Énith soupira de soulagement en mettant pied à terre après une nouvelle longue journée de chevauchée. Depuis deux jours, le ciel voilé et les températures plus douces qu'à l'accoutumée avaient préservé la vitalité des chevaux et de leurs cavaliers, leur permettant d'avaler les lieues à un rythme soutenu. Elle remercia intérieurement le Soleil de s'être fait plus discret ce jour-là, lui permettant de suivre la cadence sans trop souffrir. Son état s'améliorait petit à petit, son corps rechignait moins face aux conditions difficiles du voyage. Sa fatigue mentale persistait mais elle s'en accommodait, s'accordant de longs moments de silence, retranchée dans la solitude de ses songes. Elle n'était cependant pas mécontente de voir le crépuscule approcher, synonyme d'un repos bien mérité.
Elle confia Kiaris à l'un des soldats et s'éloigna du reste de la troupe pour aller se rafraîchir à la petite rivière qui coulait près de leur campement. L'eau vive roula sur sa nuque et, sans qu'elle parvienne à s'en empêcher, comme trop souvent lors de ces derniers jours, ses pensées la ramenèrent vers sa conversation avec Léonor.
« Tout est possible en amour », avait-elle dit. Cette phrase ne la quittait pas. Elle avait terriblement envie d'y croire, et passait de longues heures chaque jour à rêvasser à son amour impossible avec Mordan. Pourtant, au fond d'elle, elle savait pertinemment que tout ceci ne serait jamais guère plus qu'un rêve. Elle ferma les yeux, s'efforçant en vain de chasser de ses pensées le doux regard de son soldat.
Un craquement sonore se fit soudain entendre derrière elle. Ses lames se retrouvèrent dans ses poings avant même qu'elle ne s'en aperçoive et elle se retourna, le cœur battant.
— Oh, comme une impression de déjà vu ! s'amusa Meben.
— Ah, c'est toi.
— Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur. Je t'ai vue t'éloigner et je me suis dit que c'était l'occasion de discuter un peu loin des oreilles indiscrètes.
— Discuter de quoi ?
Elle rangea ses lames dans leurs fourreaux, feignant de ne pas apercevoir le froncement de sourcils de Meben, certainement dérouté par son attitude froide. Elle avait beau savoir son comportement puéril, elle ne pouvait s'empêcher d'en vouloir à son ami. Il avait passé les derniers jours en compagnie de Johol, toujours fourré dans son ombre, se délectant visiblement de leurs longues et profondes conversations théologiques. Il n'avait presque pas fait attention à elle durant tout ce temps.
Elle se retourna vers la rivière et recueillit l'onde entre ses mains en attendant la réponse de Meben.
— De Johol, bien évidemment. Je pense avoir réussi à le connaître suffisamment bien pour pouvoir éclaircir certains points de sa personnalité qui peuvent... dérouter.
— Vraiment ?
Meben s'installa près d'elle et lui lança un regard scrutateur.
— Tu m'en veux, Énith ? J'ai fait quelque chose de mal ?
Son ton sincèrement troublé adoucit légèrement son humeur. Elle s'efforça de refouler son ressentiment, se traitant intérieurement d'enfant gâtée, et secoua la tête.
— Non, je ne t'en veux pas, je suis simplement fatiguée. Je t'écoute.
— Johol est certes bourru mais...
— Colérique aussi.
— Oui c'est vrai...
— Et insolent.
— Aussi...
— Et impertinent. Irrespectueux. Méprisant.
— Je peux parler ?
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Valacturie - T2 Les assassins d'Alistar
FantasyÉnith et Léonor sont sur les routes. L'une cherche sa place au sein du convoi qui la mène vers la capitale, l'autre s'efforce d'étendre son don vers d'Autres Mondes avant d'atteindre les montagnes. Mais leurs voyages seront semés d'embûches. Une obs...
