17.

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Personne ne dit un mot pour expliquer ce thème. Zara ne savait tout simplement pas quoi dire, que pourrait-elle même leur dire ? Qu'elle n'osait plus se regarder dans un reflet ? Qu'elle ne s'aimait pas car personne ne l'aimait ? Original.

- Alors ? Dit Angèle.
- Vous voulez que l'on dise quoi ? Demanda alors Zara.

Tous les regards se tournèrent vers elle mais elle ne dévia pas le sien du visage de la psychologue. Seul ses mains trahissaient sa peur de leur jugement. Angèle posa ses mains sur ses larges hanches.

- Es-tu amie avec toi-même Zara ? Ennemie, sûrement. Oses-tu t'affronter dans un miroir ? Pourquoi ? Voilà ce que je veux savoir. Je veux connaître vos relations avec vous-même.

Zara ouvrit la bouche pour parler mais Landry la devança.

- Je suis meilleur ami avec moi-même pour ma part, je suis parfait. Enfin, presque mais je m'en approche pas mal.

Tout en parlant, le brun se redressait et fronçait ses sourcils, cachant ainsi ses yeux extrêmement sombres. Et il parla de sa propre personne durant une minute entière, sous l'attention de la psychologue. Elle était la seule à l'écouter. Les autres étaient énervés de son attitude prétentieuse.

- Enfin, je parle de moi, mais ici personne ne sait le faire, conclut-il.

Zara sentait son regard d'ébène et elle le défia ouvertement lorsqu'elle releva la tête. Il avait arrondi ses yeux sous l'excitation, il ressemblait à une grenouille pressée. Un sourire moqueur fleurit sur les lèvres roses de Zara à cette pensée. Elle reçut en retour un regard encore plus sombre. Ne se retenant plus, elle éclata de rire. Le son mélodieux ricocha entre les murs et s'infiltra avec douceur dans les oreilles des pensionnaires, ne comprenant pas la raison de ce rire.

- Zara ?

Aglaé souri tant le rire de son amie était contagieux. Elle ne chercha pas à savoir sa raison et glissa ses doigts entre ceux de Zara. Cette dernière serra sa main et se calma peu à peu, l'image de la grenouille Landry toujours en tête.

- Je vois que certaines sont heureuses, déclara Angèle, un demi-sourire aux lèvres. Zara, parle nous de tes relations avec toi-même.

Redevenant sérieuse, la jeune femme durcit son regard et compressa la petite main blanche de sa compagne avant de répondre.

- Elles sont conflictuelles, c'est assez compliqué mais j'apprends doucement à vivre avec moi-même. Je ne suis pas aussi amoureuse de moi que Landry l'est de lui, mais ça va. La douleur cuisante du passé reste là, ce qui complique la chose, cependant on y arrive.
- Bien, tu es optimiste Zara Boqdam, cela fait plaisir à entendre.

"Si tu savais mon talent d'actrice ma pauvre", pensa vulgairement la rouquine. En apparence, Zara afficha une mine rieuse. Un échange débuta alors entre la psychologue et Eden. Celle-ci se révélait timide et effrayée. Jamais Zara n'avait entendu le son de sa voix et ne le regretta pas. La brusquerie y était maître et la force la secondait sans douceur. Zara pensait à une carapace, car dans son vocabulaire, elle y décelait une blessure énorme. Quelques instants plus tard, son corps se mit à trembler alors que ses yeux se révulsaient. Un cri aigu s'échappa des lèvres d'Aglaé, Zara ne réagissait pas.

- Okay, on fait une pause. Zara va chercher Sally ou Vanessa.

Ni une, ni deux, la rouquine s'élança et sortit de la pièce rapidement. Elle se mit à courir dans les couloirs, espérant ne pas tomber sur la directrice. Malheureusement, dans le hall, elle l'attendait avec Hiro et Tristan.

- On ne court pas dans...
- Je sais Madame J mais Eden a fait...un malaise ou je ne sais pas quoi. Angèle m'a dit d'aller chercher quelqu'un.

Juliette Joke leva les mains en l'air et n'eut pas le temps de répliquer que déjà la rouquine était partie dans le couloir des dortoirs. Hiro la regardait s'enfuir tandis que la directrice leur ordonna d'aller voir ce qu'il se passait.

Un ange en enferOù les histoires vivent. Découvrez maintenant