2. Dans les profondeurs obscures

1.4K 99 84
                                        

Deux ans.

Je l'ai enfin gravé dans le mur avec mon ongle.

Ça fait deux ans que je suis là.

Une miraculée, c'est comme ça que les gens me qualifient dans les journaux, et ce n'est sûrement pas pour me mettre en avant, non, c'est surtout pour blâmer les docteurs qui m'ont sauvée. La balle n'a rien touché d'essentiel et donc j'ai survécu. Je crois que j'aurais préféré mourir. Mes parents n'ont même pas daigné me transférer dans une prison acceptable avec tout leur fric. Je me retrouve à pourrir dans une cave humide, obscure et sale. Tout ce que je connais ici, c'est les gardes qui me donnent de la nourriture à contre-cœur et qui font l'appel tous les matins en priant pour que je sois morte pendant la nuit. Oh, j'oubliais, il y a aussi le connard de la cellule à côté de la mienne. Tout ce que je sais c'est qu'il s'appelle Ethan Brasyn et qu'il a tué des gens, lui aussi. Les gardes ne manquent pas de se foutre de sa gueule tous les jours, apparemment il se serait rendu aux flics en chialant.

Bref, la prison quoi.

Disons que je n'avais jamais imaginé me retrouver ici un jour. Je faisais attention, je prenais tout en compte, j'étais sur mes gardes en permanence... Comment est-ce seulement possible? Comment le FBI a-t-il pu débarquer aussi rapidement, au bon endroit, à la bonne heure? Comment ont-ils pu prévoir que je serais là? Au point de placer un sniper sur le bâtiment d'en face pour me tirer dessus. Je me posais ces questions depuis deux ans, à tel point que j'en avais mal à la tête. Et puis... Qui a tué ce type?! Ça aussi, ça me reste en travers de la gorge. Rien n'a de sens pour moi, ce n'est pas normal. Il y a forcément un lien avec Richard, quelqu'un qui a parlé, quelqu'un qui était au courant de ce qui allait arriver... Mais toutes les personnes au courant n'auraient tiré aucun profit en balançant ces informations. Quoique, il y a beaucoup de gens cruels en ce bas monde, et je suis tout en haut de la liste.

Il y a deux ans, j'aurais déclaré que j'étais Bloody girl, une tueuse à gage professionnelle et pleines de vices. Mais aujourd'hui, je ne suis plus qu'Ilona Jersley, une gamine de presque 20 ans qui croupit en taule pour tous les crimes qu'elle a commis. Je n'ai clairement pas eu de chance sur ce coup-là, en plus d'avoir eu un trou dans la tête, ma sentence au Tribunal a été prononcée en mon absence, mon avocat n'a fait aucun effort et comme j'ai eu 18 ans pendant mon coma de deux mois, j'ai pris perpétuité. Chaque matin, je me réveille sur ce lit inconfortable et la seule chose qui me vient à l'esprit c'est que ce sera pareil tous les jours, même décor, même atmosphère. En gros, je me trouve déjà sur mon lit de mort. Ça aurait le mérite de faire pleurer certains, mais quelque part au fond de moi je sentais que ce n'était pas encore la fin, et j'espérais ne pas me tromper.

Ce que ça peut me manquer d'être libre... Ce que ça peut me manquer de tuer... Oh oui, l'odeur, la vue du sang... En voir à perte de vue... C'était une habitude que j'affectionnais. Entendre leurs cris, leurs supplications, les regarder souffrir et savourer ces instants précieux avant de les achever. Je n'ai pas assez profité et maintenant je meurs d'envie de revivre tout ceci. Aller encore un petit, juste un petit meurtre. Malheureusement Bloody, ça va être compliqué enfermée là-dedans. Et puis... Toutes ces palpitations, tous ces tremblements de manque vont bientôt prendre fin. Visiblement, je n'en ai plus encore pour très longtemps. Le docteur ne l'a pas dit clairement lors de la dernière visite médicale mais... Je l'ai deviné dans son regard.

-Une rechute, rien de très grave, avait-il dit.

J'étais déjà bien atteinte mentalement, on ne pouvait pas dire que j'étais un parfait exemple de normalité, encore moins que j'étais quelqu'un de rationnel avec des pensées pures et banales. Disons les choses clairement, je suis cinglée, et je ne le nie pas. La maigre part de lucidité restante en moi me permettait de mettre un mot sur mon état psychologique sans avoir à me cacher derrière une façade hypocrite. Si encore je tuais des gens pour l'argent, très bien, je m'accorderais le bénéfice du doute, mais je n'en avais que faire de l'argent, j'aimais ce que je faisais subir aux autres, et j'aimais leur ôter la vie.

Bloody GirlDes histoires addictives. Découvrez maintenant