Poudlard

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Le choc de la révélation lui vrillait l'esprit. Ses pensées tourbillonnaient sans direction, s'entrechoquant à une vitesse affolante. Rien n'avait de sens, et pourtant... tout s'emboîtait.

Elle referma la porte de son compartiment dans un claquement feutré, presque nerveux, et s'y adossa un instant, le souffle court, l'esprit en vrac. Puis elle s'affala sur la banquette, le dos lourd, les bras ballants, comme vidée d'elle-même. L'air lui paraissait trop dense, trop réel.

Un rêve ?

Une illusion ?

Elle aurait aimé y croire.

Mais rien dans ce qu'elle ressentait ne trahissait la moindre trace d'irréalité. Le velours tiède sous ses doigts, l'odeur familière du bois ciré, la vapeur discrète qui s'échappait en sifflant des joints de la porte, même la lumière douce qui filtrait à travers la vitre... tout avait la netteté crue de la réalité.

Elle ferma un instant les yeux, espérant peut-être que le monde se dissoudrait.

Puis, dans un sursaut de lucidité, elle se pinça la joue.

La douleur, vive, immédiate, la ramena brutalement à elle.

Elle était bien là.

Vraiment là !

Un frisson glissa le long de son dos, mais elle n'avait plus la force de lutter contre l'angoisse. Son esprit, saturé, se mit peu à peu en veille. Les questions restaient, mais comme repoussées au fond d'un tiroir qu'on n'ose plus ouvrir.

Elle s'enfonça dans le siège, le regard perdu à travers la vitre. Les paysages défilaient paisiblement : les Highlands, immenses et silencieuses, baignées dans l'or pâle d'un soleil déclinant. Les collines se succédaient dans une lente chorégraphie, leurs courbes douces semblant ignorer les fractures du temps.

Tout, dehors, paraissait intact. Calme. Comme si rien n'avait changé. Comme si le monde n'avait pas basculé.

Ses paupières devinrent lourdes, très lourdes. Le roulement régulier du train, les secousses discrètes, le chuintement apaisant du métal contre les rails... tout conspirait à l'endormir.

Et sans qu'elle ne s'en rende compte, Molly glissa dans un sommeil profond.

Un sommeil sans rêve.

Pendant que le passé, lui, continuait tranquillement sa route.


Un sifflement strident déchira l'air, long et perçant, tirant Molly d'un sommeil profond. Elle sursauta, le cœur battant, alors que le train entamait sa lente décélération. Le rythme saccadé du Poudlard Express la berçait encore un instant, suspendue entre le monde des rêves et celui, plus étrange encore, de l'éveil.

Les secousses devinrent plus douces. Un dernier soupir de vapeur s'échappa dans un frisson métallique, puis le silence revint. Le train venait de s'arrêter.

Elle ouvrit les yeux avec difficulté, les paupières lourdes, les membres engourdis. La sensation d'irréalité qui l'enveloppait persistait, comme une brume accrochée à ses pensées. Ce rêve, ou était-ce un souvenir d'un autre monde ?, lui pesait sur la poitrine. Elle se redressa lentement, chassant les dernières traces du sommeil d'un geste de la main, puis se pinça l'arête du nez, luttant contre ce flottement étrange.

Ce n'était qu'un rêve. N'est-ce pas ?

Mais quelque chose en elle refusait de s'en convaincre entièrement.

Elle se leva d'un bond, d'un geste plus résolu qu'elle ne se sentait vraiment, attrapa son sac, et jeta un dernier regard à son compartiment. L'endroit où tout avait changé.

Bon Retour Où les histoires vivent. Découvrez maintenant