Chapitre 2 : 700 jours

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Sept cents jours. Plus que sept cents jours. Pendant ce court mois d'enfermement, Gabriel avait eu le temps de faire le l'introspection de ses conneries passées, de rattraper les dix dernières années de sommeil de retard qu'il avait cumulées, gagner deux kilos de muscles et envisager l'assassinat de son codétenu une dizaine de fois.

Thomas était ce que détestait le plus Gabriel : bavard, tactile, entreprenant. Un emmerdeur de première avec le feu au cul. En vingt-huit jours, Gabriel en avait plus appris sur les préférences sexuelles de Thomas et ses goûts en termes de mecs qu'il avait retenu les leçons de bien-vivre de feu sa grand-mère. Et il avait vu l'équivalent d'une année de porno gay pour adolescent prépubère avec Thomas en tant qu'acteur star. Il ne lui avait pas fallu une journée au sein du centre pénitencier pour découvrir qui était son colocataire de cellule : Thomas Bellâtre, emprisonné pour prostitution, catin de renom du bâtiment B. En un an de tôle, il avait testé chaque bite emprisonnée ici, ou presque. Gabriel n'avait pas fait les comptes, mais il était presque sûr de l'avoir vu se faire prendre par pas moins de vingt détenus différents depuis son arrivée, et dans une dizaine d'endroits de cette prison, tous plus exotiques les uns que les autres. Et même un gardien.

Gabriel s'en foutait complètement de ce que Thomas pouvait faire de son cul, il pouvait bien se faire baiser par toutes les personnes présentes dans cette prison si ça lui chantait. Grand bien lui fasse. Le problème étant qu'il n'avait pas perdu espoir d'ajouter le nom de Gabriel Castiel à son tableau de chasse. A sa routine morose de prisonnier, il avait ajouté « repousser l'intrus qui grimpait sur sa couchette la nuit tombée ». Chaque soir ou presque, à des heures différentes, il ouvrait les yeux et découvrait Thomas, seulement vêtu de son caleçon à quatre pattes entre ses jambes. Le premier soir, il s'était contenté de lui dire sèchement de retourner dans son lit. Au bout d'une dizaine de fois, il lui asséna un coup de pied nu dans le torse, au niveau du cœur, le plaquant contre la grille accompagnée d'un avertissement. Mais s'il y a bien un truc que devait lui reconnaître Gabriel, c'est qu'il était tenace.

Un jour, ou plutôt un soir, où il était particulièrement à fleur de peau après la visite de son beau-père au parloir, quand Thomas se glissait dans sa couchette, il lui assénait un coup de talon dans l'œil. Le lendemain matin, le blondinet avait un joli coquard. Et malgré cela, Thomas retentait sa chance deux jours plus tard. Cela devenait une routine. Ça avait au moins le mérite d'occuper ses journées ennuyeuses et redondantes.

Gabriel pensait que Thomas avait égrené l'entièreté des endroits possibles dans cette prison où se faire baiser comme une chienne. Eh bien, il avait tort. Il y avait un endroit vierge de ses ébats dans cette prison : leur propre cellule. Jusqu'à présent, la cellule soixante-six était un no man's land des activités sexuelles de Thomas Bellâtre. Jusqu'à aujourd'hui.

Gabriel remontait de la douche, ses cheveux étaient encore humides, sa serviette sur les épaules. Il montait doucement les cinq volées de marche desservant son étage. Il remontait le couloir, passant devant les quatorze cellules présentes au sixième. Il ne faisait jamais attention aux activités des autres pensionnaires, il s'en foutait royalement. Certains bruits étaient assez clairs sur lesdites activités. Pauvres hommes, incapables de vivre sans se purger les couilles plus d'une semaine. C'était un bruit qu'il connaissait, il n'avait d'ange que le nom. D'autant plus, qu'il n'y avait pas une heure dans cette prison sans que les bruits caractéristiques de deux individus en plein coït ne se fasse entendre. Ce n'est pas demain la veille que les humains se libèreront des sept péchés capitaux. Et la prison n'aidait pas dans cette quête.

La peinture du nombre « soixante-six » était écaillé au-dessus de la grille ouverte de la cellule. Pourtant, on ne pouvait pas voir à l'intérieur de celle-ci, pas que la grille le permette outre mesure. Un drap blanc était tiré pour boucher la vue aux voyeurs. Gabriel écartait le tissu et les bruits qu'il percevait depuis qu'il était devant la cellule s'accompagnèrent des images. Il avait voulu croire que cela venait de la cellule voisine de la sienne, elle aussi équipée d'un drap blanc tiré. Mais Thomas était bien en train de se faire baiser sur la couchette inférieure. Il était nu, le haut du corps enfoncé dans la couverture rêche, le visage écrasé dans l'oreiller maintenu par la main du détenu en train d'enfiler Thomas sur sa queue. Thomas avait le cul en l'air, la peau rougie par les assauts répétés et les bras coincés dans le dos. Le tout accompagné de grognements bestiaux qui irritèrent ses conduits auditifs. Visiblement, il avait échappé au gros de l'acte puisque l'espèce d'ours jura comme un charretier en donnant ses derniers coups de reins dans le cul de Thomas, déversant son sperme dans la cavité anale du détenu n°6668.

La sonnerie annonçant la fin de la douche retentit dans le bâtiment. Le détenu invité se retirait de Thomas sans égard, remontait son pantalon en passant à côté de Gabriel en lui lançant un regard entendu. Gabriel ne lui jetait pas un regard alors qu'il entrait dans la cellule et posait ses affaires de toilettes sur son étagère. Dans sa vision périphérique, il voyait Thomas se lever, nu comme un ver, marcher en direction de la toilette. Il s'accroupissait au-dessus de la cuvette et trifouillait son cul pour faire couler le sperme qui s'y trouvait. Il tirait la chasse et faisait couler l'eau du lavabo afin de se laver. Gabriel ne lui accordait aucun regard. Pourtant, Thomas s'accoudait au lit superposé, derrière Gabriel. Un regard rapide par-dessus son épaule lui permettait de voir qu'il était toujours dans sa tenue d'Adam. Il n'avait pas l'air décidé à se vêtir. Gabriel finissait par se tourner, il scannait Thomas de la tête aux pieds, d'un œil terne.

-       Tu aimes ce que tu vois ?

-       Écarte-toi.

-       Oh allez, Gabriel ! Je loue ta résistance, vraiment. Baise-moi et on en parle plus. Je te promets que je te fiche la paix dès que j'ai goûté à ta sucette. Disait Thomas en se mordant la lèvre, taquin.

-       Non merci.

-       Pourquoi ? Tu ne me trouves pas à ton goût ?

-       Thomas ! Grondait Gabriel. Je pensais avoir été clair : je ne suis pas intéressé par ton cul de pute.

-       Je suis sûr de pouvoir te faire changer d'avis.

Thomas se redressait, il faisait un pas en avant, se collant à Gabriel. Sa main se baladait depuis la mâchoire carrée du brun et descendait le long de son torse, s'attardait sur l'encre noir du tatouage de ce dernier, frôlait du pouce le téton tendu. Il frôlait du bout des doigts les côtes puis la hanche de Gabriel. Il se léchait les lèvres alors qu'il dessinait l'os de la hanche du détenu n°6669 et accrochait l'élastique du pantalon de celui-ci. Gabriel se saisissait du poignet de Thomas, il le tordait pendant que son autre main se saisissait de la gorge de l'homme nu et le poussait violemment contre le mur de la cellule. Il avait le regard sombre, la veine à sa tempe battait alors qu'il bloquait Thomas. Ce dernier avait les mains autour du poignet de Gabriel qui tenait sa gorge. Il éprouvait des difficultés à respirer, des larmes apparaissaient même au coin de ses yeux.

-       Je croyais avoir été clair : tu fais ce que tu veux de ton cul, tu te fais baiser par qui tu veux, même par les chiens des matons si ça te chante mais tu me fiches la paix. Compris ? Thomas acquiesçait. Et la prochaine fois que tu veux te faire ramoner la cheminée, tu fais ça ailleurs que dans cette cellule où je vais repeindre les murs avec ta cervelle. Compris ? Thomas acquiesçait encore une fois. Bien. Maintenant, je ne veux plus t'entendre.

Gabriel relâchait Thomas qui tombait au sol, il attrapait ses vêtements qui étaient au sol et s'en servait pour sa cacher alors que Gabriel grimpait sur son lit. Il fermait les yeux, laissant libre court à son esprit de vagabonder vers de plus vertes prairies. Il entendait Thomas s'habiller silencieusement et s'allonger sur son propre lit. Il ne l'entendait plus de la soirée, et même le lendemain matin, ce fut une histoire sans parole entre les deux codétenus.

Lcked (Tome 1)Des histoires addictives. Découvrez maintenant