Les regards des gens étaient glacials dans cette ville. Ils déambulaient, faisaient les marchés et vaquaient à leurs occupations en riant. Mais un vide profond occupait leurs yeux. D'un simple coup d'œil je pouvais dire que les habitants de Starv n'avaient jamais connu le froid ni la faim. Ici les rues étaient pavées et les maisons nombreuses. De hauts remparts entouraient la ville et étaient bordés de profonds fossés. Jamais je n'avais vu pareilles fortifications avant ce jour. Il y avait de hauts miradors, des patrouilles et des postes de garde où qu'on regarde. Non, ces gens-là ne risquaient rien.
- Là-bas ! Lança Solomone en pointant le Nord du doigt.
Je tournais fébrilement la tête pour voir au loin quelque chose se dresser entre les toits de maisons de pierre. Je n'en revenais tout simplement pas. Même dans mon village on entendait parler de Nikolas, l'arbre-monde. Mais jamais je ne me serais attendu à quelque chose d'aussi imposant. A vu de nez et de là où nous nous trouvions, ce chêne devait dépasser les cinquante toises ! Il était plus haut que le grand donjon du château !
Nous finîmes pour nous arracher à la contemplation lorsque le chariot passa de l'autre côté du mur d'enceinte de la place forte au centre de la ville de Starv. Nous pénétrâmes la cuirasse minérale de la forteresse sous les yeux de dizaine de fantassins. Si j'avais eu le vœu de m'évader, il me fallait désormais l'étouffer dans la plus sombre obscurité. Derrière nous les grilles de la herse retombèrent comme des crocs se refermant sur leur victime. Le chariot s'arrêta et notre escorte mit pied à terre. Vetrov ôta son casque en regardant vers les escaliers de bois montants jusqu'aux baraquements. C'est cet instant que choisirent Rod et Svarog pour faire briller le soleil à travers la douce pellicule de nuages. Les rayons se posèrent sur la muraille derrière le baraquement comme pour couvrir une silhouette qui en descendait. Je plissais les yeux alors que chaque homme fixa l'escalier grinçant. Dans une armure argentée fraîchement polie, un être tout à fait extraordinaire marcha lentement jusqu'à notre hauteur. Dès lors que son visage m'apparut plus clairement je fus envahi par une douce chaleur.
La décrire comme une femme semblait la plus terne des comparaisons. Non, elle était le printemps. Ses douces boucles couleur acier échappaient à un chignon pour tomber sur son visage solaire. Ses yeux d'un vert profond semblaient briller comme deux émeraudes taillées par un joaillier d'ascendance divine. Ses traits fins et son léger sourire en coin attiraient tous les yeux mortels dans la cour. Je sus immédiatement qui elle était en la voyant. C'était la toute première fois que je pouvais contempler de mes yeux une « Nebesnoy ». Un être béni par les dieux à qui on accordait une ascendance surnaturelle.
- Natalya, la fille de l'Aurore. Murmura Solomon.
Vetrov posa un genou à terre alors que la femme à qui on n'aurait su donner un âge s'approcha d'un pas mesuré. Son visage incarnait à la fois innocence et bienveillance.
- J'ai été informée de l'attaque que vous avez subits et du sort de Mishan. Je m'attriste de cette perte et vous remercie d'avoir fait une si longue route. Le Tsar sera très heureux de l'entendre.
Puis elle tourna la tête vers nous et me transperça de son regard. Je mentirais si je disais avoir vu un être plus beau en ce monde froid et sanglant. Même Vlad ne se permit pas de commentaire obscène en la voyant. Natalya tourna alors les talons pour repartir vers le donjon. Vetrov se releva et ordonna qu'on ouvre la cage. Cinq fantassins nous emportèrent par nos chaînes jusqu'à l'autre bâtiment de pierre d'où s'échappait une fumée noire. A l'intérieur nous fumes accueillis par homme sinistre aux cheveux longs et aux yeux vitreux. Une terrible odeur dont j'aurais été bien incapable de déterminer l'origine embaumait l'air et me prenait aux tripes.
- Eh alors Vetrov ! Ce sont de bien beaux chiens que tu nous apporte là !
- Tu sais ce que t'a à faire. Dit-il froidement.
- Bien, y a-t-il des Archers Noirs parmi vous ?
Nous restâmes les yeux baissés vers le sol. Qu'est-ce qu'il croyait ce type ? Si un Archer Noir était parmi-nous il ne serait pas resté sagement dans cette cage à attendre qu'on vienne le marquer comme une bête !
- De toute manière, si vous mentez je le saurais très vite. Reprit-il de sa voix aigre. Commençons.
Les fantassins nous alignèrent, nous firent ployer les genoux et mirent nos dos à nus. L'homme que je soupçonnais être un sorcier s'approcha alors avec une étrange aiguille dont la pointe luisait d'un éclat sinistre. Il s'avança d'abord vers Solomon et se mit à dessiner un étrange symbole dans son dos tandis que les fantassins le tenaient fermement. L'opération arracha des gémissent de douleur à l'homme pendant de longues minutes. Puis il le relâcha pour passer au mien. Dès le premier contact, mon corps entier se mit à irradier. Comme si mon sang bouillonnait dans mes veines et que des tiges d'acier me traversaient de part en part. Je me contorsionnais autant que l'étreinte de mes gardiens le permettait et hurlais à pleins poumons, ne manquant pas de raviver l'étincelle ardente de ma blessure à peine recousue. La sensation était bien au-delà de la simple douleur. C'était hideux, dégouttant. Comme si une force haïssable agitait mes membres à ma place.
Lorsqu'il eut terminé, mon corps entier était encore secoué de tremblements et un son métallique vibrait dans mes oreilles. Une fois tous passés, on nous ramassa et les fantassins nous traînèrent jusqu'à une cour adjacente. Une herse se ferma derrière nous et une fois ma vue revenue je distinguais des gardes un peu partout sur un grand mur qui nous encerclait. Il y avait plusieurs autres hommes et femmes qui gisaient autour de nous pieds et poings liés et on continua à en amener d'autres. Après une heure, mes sens étaient à peu près remis du choc mais mes mains restaient engourdis et mes mouvements apathiques. J'avais la sensation d'avoir été gavé de lait de pavot et j'avais soif. Nous étions une trentaine désormais. Vetrov était là aux côtés d'autres chevaliers et l'un d'entre eux s'avança face à nous tous.
- Bienvenus ! Cria-t-il avant de marquer une pause. Comme vous le savez, vous avez été condamnés à potence. D'ailleurs, je ne vois face à moi qu'un immense tas de fumier encore chaud ! Mais par chance votre vie sans valeur a pu être rachetée par notre Tsar Ivan, gloire à son nom ! Et désormais vous êtes ses chiens. Des molosses qui n'auront pour seul but que de traquer et tuer ses ennemis ! Nous vous avons marqué d'un sceaux d'obéissance absolue. Si vous cherchez à mordre la main qui vous nourrit, il vous tuera sans plus de cérémonie et je ferais en sorte qu'on laisse votre carcasse pourrir dans un champ pour qu'elle le fertilise. Vous allez être divisés en groupes sous le commandement d'exécuteurs et serrez d'abord envoyés au front à l'Est pour mener des raids. Si vous survivez, vous serez alors des Limiers suffisamment endurcis pour votre véritable mission : le Nord. Passez un agréable séjour dans le chenil de Starv !
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Copper Coin
Fantasía"Regarde moi, et dis-moi quel espoir en toi n'est pas mort ?" Seul l'hiver m'est tendre et seule la mort réchauffe ma couche. Je combattrais le Peuple Gris au Nord, les éleveurs de bêtes du Sud et tout être que les dieux mettront sur ma route. Pour...
