nouveau la porte.
Il est aussi plongé dans ses pensées fixant le plafond. J'avance, et je m'assoie à côté de lui. Je fixe son visage, sa barbe mal rasé. Ce mec se néglige totalement physique et ça m'empêche pas de le trouver magnifique, je sais pas ce que je lui trouve finalement, j'en sais rien, je sais pas pourquoi j'en suis amoureuse, j'ai beau tout remettre en question, y a toujours ce sentiment hyper fort, cette impression de vide, de manque, ce besoin de le serrer dans mes bras, de besoin de sentir sa présence.
J'ai pris sa main dans les miennes, et je lui récitais des sourates. C'était très paradoxal, mais c'était ma manière à moi de m'en remettre à Allah, de placé ma confiance total en Dieu. Ma voix était cassé, entre deux versets je laissais couler des larmes, mais je récitais quand même, je récitais tout ce que je connaissais. Nous sommes restés presque 1 heure comme ça, et puis je me suis levée, j'ai déposé un baiser sur sa lèvre et je suis sortie...
C'était la première fois que je faisais ça, la première fois que j'embrassais quelqu'un, la première fois que j'embrassais Houssam. C'était un truc rapide, d'enfant, mais c'était symbolique. Je suis rentrée en tentant d'oublier cette après-midi, sauf qu'en rentrant chez moi Khalti était là, en pleure, elle était angoissée à cause d'Houssam qui n'avait toujours pas de nouvelle, j'étais honteuse de savoir où était son fils et de ne pas oser lui dire. Le lendemain, je me suis levée en même temps que Rim, je l'ai déposé au taf, et je suis allée directement à l'hôpital. Houssam dormait encore, j'ai mis mon petit coran sur sa table de chevet, et j'ai posé aussi les gâteaux que j'avais ramené. Et puis j'ai attendu qu'il se réveille. Il a fini par tousser pour me montrer qu'il était réveillé.
Moi : ah.. ça va mieux ?
Il se racle la gorge et me lâche un petit "hum" rapide. Je suis restée une bonne partie de la matinée avec lui, sans qu'il parle, je lui est lu le coran, des sourates. Je me suis mise à faire pleins d'invocations à son chevet, je pleurais, j'implorais Allah de le guider. J'avais delaissé ma religion, c'était de ma faute si je perdais pied, si dés qu'une épreuve me touchait je n'étais pas capable de me relever, que je pleurais comme une faible. Je me suis auto-égarée. J'ai rangé mes affaires dans mon sac et je lui est dis :
Moi : Houssam.. il faut que t'appel ta mère, wallah elle est vraiment pas bien. Si tu le fais pas, c'est moi qui lui dirait. Il m'a retenu le poignet : Houssam : restes
Moi : appel ta mère Houssam.
Houssam : je veux pas qu'elle me voit comme ça
Moi : tu préfères qu'elle fasse des nuits d'insomnies sans savoir où est son fils ? putain Houssam, appel là ! Merde !
Houssam : casses toi Intissar, casses toi
Moi : ouais, t'as raison, je me casse Houssam J'ai pris mon sac et je suis sortie.
Le soir même j'étais à la fenêtre de ma chambre jusque tard, dehors il faisait super chaud on était au mois d'Août, jusqu'à 22h les petits jouaient au foot devant la tour, les grands étaient posés. Ça sentait bon dehors, on mourrait de chaud dans nos HLM. Y avait des mamas qui laissait les fenêtres ouvertes et la musique retentissaient dans le quartier, j'aimais cette ambiance de l'été. Quand il restait peu de personne au quartier, quand y avait juste les galériens. Rim est posé sur son lit et textote, moi je fixe les gars entrain de faire des tours de voitures, défilés dans le quartier, et le petit qui font de la moto cross, ils sont attroupés. J'aimerai voir Houssam avec eux, au centre entrain de rigoler avec sa vieille casquette, le voir taper avec Osman, j'avais besoin de le voir comme un les gars de ce quartier, galérer en bas, c'était ma façon à moi de me rassurer, de le voir au quartier, ça me permet de savoir qu'il est toujours là. Rim se lève d'un coup de son lit :
Rim : viens on va faire un tour, j'ai trop chaud ici putain !
Moi : Hein ? mais Rim t'es folle il est 22h
Rim : et quoi ? on s'en fout ! j'ai chaud, j'ai envie de sortir, on est majeur, on a le permis ! allez vient
Moi : tu t'es cru chez shab les gwers ? tu veux qu'on aille boire un verre dans un bar aussi ?
Rim : azy ton mec à trop mauvaise influence sur toi, on s'en fout de ça on va juste faire un tour, je dis à Warda de venir,allezzzzz Inti on a le permis ! putain !
Moi : bah démerde toi avec les darons.
Ibti : vous allez où ?
Rim : on va faire un tour ma puce, tu vas dans le chambre à Saïd j'te met un wall disney ?
Ibti : oui ! Elle met Ibti devant Mulan.
Elle me tire au salon, fait sa salat, ma mère épluche les légumes.
Rim : maman ?
Ma mère ne lève même pas la tête : tu veux quoi ?
Rim : ta vu il fait chaud, et il fait encore bien jour
Ma mère : et ?
Elle lève un sourcil et nous regarde
Rim : bah on voulait faire un tour avec Warda.
Ma mère : le soir ?
Rim : il fait jour, et tout le monde est dehors
Ma mère : vous êtes pas tout le monde
Rim : maman haichek
Ma mère : attends que ton père finisse la salat, et tu lui demande.. vous avez fait vos prières ?
On répond en coeur que oui. L'avantage des vacances c'est que je profitais pour faire mes prières à l'heure, c'est vachement mieux, beaucoup plus agréable, et plus facile. Mon père fini sa prière, il se met sur le fauteuil, Rim l'attaque, elle lui pose la question, il dit :
Papa : les filles ça sort pas le soir, ni les garçons d'ailleurs
Rim : s'il te plait papa on reste tout le temps ici, il fait chaud.
Après un débat largement gagné par mon père, il a fini par nous dire
lui : Bon c'est bon, mais 1 heure pas plus ! Wallah si vous êtes pas à la maison dans 1 heure, je viens vous cherchez par les cheveux !
Donc Rim elle a couru vers la sortie, toute fière d'elle, elle m'a tiré chez Warda de force, une fois devant son immeuble elle s'est mise à klaxonner dans le quartier, t'avait tout le monde qui nous fixés, dont Saïd qui est venu nous embrouillez, puis après il nous a laissé partir, je crois qu'il avait "des trucs" à faire, il avait pas le temps pour nous surveillez. Bah oui faire le frère autoritaire ça marchait bien quand il foutait rien de la journée, qu'il était enfermé au bled, maintenant qu'il fait croire à mes renpa qu'il cherche du taf à fond mais que la France est raciste, et qu'à la place d'aller chercher du taf il trafiquer avec ses shabs, il a plus vraiment le temps de faire le frère autoritaire.
On était à 3 dans la bagnole comme des folles on dansait, Warda avait mit du son Marocain, à cause de la tête de Rim on a failli s'encastrer deux, trois fois. El mohim, on roulait sur une grande avenue, il commençait à faire nuit vite fait, y'a pleins de gars dehors. Et donc Rim faisait la folle, quand y a des mecs dans une voiture il nous double comme des merdes, ils criaient par la fenêtre.
Rim et Warda ses folles elles ont ouvert les fenêtre, et Rim commence à accélérer en doublant. En gros on était entrain de faire une course avec des gars qu'on connaissait pas, moi j'criais arrêter tout, mais elles me calculaient pas, elles rigolaient, elles chantaient. Puis les mecs ce sont arrêtés à un feu, il était 4 dans la caisse, le conducteur tape un gros smile teh les beaugoss à ma soeur, il devait avoir l'âge à Rim tous. Je regarde derrière, je distingue un renoi derrière avec son pote... putain c'est Kem ! J'ai mis du temps à calculer, enfin c'est le mec que Houssam m'avait présenté, zehma il s'appelle Kem. Donc moi j'baisse la tête en panique puis le conducteur commence à taper la discute avec ma soeur :
Conducteur : wech la miss t'as confondu le frain avec l'accélérateur ou c'est comment ?
Ses potes se tape une barre, Rim faut même pas la chauffer, elle redémarrer ya allah ! Puis on était quand même en clio, eux y avait wahed la caisse ! Donc ils nous on vite doublé, ils rigolaient comme des tahanes, moi j'étais trop mal. Le pote d'Houssam va croire que je sais pas, je suis une meuf qui tape des courses poursuites le soir avec des inconnus. Rim et Warda ses grosses elles rigolaient comme des dindons. Finalement le gars il ralenti, Rim fait de même, il s'arrête geh au milieu de la route, son pote ouvre la fenêtre du côté de Rim cette fois, on avait fait des zgig zgag sur la route.
Donc son pote dit : -On vous paye un verre vite fait là
Je commence à rigoler toute seule derrière !!! Rim elle tape sur le volant
Rim : un verre tozz ouais ! shab on va faire un tour en teboi aussi derrière ?
Elle redémarre d'un coup, on était morte de Rim, ma soeur malgré son âge c'est encore une gamine en vrai ! J'étais un peu mal à l'aise à cause du pote d'Houssam, mais truc de malade même quand il était à l'hôpital j'avais l'impression qu'il était toujours là quand il fallait pas! Après avoir roulé un bon moment, Rim avait niqué notre plein d'essence, on est rentré à la cité, y avait toujours pleins de monde en bas, ça me soulait d'être enfermé alors qu'il faisait beau, chaud, et qu'y avait du monde dehors.
Deux, trois jours plus tard , j'entend tôt les pleures d'une femme dans le salon, je reconnais direct Khalti. Je l'entend se plaindre en arabe, de son fils, puis elle dit qu'il a failli mourir.. je me suis dis hamdoullah il l'a appelé. Alors je suis restée un peu avec elle pour la consoler, et j'avais prévu d'aller le voir en fin de journée. J'ai passé la journée avec Ibti, mama, Camille et khalti.
Puis j'ai prétexté devoir aller chez Jihene car ça fait longtemps. Je me dirige vers l'hosto, un peu en stress, la peur de ce qu'il allait se passer, j'ai l'impression d'avoir toujours peur avec lui. Je toque à la porte de sa chambre, il est assit sur son lit entrain se zehef sur la télécommande avec sa seule main qu'il lui reste..
