Cours des DCFM

254 23 0
                                        


                  Sous le ciel gris et chargé de nuages, projeté par le Plafond Magique, l'ambiance dans la Grande Salle était pourtant électrique. Les conversations allaient bon train autour des longues tables des maisons, alimentées par les évènements de la veille, le professeur Lockhart, ou encore l'arrivée mouvementée de Harry et Ron à bord de la Ford Anglia volante. Assise parmi les siens, entre les jumeaux Weasley, Lee Jordan et Ginny, Molly écoutait les éclats de voix joyeux et les bavardages incessants, tout en savourant une tranche de pain grillé généreusement tartinée de confiture de fraise.

Ginny, quant à elle, était visiblement ailleurs, les yeux fixés avec insistance sur un garçon assis un peu plus loin, entouré de Ron et Hermione.

Molly sourit intérieurement.

Harry Potter. Son grand-père. Son futur mari. Et l'homme qui, pour Ginny, n'était encore qu'un héros inaccessible, un rêve d'enfant teinté de timidité et d'admiration.

Molly savait exactement comment cette histoire allait se dérouler. Elle l'avait déjà entendue maintes et maintes fois. Ginny grandirait, prendrait confiance en elle, deviendrait une sorcière brillante et indépendante... jusqu'à ce que Harry la remarque vraiment. Elle avait devant elle le tout premier chapitre de cette romance emblématique, et une partie d'elle brûlait d'envie de l'aider, d'accélérer les choses.

Mais elle savait aussi qu'elle ne devait pas.

Changer le moindre détail du passé pouvait altérer le futur d'une manière imprévisible. Un simple encouragement, un conseil innocent, pourrait provoquer un enchaînement d'événements insoupçonnés, et elle ne pouvait prendre ce risque. Un battement d'ailes de papillon pouvait déclencher un ouragan à l'autre bout du monde, et Molly ne voulait pas être ce papillon.

Elle préféra donc ne rien dire, se contentant d'un regard complice vers Ginny, avant de revenir à son assiette.

                                  Le tumulte général s'interrompit soudain au battement d'ailes bruyants des hiboux postaux, qui entrèrent en piqué dans la Grande Salle, livrant paquets et lettres aux élèves impatients. Molly leva instinctivement la tête, scrutant les volatiles en quête d'une silhouette blanche familière.

Mais Edelweiss ne vint pas.

Elle baissa les yeux sur son assiette, masquant la soudaine pointe de déception qui lui serra la poitrine. Elle savait qu'elle n'aurait aucune lettre. Personne, dans ce temps, ne savait qu'elle existait.

Elle s'imagina un instant ce que cela ferait de recevoir un courrier de ses parents. De lire les mots réconfortants de son père, les blagues maladroites de son oncle Ron, ou encore les recommandations bienveillantes de sa mère.

Elle ferma brièvement les yeux, laissant ses pensées dériver vers un univers parallèle, où elle était une élève normale, où elle recevait des colis remplis de friandises, où elle partageait des farces avec ses amis, où elle pouvait rire et tomber amoureuse sans craindre de bouleverser le destin.

Mais cette réalité-là n'existait pas pour elle.

Lorsqu'elle ouvrit de nouveau les yeux, le monde autour d'elle n'avait pas changé. Fred et George discutaient à voix basse d'une nouvelle blague à tester sur Percy, Lee Jordan dévorait un croissant avec enthousiasme, et Ginny fixait toujours Harry avec un sourire rêveur.

Quant à elle, elle était toujours cette fille venue d'une autre époque, condamnée à veiller sur un passé qu'elle ne devait pas altérer. Elle inspira profondément, chassant la mélancolie qui menaçait de l'envahir, puis reprit une bouchée de sa tartine, comme si de rien n'était.

Bon Retour Où les histoires vivent. Découvrez maintenant