Le plancher usé craqua sous les pas d'Énith lorsqu'elle pénétra dans la petite chambre. Avec soulagement, elle se défit enfin du capuchon qui lui couvrait le visage, indispensable afin de protéger son identité mais qui lui tenait affreusement chaud. Un dernier regard dans le couloir, un dernier sourire échangé avec Mordan qui gardait sa porte, et elle referma le battant, heureuse de retrouver l'intimité de quatre murs solides après une bonne semaine de voyage et de nuits sous la tente.
Ils avaient atteint la ville d'Areix dans l'après-midi, sous un impitoyable soleil qui leur avait imposé une cadence plus lente et un silence inconfortable. Aux abords de la ville, ils avaient déniché une petite auberge qui ne payait pas de mine mais dont les allées et venues incessantes leur permettraient de se fondre dans la masse, de passer plus ou moins inaperçus. Ils avaient pénétré dans le bâtiment par petits groupes, les uns après les autres, afin de ne pas attirer l'attention. Finalement, Énith en venait même à se demander si toutes ces précautions étaient bien indispensables ; personne n'avait l'air de prêter attention à eux.
Areix avait tout d'une ville plutôt sûre. Très fréquentée, bruyante et pleine de vie, certes, mais peu soumise aux violences religieuses. Meben lui en avait fait une description tout à fait précise et pertinente le matin-même : « Une ville de passage où on s'inquiète surtout de qui vend quoi et de qui achète quoi, plutôt que de qui croit en quoi. » Du peu qu'elle en avait vu, Énith devait bien admettre qu'il avait vu juste. Le commerce faisait loi dans cette cité prospère.
Elle s'assit sur le bord du lit pour défaire les lacets de ses bottes, pressée de pouvoir rendre leur liberté à ses orteils qui étouffaient. Puis, ignorant l'appel insistant des oreillers moelleux qui l'invitaient au sommeil, elle se dirigea vers le baquet d'eau installé sur un guéridon. Se laver semblait plus urgent que dormir. Lorsqu'elle se jugea suffisamment propre, elle ne résista pas plus longtemps à la tentation et se laissa tomber sur le lit avec un grognement satisfait.
Lorsqu'elle se réveilla, la lumière du jour commençait doucement à décliner. Elle se retourna sur le dos en se frottant les yeux. Étaient-ce les grondements insistants de son estomac affamé qui l'avaient réveillée ? Des coups assénés contre sa porte et une voix qui l'appelaient la démentirent instantanément :
— Mademoiselle Énith ?
Mordan appelait son nom sans trop oser hausser le ton. Il devait se douter qu'elle s'était endormie. Elle sourit pour elle-même en l'imaginant de l'autre côté du battant, attendant sa réponse.
— Qu'y a-t-il, Mordan ?
— J'espère que je ne vous réveille pas, Mademoiselle ?
— Si, mais vous avez bien fait. Que se passe-t-il ?
— Le seigneur Meben demande à vous voir. Il aimerait dîner en votre compagnie.
— Ah, très bien ! Qu'il me donne quelques minutes pour que je me prépare, et j'arrive.
Énith l'entendit marmonner quelques mots, probablement à l'attention du soldat venu porter le message. Elle se leva et s'approcha de la malle déposée au pied de son lit pour y piocher une robe plus présentable que sa tenue de cavalière abîmée. Elle se dévêtit, et eut soudain une conscience accrue de la présence de son soldat juste derrière le panneau de bois. Elle pouvait entendre le bruit de ses bottes tandis qu'il se replaçait à son poste et voir l'ombre de ses pieds se déporter sur le plancher. Son cœur s'emballa subitement et, surprise par ses propres pensées indicibles, elle se hâta d'enfiler son jupon. Elle frotta vigoureusement ses joues empourprées pour retrouver une contenance et éteindre cette surprenante sensation sur laquelle elle s'interdisait de poser des mots.
VOUS LISEZ
Valacturie - T2 Les assassins d'Alistar
FantasyÉnith et Léonor sont sur les routes. L'une cherche sa place au sein du convoi qui la mène vers la capitale, l'autre s'efforce d'étendre son don vers d'Autres Mondes avant d'atteindre les montagnes. Mais leurs voyages seront semés d'embûches. Une obs...
