Chapitre 21

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*Matys*

J'ai attrapé le premier vol pour rentrer. Pas de bagage, rien. Juste moi, mon téléphone à court de batteries, et cette foutue sensation d'avoir merdé en beauté.

Durant tout le trajet, je me repasse son message en boucle dans ma tête. La détresse dans sa voix. La culpabilité. Ce putain de désespoir qui m'a pris aux tripes. Kim a besoin de moi. Et moi, j'ai fui. Comme un lâche.

Quand j'arrive devant chez elle, il fait déjà nuit. Je frappe, mais c'est Marie qui ouvre la porte. À peine, elle m'aperçoit, qu'elle fronce les sourcils, croise les bras et reste plantée là, bloquant l'entrée.

— T'as du culot de revenir, Jonson, crache-t-elle d'un ton sec.

— Laisse-moi entrer.

— Non.

Le coup est net, précis. Ça me percute en pleine poitrine. J'ai l'impression qu'elle vient de me gifler. Je me fige une seconde, incapable de répondre. Parce qu'au fond, elle a raison. J'ai merdé. J'aurais dû affronter la vérité et en discuter avec Kimiko.

— Marie..., tenté-je. Je sais que j'ai déconné, mais je dois lui parler.

— Non, Matys. T'es pas juste parti quelques jours, t'as disparu. Deux semaines sans un mot, alors qu'elle comptait sur toi. Et maintenant, tu débarques comme si de rien n'était ?

Je serre la mâchoire, lutte contre l'envie de passer en force. Mais Marie, reste plantée là, immobile, le regard dur comme la pierre.

— Ce n'est pas aussi simple, putain !

— Ah non ? Alors, explique-moi. Parce que moi, tout ce que je vois, c'est un mec qui s'est barré au lieu de chercher à comprendre.

Je me frotte le visage puis souffle un coup.

— J'ai flippé, OK ?

Elle arque un sourcil, sceptique.

— Flipper de quoi ?

— De ce que j'ai appris sur moi. De ce que ça fait de se retrouver avec une putain de vérité que tu ne saisis pas. Tu veux savoir pourquoi j'ai fui ? Parce que j'ai découvert que j'ai été dans l'armée, que j'ai été torturé et que mon cerveau a préféré tout effacer jusqu'à l'existence de ta sœur. J'ai perdu quatre ans de ma vie. Quatre putains d'années. Et en une phrase, Kim a remis en cause toutes mes croyances, dont mon accident de voiture. Alors oui, j'ai paniqué.

Marie me fixe, silencieuse, imperturbable.

— Laisse-moi lui parler, la supplié-je d'un ton plus calme.

— Qu'est-ce qui me prouve que tu ne vas pas encore l'abandonner dès que ça deviendra trop dur pour toi ?

Je me prends la question en pleine poitrine. Je serre les poings, le regard rivé au sol. J'aimerais pouvoir lui jurer que je ne vais plus déconner, plus fuir. Mais la vérité, c'est que je n'en sais rien. Je suis paumé. Tout part en vrille. Et pourtant, je suis ici. Parce que, peu importe mes peurs, je refuse de la laisser affronter ça seule. Cependant, je n'obtiendrais rien de bon de Marie.

Je recule d'un pas.

— T'as raison.

Marie écarquille les yeux, comme si elle ne s'attendait pas à ce que j'admette mes torts aussi facilement.

— Je vais pas insister, lâché-je. Dis-lui juste que je suis venu.

Je tourne les talons, le cœur en vrac. Je suis revenu en urgence, j'ai tout laissé en plan, parce que j'avais besoin d'être là pour elle. Je pourrais en vouloir à Marie, mais ce serait hypocrite. Je n'ai que ce que je mérite.

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