L'après-midi tirait sur sa fin lorsqu'elle vida la dernière goutte de la petite gourde qu'elle avait remplie le matin même. Une moue contrariée sur le visage, elle épongea son front en sueur du revers de sa main. Malgré la densité de la forêt et les ombres protectrices des grands chênes, Léonor n'était pas épargnée par la chaleur harassante de cette journée d'été. Le soleil implacable rendait les profondeurs de la forêt humides et étouffantes. Sa chemise de lin trempée de sueur et la bouche sèche, la jeune fille savait qu'elle devrait trouver de l'eau rapidement si elle ne voulait pas tomber d'épuisement. Elle avait marché sans interruption depuis le matin.
Heureusement, les cours d'eau pullulaient dans cette partie du duché. Une multitude de petits ruisseaux aux eaux claires couraient la forêt pour aller nourrir la Sève, le grand fleuve qui séparait la forêt occidentale de celle, plus éparse, qui s'étendait au sud. Léonor n'eut qu'à s'éloigner de la route et tendre l'oreille. Elle avança de quelques pas, guidée par le clapotis d'une eau joyeuse dont le chant à lui seul suffisait déjà à la rafraichir.
À mesure qu'elle s'enfonçait dans la forêt, le bruit du courant se faisait plus important, et ce ne fut pas un petit ruisseau timide qui s'offrit à elle, mais une large rivière, vive et généreuse, bordée tantôt par d'immenses fougères verdoyantes, tantôt par des étendues de sable humide. Léonor laissa échapper un cri de joie. Elle s'agenouilla au bord de l'eau et plongea ses mains dans la rivière pour se désaltérer. Elle se débarrassa de son baluchon et commença à défaire les lacets de ses chaussures. Une bonne baignade s'imposait. Mais alors qu'elle faisait voler son soulier gauche sur la berge, laissant l'eau fraîche recouvrir ses pieds nus et chatouiller le bas de son pantalon, son sourire béat se figea en un rictus inquiet.
Un peu plus en aval, sur une petite plage dégagée, un groupe d'hommes et de femmes étaient occupés à établir un campement. A moitié dissimulés par l'importante végétation qui bordait la rivière, ils étaient jusque-là restés invisibles à l'œil de la jeune fille, et leurs voix rieuses avaient été camouflées par le chant de l'eau. Léonor s'accroupit à la hâte, laissant l'eau tremper ses vêtements.
L'avaient-ils remarquée ? Elle se mordit la lèvre, se maudissant intérieurement d'avoir aussi sottement baissé sa garde. Elle n'avait pas la moindre idée de qui étaient ces gens, peut-être des marchands, une famille en voyage, ou un groupe de nomades, mais elle n'en avait cure. Elle s'était promis de ne pas se faire remarquer avant d'avoir quitté les Sept-Forêts. Ce n'était pas le moment de prendre le risque de tomber sur une tête connue. Tant pis pour la baignade, elle allait déguerpir de là avant...
– Tu aurais peut-être dû penser à enlever ton pantalon avant d'aller dans l'eau. Ça va être une vraie galère pour le faire sécher, il fait tellement humide !
Elle s'immobilisa, jeta un coup d'œil derrière son épaule. Perché sur un imposant rocher, un jeune homme à la peau cuivrée et aux yeux rieurs la dévisageait. Il se tenait accroupi, ses bras nus tâchés par le soleil et ornés de bracelets de métal enlaçant ses jambes longues et fines comme des bâtons. Il appuya sa remarque par un clin d'œil taquin. Léonor n'avait toujours pas bougé. La surprise lui avait coupé le souffle quelques secondes, et elle ne sut que bafouiller :
– Je, euh... Je ne, enfin... Ce n'est pas...
Le garçon partit d'un rire joyeux, dévoilant deux rangées de dents d'un blanc éclatant. Ses cheveux bouclés en pagaille ondulèrent lorsqu'il jeta sa tête en arrière, hilare.
– On dirait une petite voleuse prise la main dans le sac !
– Je ne suis pas une voleuse ! s'indigna Léonor.
– Ah, tu as retrouvé ta langue. Je me doute bien que tu n'es pas une voleuse. Ou alors la voleuse la moins douée qu'il m'ait été donné de rencontrer.
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Valacturie - T2 Les assassins d'Alistar
FantasyÉnith et Léonor sont sur les routes. L'une cherche sa place au sein du convoi qui la mène vers la capitale, l'autre s'efforce d'étendre son don vers d'Autres Mondes avant d'atteindre les montagnes. Mais leurs voyages seront semés d'embûches. Une obs...
