Chapitre 9

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*Kimiko*

« Je m'étale au sol lorsqu'on me pousse. Mon dos frappe la roche et je perds connaissance.

C'est la voix étouffée de Sept qui me réveille. Mais elle est comme un écho au loin, j'ai du mal à ouvrir les yeux et à respirer. D'une main tremblante, j'essuie le sang qui coule de ma lèvre supérieure ou de mon nez, ou des deux. Je tousse. La douleur se répand dans mes flancs ainsi que le long de mes sinus et se diffuse dans mon crâne. Je grince des dents tout en serrant mon corps. Combien de côtes m'avaient-ils cassées ?

Je me raidis quand je sens des doigts caresser mes cheveux.

— Bois un peu.

Sept approche un bol de ma bouche tandis qu'il relève doucement ma tête. J'avale le liquide avant de vomir le maigre repas constitué de pain trempé dans de l'eau qu'ils nous avaient donné.

— Tu es le prochain, l'informé-je.

— Ne t'inquiète pas pour moi, chuchote-t-il.

Je ferme un instant les yeux et mon esprit dérive vers le visage de mes parents et de ma sœur.

— Sept ?

— Oui.

— Parle-moi. Ne me laisse pas m'endormir.

Il m'enjambe afin de passer ses bras sous mes aisselles pour m'aider à m'adosser contre le mur. J'entends la fermeture éclair de sa veste. Il se penche sur moi et m'enroule dedans. J'ai été torturé durant des heures et la chaleur du vêtement m'apaise un peu.

— J'adore lire et je dessine à mes heures perdues, annonce-t-il en s'asseyant à ma gauche.

Paupières closes, je m'imprègne de sa voix. J'apprécie son timbre et son accent britannique.

— Un point commun, avoué-je en crachant du sang.

Je me tourne vers lui, mais je n'arrive qu'à distinguer ses formes.

— Notre chef nous a tatoué un de mes dessins pour marquer cette nouvelle mission. J'ai aimé le tatouer à mon tour.

— Vous avez un dermographe ?

Je souris, mais la douleur me fait vomir.

— Il l'a volé à son ex-femme qui s'est barrée avec le voisin.

Il rigole malgré lui.

— C'est quoi comme motif ?

— Un faucon.

— L'oiseau le plus rapide au monde, chuchote-t-il.

J'acquiesce sans lui révéler qu'il s'agit du nom de notre unité.

— Me tatoueras-tu si on s'en sort vivant ?

— Si on sort de ce merdier, j'en serai ravie.

Je lui tends mon poing qu'il frappe doucement.

— Tu as quelqu'un qui t'attend ? me demande-t-il.

Je renifle, essuie mon nez qui a arrêté de pisser du sang, puis réponds :

— On doit se marier à mon retour de mission.

— T'es un type bien Treize.

Je tente un sourire, soulagée qu'il n'ait pas remarqué que je suis une femme. Quinze jours que je suis enfermée, quinze jours que je prie pour que personnes ne le découvre. »

Falcon-Ink TherapyOù les histoires vivent. Découvrez maintenant