8 - Le palanquin (2/2)

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Ne s'offusquant pas de son silence, Akio poursuivit :

- Excusez d'avance ma question déplacée, mais je suis curieux : que connaissez-vous de Drakkon, exactement ?

Yu fut soulagée qu'il aborde un tout autre sujet, parfaitement neutre.

- Seulement ce que Bhikkhu Tôgo m'en a appris, grâce à son expérience et aux livres du monastère.

- Ah ! s'exclama le prince, impressionné. Vous savez lire !

- Oui... Bhikkhu Tôgo est très érudit. Il m'a appris tout ce qu'il savait. Il m'a même parlé de la capitale et du Palais du Dragon, ainsi que des usages et du protocole, Votre Altesse. Pourtant... je n'ai jamais vraiment réussi à me souvenir de ce dernier. Je suis désolée.

Akio sourit. La jeune femme était bien plus instruite qu'il ne l'avait imaginée. Il avait d'abord été frappé par la délicatesse et la fragilité de son corps alors qu'elle vivait dans un environnement éprouvant pour l'homme, presque hostile. La montagne, après tout, était le lieu de résidence des dieux et n'était pas faite pour que l'homme y vive. Puis il s'était imaginé que malgré son apparence enchanteresse et douce, elle n'était rien d'autre qu'un esprit simple tourné vers les dieux, à l'oreille musicale, et sachant jouer de l'erhu. Il s'était lourdement trompé.

Lui avouant ses pensées premières à ce sujet en toute franchise, il ne la vexa pas du tout et elle se contenta de rire doucement dans son dos, pas mécontente de son petit effet.

- Mon érudition n'a pas seulement été acquise de façon honnête, admit-elle finalement, sentant qu'elle pouvait avouer ce fait au prince comme on fait une confidence à un ami.

Akio secoua la tête, sceptique.

- Je n'y crois pas.

- Vous devriez, pourtant. J'ai appris l'erhu de cette façon.

- Comment ?

- Lorsque le monastère accueillait des invités, je devais me rendre invisible, faire comme si je n'existais pas. Mais il était rare que je puisse voir de nouvelles personnes et j'étais curieuse du monde extérieur. Alors je me faufilais en douce près des portes, ou entre les panneaux des fenêtres et j'écoutais. Je regardais.

Dans d'autres circonstances, Akio aurait certainement fait punir les serviteurs qu'il aurait surpris à avoir le même comportement que Yu. Mais elle n'était pas une esclave, et elle ne s'était jamais fait prendre. Il n'avait aucun moyen de la blâmer et n'en avait pas non plus l'envie. Elle s'était un peu instruite de cette façon, et à présent qu'elle était avec lui, il bénissait son audace.

- Cela me rappelle que je suivais mon frère en douce, très souvent, lorsque nous étions enfants, avoua le prince pour lui faire une confidence à son tour. Il était promis à devenir empereur et Père le convoquait souvent, seul. Je voulais savoir, moi aussi, alors je le suivais.

- Vous avez appris des choses de cette façon, vous aussi ? s'enquit Yu, amusée.

Elle imagina le petit prince, se faufilant entre les colonnes et les paravents pour écouter aux portes.

Akio grimaça.

- Hélas, non. Il y avait toujours des gardes partout pour me retenir, et ma nourrice n'était jamais bien loin pour me ramener là où je devais être.

Cela lui vint naturellement, Yu se mit à rire sans retenue. Elle n'avait pas l'habitude de réfléchir avant de parler ou d'agir. Tout avait toujours été spontané chez elle. Alors, lorsqu'elle se rendit compte de son comportement en présence du prince, ses maigres connaissances des usages et du protocole l'obligèrent à s'arrêter immédiatement. Tôgo le lui avait dit, un jour ; les dames devaient demeurer discrètes et rire avec parcimonie derrière des éventails.

Drakkon - I - Le masque du dragonOù les histoires vivent. Découvrez maintenant