Ma chambre - si on peut l'appeler comme ça - était une petite cellule blindée au fond d'un long couloir glauque. On se croirait dans un hôpital psychiatrique quand on traverse ce secteur, les portes des cellules sont tellement blanches et proches les unes des autres, ils nous considèrent plus comme des déficients mentaux que des détenus de prison dangereux. La décoration n'était pas complexe, les meubles étaient d'un blanc si pur que j'avais l'impression de devenir quelqu'un de bien rien qu'en regardant mon armoire. J'avais un lit une place - il ne faut pas rêver - , une petite armoire remplie de vêtements sombres et basiques à ma taille, une douche, un lavabo et des toilettes dans le coin opposé. C'était toujours mieux que la prison mais ce n'était pas non plus ce à quoi je m'attendais quand Ludivine m'a fait miroiter "une super chambre confortable". Je suis fatiguée qu'on se foute ouvertement de ma gueule ces derniers temps, il ne va pas falloir qu'ils tirent trop sur la corde, ils n'ont pas l'air bien au courant de ce que je suis capable de leur faire à eux, puis à toutes leurs familles, enfants compris.
En me réveillant ici ce matin, la première chose qui me vient à l'esprit c'est Ethan Brasyn. Je n'avais pas rêvé de lui, pitié, je vais déjà avoir à supporter sa belle gueule je ne sais combien de temps, il ne manquerait plus qu'il vienne s'incruster dans mes pensées pendant mon sommeil. Non, j'avais eu quelqu'un d'autre à l'esprit cette nuit, et ça faisait très longtemps que ce n'était pas arrivé. Je me sentais légèrement troublée mais j'avais ressenti ceci comme une sorte de signe, de message de la part de cette personne. Enfin bref, lorsque j'ai ouvert les yeux, je me suis rendue compte que je ne me souvenais toujours pas de qui était Ethan, ni d'où je pouvais le connaître. Il m'arrivait de fréquenter les clubs privés de Richard de temps en temps, en réalité je n'étais pas fan de ce genre de soirées où la drogue, l'alcool et le sexe dominent toutes les autres activités. Mais il arrivait parfois à me convaincre de l'accompagner et bien évidemment il s'assurait de me mettre en valeur et de m'avoir à son bras en permanence. J'étais son trophée, je valais bien plus que des liasses de millions de dollars pour lui et pour toutes ses connaissances qui venaient me reluquer. J'ai conscience que Richard m'utilisait comme un objet, mais vu tout le fric que je gagnais grâce à lui, j'imagine que je n'avais rien à y redire. Si ça se trouve, c'est là-bas que j'ai aperçu Ethan, s'il était en taule alors il est très probable qu'il participait à ce genre de fêtes lui aussi, peut-être même qu'il travaillait pour Richard.
Toutes ces hypothèses me donnaient mal au crâne, il est aussi possible que je sois totalement à côté de la plaque... Je ne suis plus sûre de rien ces derniers temps, hier j'ai sauté d'un toit, suis-je morte? Si je suis en enfer, où sont les flammes? Les démons? Je veux rencontrer Lucifer, on pourrait devenir de grands amis lui et moi. Après tout nos histoires à tous les deux sont pratiquement similaires, un ange qui tombe du paradis, une gentille fillette qui devient une cruelle assassine. On en rigolerait tous les deux autour d'un verre et d'un festin avec tous ses esclaves à notre service. Qu'est-ce que j'aimerais être morte... Oh oui, enfin libérée de toutes ces chaînes, comme tu l'as toujours voulu. Depuis mon enfance, c'est toujours pareil, il y a toujours eu quelqu'un pour me contrôler, m'empêcher d'être totalement libre. D'abord mes parents insupportables, mais à cette époque je les pensais encore exemplaires et justes, qui ont toujours voulu et aimé avoir la main mise sur moi. Ils allaient jusqu'à gérer mes relations avec les autres personnes, choisir mes amis, mettre un GPS sur mon tout premier téléphone... Je les hais. Rien qu'en y repensant, mon sang bouillonne dans mes veines et mes poings se serrent tous seuls. Ensuite, il y a eu Richard, qui me laissait penser que j'étais totalement libre, que je pouvais faire ce que je désirais, mais tout ceci n'était qu'un mensonge. J'avais l'impression que les cordes qui m'entravaient jusqu'alors n'étaient plus là, mais il avait seulement lâché du mou pour me le faire croire. Le jour où il a décidé de les resserrer, c'est comme si on m'avait mis une puissante gifle émotionnelle. "Où crois-tu aller sans moi honey? Tu es ma chose, tu es mon bien, et je fais absolument ce que je veux de toi." Ce jour-là, non-seulement il avait pris beaucoup plus de drogue que d'habitude, mais en plus, il m'avait prise en flagrant délit avec un autre homme dans sa propre chambre. Il était devenu furieux, si furieux que je me suis mise à le craindre, et le type entre mes jambes n'a pas vu venir la balle entre ses deux yeux. Puis Richard a poussé son cadavre sur le côté et a terminé le travail sans aucune douceur et en me balançant des choses si désagréables que pour la première fois je n'ai pas eu d'orgasme avec lui.
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Bloody Girl
AkcjaIlona est morte. Du moins, c'est ce que je pensais jusqu'à ce qu'on me jette en prison à perpétuité pour meurtres en série. Il se trouve qu'Ilona est vivante et qu'elle crie tout au fond de... Moi. Je ne lui ferai pas le plaisir de l'écouter, non...
