Après le dîner, alors que les conversations autour des Montsombres allaient toujours bon train, Léonor prétexta un mal de crâne persistant pour se retirer dans le calme de sa petite roulotte – non sans provoquer chez Nino une mine exagérément attristée.
Après délibération, la troupe était finalement tombée d'accord ; ils poursuivraient leur route jusqu'à Areix comme prévu, avant de bifurquer vers le Sud pour rejoindre les Lacs Blancs. Ils laisseraient alors les montagnes derrière eux en même temps que Léonor, qui poursuivrait son chemin seule. Elle espérait déjà les retrouver au détour d'une route, un jour, lorsque tout ceci serait terminé.
D'un coup de pied, elle se défit de ses chaussures et s'allongea sur le lit. À peine eut-elle émis une pensée en direction de Lasthyr qu'elle fut envahie par les sensations délicates de la Valacturienne.
— Bonjour Léonor.
— Bonjour Lasthyr. Excuse-moi de t'avoir repoussée toute la journée. J'ai encore du mal à partager une conversation mentale avec toi tout en continuant mes activités. Du coup, ce n'est pas très discret.
— Je comprends, ne t'en fais pas. Cela prend du temps de maîtriser une capacité comme celle-ci. Tu t'en sors très bien.
Lasthyr se trouvait actuellement entourée des siens dans une pièce immense, surmontée d'un dôme colossal d'une matière semblable à du verre, qui permettait à l'irréelle et éclatante lumière bleue du jour d'envahir la salle. En son centre, une fontaine faisait joyeusement danser et cascader plusieurs jets d'une eau limpide, dans un ballet aquatique aussi agréable pour les yeux que les oreilles. Autour d'elle était disposée une longue table circulaire jonchée de plats colorés et de carafes rutilantes. Les Valacturiens allaient et venaient librement, se servaient à manger et à boire avant d'aller s'installer confortablement sur la multitude de tapis et coussins qui recouvraient le sol. Le tout dans une ambiance douce et feutrée, animée par les tranquilles conversations des Valacturiens et les tintements des verres que l'on remplissait.
Léonor était tout autant fascinée que déroutée. À ses yeux, ces créatures se ressemblaient toutes. Elle ne parvenait qu'à grand-peine à distinguer quelques différences entre eux, et n'était même pas certaine de pouvoir reconnaître les hommes des femmes. Pour ne rien faciliter, tous portaient des tenues similaires, de longues robes aux tons brillants, mouvantes comme de l'eau sur leurs corps éthérés.
Lasthyr lui laissa quelques minutes pour observer ce qui l'entourait.
— C'est la première fois que je vois autant de Valacturiens d'un coup. Vous êtes tous à la fois si beaux, et si semblables !
— Pour vos yeux humains, oui, il est vrai que nous sommes plutôt similaires.
— Parce qu'il y a des choses que vos yeux Valacturiens voient que je ne vois pas ?
— Disons... que nous ne voyons pas qu'avec les yeux.
Encore une particularité de ces créatures que Léonor avait du mal à comprendre mais elle ne posa pas davantage de questions.
— As-tu réussi à entrer en contact avec les Innimys ? questionna Lasthyr.
— Pas encore, mais je crois que je ne suis pas loin. J'ai fait une nouvelle tentative l'autre soir, et il m'a semblé que j'arrivais à frôler la conscience de l'un d'eux.
— Il n'a pas répondu à ton appel ?
— Je crois qu'il n'en a pas eu le temps. Il l'a senti, j'en suis sûre, mais je n'ai pas réussi à maintenir le lien plus longtemps. Peut-être que la prochaine fois il s'y attendra et qu'il m'aidera à finaliser le contact.
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Valacturie - T2 Les assassins d'Alistar
FantasiÉnith et Léonor sont sur les routes. L'une cherche sa place au sein du convoi qui la mène vers la capitale, l'autre s'efforce d'étendre son don vers d'Autres Mondes avant d'atteindre les montagnes. Mais leurs voyages seront semés d'embûches. Une obs...
