À bout de souffle, Léonor s'autorisa enfin à ralentir le pas. La transpiration faisait coller ses vêtements contre sa peau, tant à cause de sa course effrénée que de ses émotions en pagaille. La peur lui soulevait le cœur et ordonnait à son corps de continuer à avancer, coûte que coûte. Elle avait à peine remarqué que le jour s'était levé, trop concentrée sur sa fuite. Son cerveau insistait pour rejouer inlassablement la scène de l'attaque de Nino mais elle s'y opposait farouchement, reléguant les images et les questions dans un coin reculé de son esprit. Elle ne pouvait pas s'y attarder, pas encore. Si elle commençait à réfléchir à ce qui s'était passé, il y avait fort à parier que son corps flancherait, secoué par le souvenir de la mort qui l'avait frôlé, et qu'elle se roulerait en boule sous un arbre jusqu'à ce que quelqu'un la trouve.
Il fallait avancer.
Elle s'obligea à inspirer lentement, à calmer les battements de son cœur. La forêt s'éveillait autour d'elle, dans un doux mélange d'odeur d'humus et de pépiements d'oiseau. Elle se concentra de toutes ses forces sur le chant mélodieux et dynamique d'un pinson, puisant un peu de calme dans ces quelques notes répétitives. Après un bref regard en arrière, elle sortit sa gourde, but une gorgée rafraîchissante et s'aspergea le front.
— Léonor ?
L'intrusion inattendue de Lasthyr sous son crâne la fit sursauter. Elle trébucha, troublée par les sensations de la Valacturienne qui se mêlaient soudainement aux siennes, et manqua de peu de se retrouver face contre terre.
— Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur.
— Ce n'est rien. Je suis à cran.
— Je sais.
Léonor avait conscience que, pour l'être vert, mêler son esprit au sien dans un moment si chargé d'intenses et violentes sensations était particulièrement éprouvant. Au milieu de la foule de choses qu'elle ressentait, Léonor fit une petite place pour la reconnaissance, touchée que Lasthyr s'inquiète pour elle et fasse l'effort d'affronter toutes ces perceptions.
— Tu es épuisée, Léonor, constata Lasthyr. Tu devrais t'arrêter un peu, ton corps est à bout de forces.
— Mais si je m'arrête... Si je... Ce serait... Non, je ne peux pas m'arrêter.
— Tes pensées sont confuses.
— J'ai du mal à réfléchir.
— C'est normal après un tel choc.
— Si je m'arrête je ne pourrai plus m'empêcher de revivre ce qui s'est passé, déclara-t-elle en s'efforçant de clarifier ses idées. Et si j'y repense trop, je crois que je vais devenir folle.
— Je suis avec toi Léonor. On peut en parler si tu le souhaites. Je peux t'aider.
— As-tu le pouvoir de remonter le temps ?
— Non.
— Si tu ne peux pas effacer ce que j'ai fait, tu ne peux pas m'aider.
— Léonor, tu ne...
— Lasthyr, j'ai tué quelqu'un !
Elle se figea sous l'effet de la violence que ces quelques mots lui infligèrent. Elle se couvrit le visage de ses mains et resta plantée là, cachée derrière l'obscurité de ses doigts et de ses paupières closes, immobile au milieu de la forêt. Elle se réfugia un instant dans le corps de Lasthyr, si léger, si aérien. Libre de toute douleur. S'éloigner ainsi de sa propre enveloppe, de sa propre souffrance, lui causa un tel soulagement qu'elle s'accrocha à l'esprit de la Valacturienne avec plus de force qu'elle n'avait jamais osé le faire. Elle s'éloigna si vite et si violemment que, l'espace d'une seconde, sa conscience perdit le fil de ses propres sensations. Jusqu'à ce qu'une violente douleur au coccyx vienne impitoyablement lui rappeler la réalité de son corps ; elle était tombée. Elle rouvrit les yeux, retrouvant son monde à contrecœur, et se ramassa sur elle-même.
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Valacturie - T2 Les assassins d'Alistar
FantasíaÉnith et Léonor sont sur les routes. L'une cherche sa place au sein du convoi qui la mène vers la capitale, l'autre s'efforce d'étendre son don vers d'Autres Mondes avant d'atteindre les montagnes. Mais leurs voyages seront semés d'embûches. Une obs...
