— Vous ne parlez pas sérieusement ?
Le ton outré de Johol la fit frémir d'agacement. Plus que tout, Énith avait souhaité pouvoir éviter un nouveau conflit avec le chef religieux. Mais elle devait bien se rendre à l'évidence, c'était peine perdue. Depuis leur altercation deux jours plus tôt, ils s'étaient soigneusement évités. Son aversion envers cet homme était manifestement réciproque, aussi paraissait-il plus simple pour tout le monde qu'ils s'ignorent. Mais la situation les avait contraints à organiser une petite réunion en urgence, obligeant Énith à affronter de nouveau le regard froid du prêtre. Elle soupira et répondit d'une voix calme :
— Malheureusement si, Johol. Croyez-moi, j'en suis la première désolée, mais nous devons nous rendre à l'évidence : nous avons perdu notre temps. Il nous faut faire demi-tour.
Cette affirmation fut accueillie par un lourd silence. Énith balaya la pièce du regard, évitant de s'attarder sur le visage de Johol, rougi par l'indignation.
Ils s'étaient réunis dans la chambre du Sage Talmir qui, sur ordre du médecin, se retrouvait contraint de tenir le lit pendant encore une journée entière. Il s'était pincé un nerf au niveau de la hanche et devait éviter tout effort physique pendant un petit moment s'il voulait être en état de poursuivre le long voyage. La couverture remontée jusqu'à la taille, il se tenait assis dans son lit et écoutait les explications d'Énith avec une expression stoïque. Était-il déçu ou soulagé par ce qu'elle venait de leur annoncer ? Elle n'en avait pas la moindre idée.
Le capitaine Lopaï se tenait debout près de la cheminée éteinte, le regard dans le vague. Meben se dandinait d'un pied sur l'autre à ses côtés en secouant la tête avec défaitisme. Énith le savait, il n'arrivait pas à digérer le rejet des Valacturiens et ne comprenait pas comment ils pouvaient encore les considérer comme une si grande menace. Elle-même ne pouvait refouler le sentiment de profonde injustice qui lui serrait la gorge en permanence.
Ses yeux se posèrent sur la musicienne, assise sur une petite chaise dans un coin de la pièce. Après avoir été présentée au reste du convoi, elle s'était installée à l'écart, avait replié les jambes contre elle et était restée ainsi en boule, laissant le soin à Énith d'expliquer à ses compagnons quelle avait été la teneur de leur conversation interminable de la nuit passée. Énith croisa alors son regard fatigué. La pauvre était livide et paraissait exténuée par la nuit blanche qu'ils venaient de passer. Elle ne la comprenait que trop bien ; elle-même luttait contre les bâillements et l'envie irrépressible de rejoindre son lit. En observant Léonor, elle se demanda si la Valacturienne était toujours présente dans sa tête. Cette possibilité avait quelque chose de troublant. Elle peinait à se faire à l'idée qu'un de ces êtres était si proche, et pourtant toujours inaccessible.
La colère de Johol qui réclamait son attention la tira soudain de ses pensées.
— Nous ne pouvons pas faire demi-tour maintenant, enfin, vous n'y pensez pas ! Nous savons où se trouve la Porte de Valacturie, nous pensons pouvoir l'ouvrir par nous-mêmes, alors allons-y, quoi qu'ils puissent en penser !
— Vous ne pourrez pas ouvrir la Porte sans leur aide.
La voix fatiguée de Léonor détourna l'attention de Johol. Égoïstement soulagée de ne plus être la cible de son regard noir, Énith reporta de nouveau son attention sur la chanteuse. Elle n'avait pas bougé d'un poil, toujours roulée en boule sur sa chaise, et luttait avec le plus grand mal pour garder les yeux ouverts.
— Et comment le savez-vous ? fulmina Johol.
Léonor tapota sa tempe de son index en répondant :
— Lasthyr vient de me le dire à l'instant. Les Valacturiens sont à l'origine de la création de quasiment toutes les Portes, elles répondent à une magie complexe. Une magie à laquelle nous ne connaissons rien.
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Valacturie - T2 Les assassins d'Alistar
FantasiaÉnith et Léonor sont sur les routes. L'une cherche sa place au sein du convoi qui la mène vers la capitale, l'autre s'efforce d'étendre son don vers d'Autres Mondes avant d'atteindre les montagnes. Mais leurs voyages seront semés d'embûches. Une obs...
