Le monde tangua un instant sous ses yeux lorsqu'Énith se décida enfin à s'extirper de son lit. Elle soupira d'agacement, lasse de se sentir si diminuée. Heureusement, sa tête consentit finalement à cesser de tourner, une fois réhabituée à la position verticale. Elle se dirigea vers la porte de sa chambre et toqua doucement, certaine d'entendre la voix de Mordan lui répondre immédiatement. Il tenait la garde comme à son habitude, elle n'en doutait pas, et même si elle mourait d'envie d'ouvrir le battant pour s'accorder le réconfort de son sourire, elle était bien trop gênée à l'idée de se montrer face à lui en chemise de nuit. Elle l'entendit s'agiter légèrement de l'autre côté de la porte avant de lui répondre :
— Vous êtes réveillée Mademoiselle ? Comment vous sentez-vous ?
— Mieux, bien mieux.
— Puis-je faire quelque chose pour vous ?
— Pouvez-vous aller chercher Amèle, je vous prie ? J'aurais besoin de son aide pour me laver et m'habiller.
— Bien sûr, Mademoiselle. Le Seigneur Meben m'a demandé de venir le chercher dès que vous seriez levée, dois-je le prévenir également ?
— Oui, absolument. Lui et Léonor. J'aimerais qu'ils me rejoignent dans ma chambre pour le déjeuner.
— Très bien. Je m'en charge.
— Merci, Mordan.
Il s'éloigna dans le couloir. Énith fit les cent pas dans sa chambre en attendant la cuisinière, soulagée de constater que ses jambes la portaient sans trembler.
Elle avait eu sacrément peur. Malgré les mises en garde de Léonor et Lasthyr, rien n'aurait pu la préparer complètement à la violence que représentait l'intrusion d'un autre esprit dans le sien. Elle avait eu l'impression que son crâne allait se fendre en deux, que ses yeux allaient sortir de leurs orbites, que son sang bouillonnait dans ses veines. Elle avait cru mourir de douleur d'être ainsi forcée de revoir les images de la mort de son père. Elle avait craint de perdre la raison lorsqu'elle avait senti la Valacturienne se retirer de ses souvenirs, croyant un instant qu'elle allait entraîner son esprit hors de son propre corps.
Il lui avait fallu de longues heures avant d'émerger enfin de l'obscurité qui l'avait happée. Il faisait nuit depuis un bon moment, pourtant elle avait trouvé Meben et le capitaine Lopaï à son chevet. Le soulagement qu'elle avait lu sur leurs visages ne laissait aucun doute quant à la frayeur qu'elle leur avait faite.
— C'était vraiment nécessaire ce petit jeu ? avait raillé Meben, une fois certain que son amie avait retrouvé ses esprits.
— On le saura bien assez tôt, avait-elle répondu. Mais je pense que oui. Comment va Léonor ?
— Elle a perdu connaissance quelques instants mais est vite revenue à elle, lui avait appris le capitaine. Elle reste très fatiguée... et inquiète.
— Pour moi ?
— Oui, mais pas seulement. Elle...
— Elle ne sent plus Lasthyr, termina Meben. Elle a peur qu'elle ait été trop bouleversée par l'expérience, et qu'elle ne veuille plus la contacter.
— Elle n'arrive pas à rétablir le contact ?
— Pas complètement. Lasthyr garde ses distances.
Énith n'avait rien répondu. Elle ne pouvait qu'espérer que ce silence ne serait que temporaire, le temps pour Lasthyr d'encaisser la foule d'émotions et d'horreurs trop humaines qu'elle lui avait transmises.
Lasse, la tête encore prisonnière d'un étau douloureux, elle s'était de nouveau laissé aller au sommeil après avoir rassuré ses deux compagnons sur son état. Oui, elle avait bien toute sa tête, oui elle avait encore mal au crâne, mais rien qui l'empêcherait de reprendre la route une fois suffisamment reposée. D'un commun accord, ils avaient décidé de ne repartir, dans une direction ou l'autre, qu'une fois qu'ils seraient certains que leur jeune Duchesse pouvait tenir sur le dos de son cheval sans craindre de tomber d'épuisement au bout d'une heure.
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Valacturie - T2 Les assassins d'Alistar
Viễn tưởngÉnith et Léonor sont sur les routes. L'une cherche sa place au sein du convoi qui la mène vers la capitale, l'autre s'efforce d'étendre son don vers d'Autres Mondes avant d'atteindre les montagnes. Mais leurs voyages seront semés d'embûches. Une obs...
