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— T'aurais dû te taire Zara.

Une pause avait été accordée aux onze adolescents du groupe. Zara était restée assise sur sa chaise en plastique en compagnie d'Aglaé, de Thalie et de Landry.

— Ça va.

Faustine était partie dans le couloir d'une démarche sereine et lente.

— Elle est étrange, continua Zara.
— Elle est folle surtout ! Ne t'emboucane pas avec elle, avertit Landry.

La rouquine regarda le garçon d'un regard lointain. Elle ne comprenait pas ce qu'il avait avec elle. Surtout qu'ici, tous étaient fous alors pourquoi la mettre en garde contre une autre folle.

— Vraiment Zara, je ne déconne pas.

Elle leva les yeux au ciel et garda le silence. Les deux autres lui firent la morale mais elle était déjà partie loin d'eux. Ses yeux s'étaient posés sur la fille qui se trouvait à la droite de la psychologue dans le cercle. Elle n'avait pas émis un seul petit son et son regard était continuellement perdu dans le vide. La fille était petite et maigre, ses longs cheveux châtains retombaient sur ses hanches et une frange trop longue lui mangeait les yeux. Zara n'en avait jamais vu la couleur.

— Bon, on va reprendre.

Le ton ferme d'Angèle la sortit de son observation et la ramena sur sa chaise. Quand Faustine entra, en dernière, une aura menaçante envahi la salle. Seule Zara s'était sentie troublée.

— J'ai apprécié votre débat de tout à l'heure, quoi qu'un peu houleux. Vos mentalités sont différentes selon vos vécus et c'est ce qui fait la force du groupe. Sachez d'ailleurs, que samedi prochain, vous partirez en vacances.

Une seule voix joyeuse lui répondit. C'était celle de Thalie. Celle-ci devint rouge quand elle se rendit compte que personne ne se joignait à elle.

— Ça ne vous fait pas plaisir ? Lança, déçue, la thérapeute.
— Si, mais nous savons tous que ce sera un échec, répondit Isaac.

Zara s'attarda sur le physique du garçon. Il était grand et sa peau était lisse et sombre. Ses cheveux étaient bouclés artificiellement, sa bouche était pleine et ses joues rondes. Rien ne clochait chez lui. Du moins extérieurement.

La rouquine ne participa pas à la conversation qui démarra entre le jeune homme et la psychologue. Elle était intéressée par cet être intriguant. Hiro n'avait-il pas dit qu'elle était intrigante ? Cette pensée la bouscula et lui fit cligner des yeux. Qu'avait-elle donc avec ce garde ? Une violente bouffée de violence l'attrapa à la gorge et la démange.

Aglaé s'en rendit compte aux tremblements des mains de son amie. Elle ne savait pas précisément ce qui traversait la tête rousse de Zara, mais elle était certaine d'une chose. Que ce n'était pas objectif.

— Zara ? Chuchota-t-elle alors.
— Aglaé.
— Ça va ?
— Non. Mais t'inquiètes.

Peu rassurée, Aglaé posa une main timide sur l'avant-bras de son amie et la laissa là durant toute la thérapie.

— Isaac, ayez confiance en vous et tout ira bien. Tu veux piocher dans la boîte ?
— Mmmh...

Le jeune homme se leva et marcha jusqu'à rejoindre la femme. Il lança une grande main dans la boîte et tira un papier rapidement.

— Un souvenir est une bride de la vie.

Sa voix se brisa sur le dernier mot et il retourna à sa place, tout en triturant le bout de papier dans sa main. Zara aperçu la douceur dans le regard d'Angèle.

— Que veut dire cette phrase ?
— Je ne sais pas madame, dit-il trop vite.

Cet homme était visiblement chamboulé par ce papier et ces mots posés dessus. Zara se perdit dans la contemplation de ses yeux. De grands yeux où respirait la vie. Quelque chose d'autre s'y cachait mais elle ne savait pas quoi. Elle ne comprenait pas la colère qui transperçait ces billes noires. La chaleur que dégageait le regard de Landry ne se retrouva pas ici et glaça le sang de Zara.

Un ange en enferOù les histoires vivent. Découvrez maintenant