Le soleil disparaissait enfin derrière la crête des plus hautes montagnes lorsque le dernier soldat remercia Léonor pour sa protection et partit rejoindre ses camarades. La jeune fille tendit les bras vers le ciel et étira son corps perclus de fatigue, le visage déformé par un bâillement sonore. L'après-midi de chevauchée couplée d'une intense session de télépathie avait ravivé un violent besoin de sombrer dans le sommeil.
— Il te faudra attendre encore un peu avant d'aller dormir, lui rappela Lasthyr dans un coin de sa tête. Il nous reste encore une dernière personne à protéger.
— Ah. C'est vrai.
Léonor balaya les alentours du regard à la recherche de son amie. Le camp avait été dressé, les tentes montées, le feu allumé. Elle devinait que le groupe obéissait à une routine bien établie, des gestes répétitifs qui s'étaient mis en place de façon plus ou moins volontaire durant les premières semaines de leur voyage. L'ambiance demeurait solennelle et feutrée, on parlait peu et à voix basse, chacun vaquant à ses occupations personnelles, créant un saisissant contraste avec l'atmosphère festive, bruyante, emplie de rires et de musique de la joyeuse troupe d'artistes.
Léonor chassa cette pensée de son esprit avant que la nostalgie ne s'empare d'elle. Jamais elle ne les reverrait. Inutile de leur accorder une place trop importante dans ses souvenirs.
Enfin elle avisa Énith, pelotonnée à même le sol à quelques pas du feu, la tête posée sur ses genoux pliés. Léonor l'avait aperçue du coin de l'œil, pendant qu'elle exerçait son travail sur ses camarades, s'éloigner du groupe pour aller s'asseoir, visiblement épuisée. Le cœur de Léonor se serra. Elle rechignait à l'idée de lui imposer une nouvelle intrusion mentale, aussi douce soit-elle.
— Nous n'avons pas le choix, Léonor.
— Je le sais bien.
Le soldat Mordan s'approcha de sa protégée, passa une main compatissante dans son dos et lui murmura quelques mots. Énith releva la tête vers lui, un sourire attendri illuminant son visage. Mordan passa une main sous son bras pour l'aider à se relever, la laissant s'appuyer tout contre lui pour avancer. Lorsqu'elle comprit qu'il la guidait vers sa tente qui venait d'être installée, Léonor se précipita vers eux.
— Énith ! appela-t-elle en les rejoignant. Je suis désolée, je sais que tu es épuisée, mais il faut que...
— Je sais Léonor, ne t'inquiète pas. Je venais justement de demander à Mordan d'aller te chercher. Peut-on s'installer dans ma tente pour le faire ? Si jamais je m'évanouis, j'aimerais autant ne pas me donner en spectacle.
Léonor accepta d'un hochement de tête. Elle aurait voulu la rassurer, lui dire qu'elle resterait consciente, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. La faiblesse évidente d'Énith, les cernes qui creusaient ses yeux et son teint grisâtre commençaient à sérieusement l'inquiéter.
Toujours soutenue par son soldat, Énith s'engouffra sous la tente. Lorsqu'elle entra à son tour, Léonor vit Mordan, accroupi près d'Énith, poser une main sur la sienne et lui demander à voix basse si elle avait encore besoin de lui. Elle secoua la tête négativement et le congédia, toujours avec ce sourire tendre. Léonor haussa un sourcil en s'apercevant que les attentions délicates de son garde du corps semblaient redonner un peu de rose aux joues de son amie.
Une fois seules, Léonor se rapprocha d'Énith et prit place en face d'elle sur le lit. Elle la sentit se crisper immédiatement.
— Ça va aller, Énith. Ça n'a rien à voir avec ce que nous avons fait l'autre jour, je te le promets. Tu ne vas presque rien sentir.
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Valacturie - T2 Les assassins d'Alistar
FantasyÉnith et Léonor sont sur les routes. L'une cherche sa place au sein du convoi qui la mène vers la capitale, l'autre s'efforce d'étendre son don vers d'Autres Mondes avant d'atteindre les montagnes. Mais leurs voyages seront semés d'embûches. Une obs...
