9. Un vrai cauchemar

770 58 54
                                        

Après avoir dit ça dans la forêt tout à l'heure, une sorte de déclic s'est produit en moi comme un choc électrique, qui, contrairement à ce que je pensais, ne venait pas de la puce sous ma peau. Ethan m'a semblé surpris mais n'a rien dit. Il avait sûrement compris que c'était encore trop tôt pour en parler. Ce sentiment était comme un oisillon à peine sorti de l'œuf, tremblant, hésitant, affamé, il avait froid, il avait besoin que je prenne soin de lui et que je l'aide à grandir pour survivre.

Oui, survivre, c'est quelque chose que j'avais effacé tout comme la tristesse. Peu à peu, je retrouve des choses en moi, comme tombées elles aussi derrière le lourd meuble de la cuisine que je pousse de toutes mes forces. Ça arrive lentement mais je peux le sentir, ce n'est que le début d'une grande chasse aux sentiments cachés à l'intérieur de mon âme.

Finalement, nous étions réellement perdus, c'est Grégoire qui nous a retrouvé une heure plus tard, il n'était pas content du tout et quand il a vu mon état, il a ordonné à mes gardes de me ramener ici. Une infirmière autoritaire et vive m'avait prise en charge, elle n'avait pas peur de moi, loin de là. Je n'avais, de toute façon, pas la force de lui lancer des piques sarcastiques et cinglantes. Pour la première fois depuis de longues années, je voyais une lueur nouvelle briller en moi et ça me rendait sensible. Suis-je en voie de guérison? Moi, la psychopathe nymphomane tiraillée entre l'envie de tirer un coup ou d'achever un fils de bourge trop collant avec ses cocktails à l'autre bout du bar. L'infirmière m'avait attachée au lit en quittant la petite chambre blanche et rose. Elle avait dit qu'il valait mieux que je reste ici cette nuit au cas où, j'avais peut-être une vertèbre cassée... Ça ne m'inquiète pas tellement car je me sens bien, et ça fait longtemps que ce n'est pas arrivé. L'obscurité de la pièce me laisse pensive, je n'ai pas sommeil, pas encore. Mais ils n'allaient pas faire la même erreur deux fois, mes bras sont plus solidement attachés que l'autre fois à l'hôpital, je ne pouvais pas du tout bouger. Il faut donc que j'essaie de trouver le sommeil, mais je suis restée immobile un moment aujourd'hui et maintenant je mourrais d'envie de courir partout pour détendre mes nerfs.

Des bruits sourds parviennent à mes oreilles et j'oriente directement mon regard vers la porte d'entrée à ma gauche. Ce doit être l'infirmière qui revient chercher je ne sais quoi... Il est tard, mais ce doit être important. Elle m'a dit que personne n'entre ici à part elle, les visites impromptues sont très rares. Je ne voyais pas entièrement la porte à cause du petit rideau mais je me penche au maximum en entendant une clé tourner dans la serrure. J'ai le temps de discerner une silhouette, trop grande pour être celle de la femme qui travaille ici, dans l'encadrement avant de retomber lourdement sur le matelas, entraînée par l'élan de ma propre force sur mes liens. Qui était-ce? Peut-être que si je ne fais pas de bruit on ne me remarquera pas? Je n'aime pas trop me retrouver au mauvais endroit au mauvais moment, je crois que c'est compréhensible si on fait le lien avec mon arrestation désastreuse... Dans le noir complet, c'est difficile de savoir ce qu'il se passe, et les pas discrets contre le sol m'informent que c'est bien vers moi que la personne se dirige lentement. Un docteur? Non, au beau milieu de la nuit c'est impossible... Et puis, quel genre de personne entre dans une infirmerie sans allumer la lumière? Ce n'est définitivement pas quelqu'un qui me veut du bien... Je le sens venir à mille à l'heure. Mes doutes se confirment lorsqu'un truc froid et métallique vient se coller à ma tempe, je devine qu'il s'agit du canon d'une arme à feu et j'inspire profondément pour ne pas angoisser. Je n'apprécie plus vraiment ça depuis qu'une balle m'a traversée la tête...

-Salut ma jolie... entame une voix basse et éraillée.

C'était un homme, il sentait l'alcool et le timbre de sa voix me laisse penser qu'il a la quarantaine passée. Sa présence ici, ne me dit clairement rien qui vaille.

-Qui êtes-vous? demandé-je méfiante.

Il ne répond pas directement et je songe que s'il tente de m'attaquer je ne pourrais même pas me défendre entravée de cette façon. Justement, il frôle mes liens de ses doigts en ricanant.

Bloody GirlDes histoires addictives. Découvrez maintenant