Ces simples mots firent bondir d'enthousiasme la jeune Duchesse et virevolter les mèches bouclées qui s'échappaient de son chignon. Léonor laissa ses épaules se détendre enfin et ses lèvres s'étirer en un sourire sincère, amusée et interloquée de voir la réaction si exaltée de son interlocutrice.
— Je n'arrive pas à y croire ! s'exclama celle-ci. C'est incroyable ! Vous leur parlez vraiment ? Comment sont-ils ? Ils parlent donc notre langue ? Ils sont gentils ? Enfin je veux dire... Pardon, c'est sûrement stupide comme question. Mais est-ce qu'ils sont aussi sages et intelligents qu'on le dit ?
Léonor ne put s'empêcher de s'esclaffer face à l'avalanche de questions empressées qui sortaient de la bouche de la Duchesse. Le jeune garçon semblait tout autant amusé qu'elle et regardait son amie avec une expression taquine et une grande tendresse. Léonor avait encore du mal à réaliser ce qui se passait ; elle s'était attendue à se faire aborder par deux assassins avides de sang et voilà qu'elle se retrouvait à s'amuser de l'admiration d'une future Duchesse pour son don. Mais son rire se tarit en un instant lorsqu'elle se rappela l'identité des deux personnes qui lui faisaient face.
Fille et fils de Duc. Des nobles, presque aussi importants que la famille royale.
Mais que faisaient-ils donc dans une auberge de si basse facture, sans protection, comme de simples roturiers ? Et comment devait-elle s'adresser à eux ? Elle n'avait que peu de connaissances du protocole à adopter ; les rares fois où elle avait chanté dans de nobles demeures, elle n'avait eu affaire qu'aux intendants. C'était bien la première fois que des personnes si haut placées lui adressaient la parole et, s'ils paraissaient étrangement accessibles et aimables, elle s'en trouva tout de même bien intimidée. Elle bafouilla :
— Eh bien, c'est-à-dire... C'est beaucoup de questions que vous me posez là, Mada... Mademoiselle... Duchesse. Je...
Elle se tut, la bouche encore entrouverte et, devant la mine perplexe de la jeune fille en face d'elle, décida de jouer cartes sur table.
— Pardonnez-moi, souffla-t-elle. Je n'ai pas l'habitude de m'adresser à des gens comme vous. Je ne voudrais pas vous manquer de respect, mais je ne sais pas... comment vous appeler.
À sa grande surprise, la Duchesse balaya l'air de la main d'un air agacé et répondit :
— Au diable le protocole ! L'heure est trop grave pour perdre du temps avec ces imbécilités. Appelez-moi juste Énith.
Les yeux de Léonor durent s'écarquiller sous l'incrédulité car le garçon renchérit avec un sourire apaisant :
— Ne vous inquiétez vraiment pas pour ça. Énith a raison, nous avons déjà nous-mêmes de nombreuses fois dérogé aux règles protocolaires.
— Oui, c'est ce que je constate, admit Léonor.
— De plus, nous sommes ici incognito, voyez-vous. Si vous commencez à employer des mots comme « Duchesse » ou « Seigneur », vous risquez surtout de dévoiler notre identité aux oreilles indiscrètes ! Nos prénoms feront très bien l'affaire.
Léonor acquiesça en silence, se demandant bien quelle suite d'événements avait pu aboutir à la présence secrète de l'héritière du duché des Montsombres dans le coin le plus mal famé de la ville d'Areix. Elle se réinstalla sur son siège pour chercher une position plus confortable, s'efforçant de chasser ces interrogations, et déclara :
— J'ai moi aussi beaucoup de questions à vous poser, mais je suppose que je vais devoir commencer par répondre aux vôtres...
La voix de Lasthyr l'interrompit soudain et résonna dans son esprit avec un ton amusé, ce qui, à sa connaissance, ne lui arrivait pas souvent :
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Valacturie - T2 Les assassins d'Alistar
FantasiaÉnith et Léonor sont sur les routes. L'une cherche sa place au sein du convoi qui la mène vers la capitale, l'autre s'efforce d'étendre son don vers d'Autres Mondes avant d'atteindre les montagnes. Mais leurs voyages seront semés d'embûches. Une obs...
