Chapitre 23

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Il y a trois jours, quand Tyler m'a dit que je lui faisais de l'effet, j'ai été littéralement perdue. Sa phrase s'est répétée en boucle dans ma tête, et à chaque fois, je me demandais si ce qu'il avait dit était vrai. C'était pas Margaux, sa préférée ? Le soir de la fête forraine, il est parti juste après m'avoir fait cette révélation. Il ne m'a rien dit de plus, il a pris ses jambes à son cou.

Moi, je suis restée bouche bée pendant plusieurs minutes, voire plusieurs heures. Et bien évidemment, j'ai eu du mal à trouver le sommeil... Sauf que notre relation est très ambiguë, depuis. Je crois qu'on s'évite, ni lui ni moi avons envie de se parler. On ne se croise même plus dans les couloirs du lycée. En fait, je crois qu'il n'assume pas, ou qu'il regrette de m'avoir dit ça. Moi, je cherche juste à ne pas me retrouver en face de lui, à ne plus savoir ce qu'il pense de moi.

Sans surprise, Margaux lui a pardonné. Heureusement qu'elle n'est pas au courant pour ce qu'il m'a dit. Enfin, j'essaie de ne pas trop en tenir compte. Parce que si je lui faisais vraiment effet, pourquoi n'essaierait-il pas d'avoir un contact avec moi ? Pourquoi se remettrait-il avec Margaux ? Pourquoi m'éviterait-il ?

Trop de questions se bousculent dans ma tête...

***

Une semaine après le soir de la fête forraine, rien ne s'est arrangé entre Tyler et moi. On ne se parle plus, on s'évite, c'est à peine si on se dit bonjour... Je pense que Margaux lui a interdit de me parler, mais ça ne justifie pas le fait que quand elle n'est pas là, on ne se parle pas non plus. Je dois dire qu'il commence à me manquer. J'ai envie de passer du temps avec lui, mais je ne me sens pas prête à lui parler. Il faudrait qu'il fasse le premier pas... Par contre, j'ai remarqué qu'il était moins... Présent. Comme s'il était dans la lune, mais tout le temps. Il ne participe plus vraiment en cours, quand Margaux lui parle, je le vois regarder dans le vide... Et je ne le vois pas souvent sourire. Pourquoi ?

Je suis en train de marcher dans les couloirs, seule, quand je passe devant la salle de musique. Je me poste devant la porte, et hésite à entrer. Mais je n'ai pas le temps de peser le pour et le contre que j'entends quelques notes. Sauf qu'elles sonnent faux, et me donnent mal aux oreilles. Qui est la personne qui s'amuse à jouer du piano sans savoir s'en servir ?

Emportée par la curiosité, je pousse la porte et entre dans la salle. Je ne vois pas la personne qui joue, puisqu'il y a un mur en face de moi, mais ce que je peux dire, c'est qu'elle ne sait pas jouer. Vraiment pas. Mes oreilles saignent, mais je continue d'avancer.

Une fois que le piano est dans mon champ de vision, je vois une silhouette masculine assise sur le tabouret. Elle a de larges épaules qui la rendent affreusement sexy ainsi que des cheveux blonds et soyeux. Je vois que la personne essaie de jouer une mélodie, mais est vraiment maladroite. Ce n'est que quand je vois quelques perles bleues au poignet du garçon que je comprends de qui il s'agit.

C'est Tyler, je ne l'avais pas reconnu. Il ne m'a pas encore remarquée, donc j'ai encore le temps de prendre la fuite. Mais après mûre réflexion, je décide de rester ici, c'est une occasion parfaite pour parler. Je m'approche le plus lentement possible de lui et me promets de ne pas me moquer. Parce que j'ai vraiment envie de rire.

– Quel talent... Je lui souffle avec sourire en coin.

Il sursaute, et lève les yeux vers moi. Je vois qu'il est gêné, puisque ses joues rougissent et qu'il se passe une main dans les cheveux.

– Ouais, euh... J'essaie d'apprendre mais c'est sûr que comparé à toi... C'est pas ouf.

Je ris, et j'aimerais lui apprendre, l'aider comme il l'a fait avec moi à la fête forraine mais j'en suis incapable. Malgré tout, je prends place sur le tabouret, à côté de lui. On est assis côte-à-côte, et j'avoue que cette proximité me déstabilise. Je balade mes doigts sur le clavier et joue la gamme de DO majeur.

– C'est facile, là, t'as le Do, puis le Ré, le Mi, le Fa, le Sol, le La, et le Si, je lui explique.

Il a l'air un peu perdu, ce qui me fait rire.

– Ouais, je crois que c'est trop dur pour moi, souffle-t-il en riant. Tu veux pas jouer un truc, toi ?

Je hausse un sourcil. Maintenant ?

– Ok... Je dis.

Il se lève et me laisse la place sur le tabouret. Je cherche dans ma tête un morceau que je connais et pense à Les moulins de mon cœur. Cette musique est très belle, alors je décide de la jouer. Je ne chante pas, je joue juste les notes qui correspondent au son.

Sol, Si, La, Si, Sol, Si, Mi, Si...

Au fur et à mesure que la mélodie prend forme, je suis emportée par la douceur des notes. Je ne pense plus à rien, je m'envole. Tyler me regarde, mais pas moi. Mes yeux sont rivés sur mes mains, je ne veux pas penser à lui, pas maintenant.

Quand la musique prend fin, je lève les yeux vers Tyler, qui souffle :

– Wouaw.

– Merci.

Un silence gênant s'installe dans la pièce. Tous les deux savons que nous devons parler, qu'on ne peut pas continuer ainsi, mais je ne pense pas qu'il soit prêt à faire le premier pas. Alors, je prends mon courage à deux mains :

– Tyler, je... Faut qu'on parle, tu crois pas ? Je tente, hésitante.

Il plonge son regard dans le mien pendant un instant, et finit par me dire :

– Ouais, t'as raison, c'est un peu... Confus entre nous...

– Oui... Depuis le soir de la fête forraine, c'est bizarre...

Il passe un main dans ses cheveux.

– Ouais... À propos de ça, euh... Je voulais te dire que... Ce que je t'ai dit, c'est... Euh... Je... Je le pensais pas, je sais pas ce qu'il m'a pris de te dire ça... Margaux m'avait énervé et... je sais pas, je t'ai balancé ça sous le coup des nerfs. Parvient-il à bafouiller.

Ouch. Mon cœur va lâcher. Comment ça, il ne le pensais pas ? Il m'a balancé ça sous le coup des nerfs ? Alors ce n'était que du fake ? Encore et toujours ? Je me suis donc fait de faux espoirs... J'y croyais vraiment, que je lui faisais de l'effet, mais apparemment, ce n'est pas le cas. En même temps, il fallait s'y attendre... Mais je suis quand même extrêmement déçue. J'ai eu de l'espoir, j'ai imaginé des choses, et lui, il me dit que c'était juste sous le coup des nerfs ? Malgré tout, je ravale les larmes qui menacent de couler et lui dit :

– Oui, t'inquiètes pas...!

Je ris, mais c'est un faux rire. Il est faux. Comme notre relation. Comme toute cette histoire. Comme depuis le début. Tout ça, c'est faux, c'est du Fake. Il n'en a rien à faire de moi, tout ce qui compte, c'est sa Margaux.

– En tout cas, je veux qu'on reste amis, hein ! Me lance Tyler.

Amis ? Ouais, c'est ça, ouais...

– Oui, évidemment ! Je lui dis en essayant d'être normale.

Mais avant de lui dire tout ce que je pense, je le salue et sors de la salle, une boule au ventre.

On va rester amis...

FAKE. Tome 1Où les histoires vivent. Découvrez maintenant