— Tu es vraiment sûre de toi ? demanda Léonor, hésitante.
— Absolument certaine. Tout ira bien, ne t'inquiète pas.
Assise en tailleur sur le lit, Énith lui faisait face et affichait une mine déterminée. Léonor devait bien l'admettre, cette jeune noble faisait preuve d'un courage qui l'impressionnait. Elle-même était loin de se sentir sereine.
Un peu plus tôt dans l'après-midi, Énith était venue la tirer de son sommeil. Roulée en boule sous les draps, Léonor avait eu toutes les peines du monde à soulever ses paupières alourdies. Mais la voix de la Duchesse derrière le battant de bois s'était faite pressante alors, grognant contre l'assaut inconfortable de la lumière contre ses yeux endormis, elle l'avait autorisée à entrer.
Énith n'y était pas allé par quatre chemins. Elle lui avait demandé d'appeler Lasthyr et leur avait exposé son projet sans attendre ; elle voulait utiliser les dons de la Valacturienne afin de partager ses souvenirs avec elle. Toutes les images de souffrance, de violence, les sensations de peur, de colère, de désespoir et d'impuissance. Elle voulait partager avec elle la cruelle et impitoyable réalité qui était la leur en lui ouvrant les portes de sa mémoire douloureuse.
— Il n'y a qu'en vivant les choses à travers mes yeux, les yeux d'un être humain, que vous pourrez réaliser l'ampleur de notre malheur. Peut-être qu'une fois que vous l'aurez fait, vous pourrez partager à votre tour ce que vous avez vu avec les autres Valacturiens, les convaincre de nous aider... Ou peut-être que cela suffira au moins à vous convaincre, vous, de nous ouvrir la Porte.
Énith avait terminé son exposé par ces quelques mots. Léonor l'avait laissée parler sans l'interrompre, et avait tenté de cerner la réaction de Lasthyr face à cette proposition. Mais la créature était restée silencieuse. Elle le sentait, cette offre la laissait perplexe.
— Est-ce seulement possible ? avait-elle alors demandé. Peux-tu t'introduire dans l'esprit de quelqu'un qui ne possède pas le don de télépathie ?
— Oui, j'en serais capable si je t'utilise comme canal entre nous deux. Ce sera très éprouvant. Pour toi, mais pour elle surtout. Recevoir l'intrusion d'un autre esprit qu'on ne possède pas ce don, c'est très douloureux.
— Douloureux mais pas dangereux ?
— C'est difficile à dire. Tout dépendra de la façon dont elle le vivra.
— Je vois.
Léonor s'était mordu la lèvre, ne sachant trop comment présenter la chose. Énith avait senti son malaise et demandé :
— Il y a un problème ? Que dit-elle ?
— Elle dit que c'est possible, mais... Que ce sera très, très violent à vivre pour toi.
— Mais pense-t-elle que ce soit une bonne idée malgré tout ? Que partager ces souvenirs pourrait faire fléchir son peuple ?
— Ils pourraient y être sensibles.
Léonor avait hoché la tête pour traduire les pensées de la Valacturienne. Le visage d'Énith s'était crispé et elle avait paru mener un bref combat contre sa propre peur avant de répondre :
— Bien, alors il n'y a pas à hésiter.
— Tu es sûre ?
— Absolument certaine. Cela en vaut largement la peine.
Elle avait retroussé le bas de sa robe pour grimper sur le lit de Léonor et lui faisait désormais face, attendant les instructions de la Valacturienne.
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Valacturie - T2 Les assassins d'Alistar
FantasíaÉnith et Léonor sont sur les routes. L'une cherche sa place au sein du convoi qui la mène vers la capitale, l'autre s'efforce d'étendre son don vers d'Autres Mondes avant d'atteindre les montagnes. Mais leurs voyages seront semés d'embûches. Une obs...
