Trois jours passèrent entre cours nouveaux de Zara, premières bagarres pour la rouquine et nouveau lien se tissant entre elle et Aglaé. Ces soixante-douze heures avaient été aussi éprouvantes que délicieuses.
En ce moment, la jeune femme était assise sur une chaise inconfortable et faisait face à une professeure de français. Cette dernière tenait à leur parler de Francis Ponge. Elle n'arrêtait pas de vanter sa plume et son audace de critiquer l'humanité. Zara ne l'écoutait pas vraiment et faisait mine de lire les poèmes du recueil qu'elle tenait entre les mains.
— Zara, que pensez-vous de ce texte ?
Ne sachant pas de quel texte il s'agissait, Zara déclara qu'il était bien écrit. Puis, elle replongea dans sa lecture, sans prêter attention au regard ahuri de l'enseignante. Soufflant, la professeure se concentra sur Hestia. Cette dernière intriguait de plus en plus Zara par son mutisme et sa grande intelligence. La rouquine ne comprenait pas la raison de sa présence dans ce sanctuaire de fous.
Un objet vola au-dessus de la tête de Zara pour se poser avec maladresse devant elle. Le rythme cardiaque de la rouquine s'était affolé d'un coup. L'adolescente s'aperçut que ce n'était qu'un bout de papier roulé en boule, elle prit une grande inspiration. Elle le déplia et eut du mal à déchiffrer le charabia griffonné dessus.
J'ai faim, viens on sort on va manger.
Zara réprima un sourire amusé en comprenant que cette missive provenait d'Aglaé, qui se trouvait plus loin dans son dos. Elle secoua la tête et s'empara de son stylo pour lui répondre.
Peux pas, je lis.
Sur ce, elle écrasa le papier entre ses paumes et dès que la professeure tourna le dos, elle la balança au-dessus de son épaule. Un grognement lui fit comprendre qu'elle avait loupé la table. La rouquine baissa la tête pour cacher son fou rire naissant. Elle sentit le regard brûlant de la prof et releva la tête.
— Votre lecture vous fais rire Zara Boqdam ?
— Oui madame Bodmann.Ce nom de famille était rempli de sens, dès son entrée dans la salle, la jeune femme avait eu droit à une leçon d'allemand en dix minutes. Elle avait appris que ce nom signifiait "messager" en langue germanique et que c'était une famille noble installée en Suisse et même en France en plus de l'Allemagne. L'enseignante avait dit d'autres choses mais Zara n'avait pas écouté, trouvant ça inutile.
— En quoi est-ce drôle ?
— Il parle de l'homme dans l'escargot ou encore dans la pluie, c'est marrant.Quelques adolescents rirent mais, d'un froncement de sourcil, Madame Bodmann fit revenir le silence.
— Votre attitude me déplaît.
Zara allait lui répondre que la sienne aussi mais elle garda la bouche fermée et les poings serrés sous le bureau. Elle répliqua seulement :
— En quoi ?
— Tu es insolente et idiote.Ces mots résonnèrent avec violence dans son crâne et se mêlèrent à la voix de sa mère. Le subit tutoiement amplifia la voix de la défunte. Ces insultes étaient ses favorites. Elle lui renvoyait sa bêtise sans cesse et à chaque mot sortant de sa bouche coupée, sa mère la traitait d'insolente.
— Je vous interdit de m'insulter comme cela ! S'écria, blême, Zara.
— Il faut te soigner Zara ! Hurla à son tour Faustine, tout au fond de la classe.L'adolescente rousse ne semblait pas l'entendre. Elle lutta contre son envie de fuir cette classe pleine d'humains remplis de vices, elle ne voulait pas qu'une de ces âmes pêcheuses déteignent sur la sienne. Elle ferma les yeux tandis que ses mains se mirent à trembler. Son cœur battait à une allure folle. Son estomac se contracta douloureusement. Son abdomen se souleva fortement.
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Un ange en enfer
General FictionTrois semaines pour guérir Zara Boqdam ? C'est la mission et la promesse de Juliette Joke, directrice d'un hôpital psychiatrique pour moins de vingt ans. Dans une société malade où des enfants en deviennent fous, une société qui pourrait être la nô...