P2 - Chapitre 24 : Décision

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L'idée même de rejoindre mon ami après les évènements vécus avec Adèle me terrorisent. Car même si rien n'est clair, je sens au fond de moi que tout est lié et que tout va finir par m'exploser au visage. Je marche le plus lentement du monde à l'approche du café où nous nous sommes donné rendez-vous, tentant de retarder inutilement l'échéance. Mais je le vois, il est là, assis en terrasse. Il est entouré de monde mais semble pourtant extrêmement seul, très loin de la personne joyeuse habituelle. Ses jambes sont croisées, ses bras repliés, sa tête baissée. Tout dans son comportement exprime la résilience et une tristesse infinie. Inquiète, je me précipite finalement vers mon ami.

- Victor ? Mais qu'est-ce que tu as mon vieux ? Il s'est passé quelque chose ?

- Tu avais raison... A propos d'Adèle, tu avais entièrement raison... Je suis un idiot.

Sa voix était éteinte, et semblait provenir de loin, étouffée par les pleurs enfouis. Il ne m'avait pas jeté un œil, sa tête toujours baissée vers ses genoux.

- Regarde-moi, de quoi me parles tu exactement ?

Sa tête se relève finalement, ses yeux trouvent les miens. J'ai presque un mouvement de recul en y voyant la tristesse infinie, la colère retenue.

- Adèle ! Elle ne veut pas de moi, elle n'a jamais voulu de moi ! Et comme un con je suis tombé amoureux d'elle... Follement amoureux, irrémédiablement amoureux ! Bon dieu, je suis dingue d'elle ! Je pensais... Je croyais... Putain, je ne sais même pas ce que j'ai cru.

Alors que les larmes se mettent à couler sur ses joues, il se met à me raconter. Comment il a, la veille, tenté de lui avouer ses sentiments et comment elle, un peu choquée par la nouvelle, lui a bredouillé que ce n'était pas réciproque, avant de s'enfuir sous la pluie battante... Avec une horreur grandissante, je recoupe les évènements, tout se met en place dans ma tête. Je sais où Adèle s'est dirigée après cette conversation, qui elle est allée voir. Au fur et à mesure où les paroles mêlées aux pleurs de mon ami se déversent, un nœud appelé culpabilité grandit au creux de mon estomac. Celle d'être la cause directe de cette situation, mais plus profondément, celle d'avoir ressenti du désir pour Adèle et pire, une tendresse amoureuse inavouée. Tel un automate, j'écoute mon ami parler, et je le réconforte en lui tapotant le dos amicalement. Mais au fond de moi, j'ai l'impression d'être un imposteur, de trahir cet homme si profondément gentil, de n'avoir aucun droit de me trouver à ses côtés. Je ne peux pas lui dire, je me persuade que ça ne ferait que le détruire davantage, mais je sais au fond de moi que c'est simplement de la lâcheté, et je ne me déteste qu'encore un peu plus.

Tel un automate, j'erre dans les rues après avoir pris congé de mon ami. Ma tête semble sur le point d'exploser mais mes gestes sont lents, mon visage fermé. J'ai l'impression que la corde tendue de mes émotions est prête à casser d'un instant à l'autre, mais je reste pourtant d'un calme olympien. Je sens mon téléphone qui ne cesse de vibrer dans ma poche, mais je n'esquisse aucun geste pour l'attraper. Au lieu de quoi, je tourne soudainement à droite, dans une rue perpendiculaire à l'artère principale et marche d'un pas décidé vers ma prochaine destination. Ce n'est qu'après avoir toqué à la porte que je prends conscience de ce que je fais. Trop tard, la porte s'ouvre.

- Anita ?

Des yeux bleus intenses me fixent avec perplexité alors que je reste silencieuse un peu trop longtemps. Marie insiste alors, ne sachant visiblement pas comment réagir à ma venue imprévue.

- Pierre est dans son bureau si tu veux le voir mais... Entre Anita, je vais te préparer un café, tu as une mine effrayante.

Le franc parler de la femme de mon frère me fait sourire. Ses cheveux blonds dansent autour de son visage angélique lorsqu'elle ferme la porte derrière moi. Un sourire effronté efface instantanément son expression d'interrogation et un clin d'œil discrètement lâché finit de me rassurer sur ma présence. L'intérieur soigné témoigne de l'attention particulière que Marie attache à la propreté et à l'ordre, contrairement à Pierre qui a passé son adolescence à semer ses affaires un peu partout dans la maison familiale, au grand dam de notre mère. Le salon, décoré avec goût, révèle avec brio son talent pour la décoration d'intérieur, ce qui n'est pas sans rappeler la créativité demandée dans son métier d'illustratrice. J'ai toujours admiré ces personnes capables d'assembler des meubles, des couleurs et des styles dans une pièce vide, afin de créer un ensemble harmonieux et personnel. Cela peut paraître étonnant, mais même si je travaille dans le vaste domaine de l'art, je n'ai jamais été capable de telles prouesses.

Mon triangle d'orDes histoires addictives. Découvrez maintenant