Chapitre 24 : 61 jours

810 56 15
                                        

Gabriel devait reconnaître quelque chose à Thomas : il était tenace. Trop... Toutes les semaines, sans jamais faillir, il s'était présenté à l'accueil de la prison dans l'optique de le voir. Gabriel n'avait pas cédé mais c'était lourd de savoir que malgré le fait qu'il l'ignore royalement, le blond s'accrochait à lui comme une moule à son rocher. Thomas avait gâché presque trente-sept jours de sa nouvelle vie, de sa liberté. Et ça, ça l'énervait. Et Artem le sentait plus que les autres fois, aujourd'hui, à un mois de sa relaxe.

Ils étaient encore une fois, comme les quarante autres fois, dans le petit salon que le directeur mettait à sa disposition. Ils étaient assis l'un à côté de l'autre dans le canapé de la pièce. Artem était assis, les jambes croisées de façon distinguée. Quant à Gabriel il était avachi, le visage creusé par la fatigue. Il avait dû former le nouveau prisonnier qui le remplacerait quand il sortirait. Il était con comme un balai. Il avait eu envie de le noyer dans la cuve d'huile au moins huit fois. Mais dans soixante-et-un jours il serait dehors, il n'avait pas le droit de sortir du droit chemin, le même qu'il suivait depuis qu'il était sorti du QHS.

-       J'ai croisé Thomas.

-       Pas besoin de me le dire, je l'ai entendu en montant. Il ne va vraiment pas me foutre la paix...

-       A qui la faute ?

-       Tu sais très bien que je n'ai rien fait pour !

-       Tu as envisagé de te défigurer et de bouffer comme Kelyann ?

-       Ton cousin qui fait le poids d'un GMC ?

-       Lui-même.

-       Je ne suis pas désespéré à ce point.

-       Un peu de respect, c'est mon cousin. Répondait Artem, faussement vexé.

-       Tu essayes de l'humilier à chaque repas de famille, ne viens pas me dire que ça te dérange !

-       C'est vrai. Artem rigolait à gorge déployée, repensant sûrement aux multiples tentatives qu'il avait fait pour se moquer de son cousin depuis ces dernières années. Revenons-en à ton Roméo, ou ta Juliette au choix.

-       Artem ! Le prévenait-il.

-       Non mais sérieusement, tu ne vas vraiment rien faire ? Tu sais qu'il va sûrement camper devant la prison le jour de ta sortie ?

-       Je sais... J'y travaille.

-       Tu travailles à quoi ? A devenir invisible pour lui échapper ?

-       Le directeur a fait une demande pour que je sorte la veille ou le lendemain.

-       Tu n'as vraiment pas envie de le voir pour en arriver à ces extrémités...

-       Tu sais très bien pourquoi je fais ça.

-       Oui je le sais. Et je le comprends mais... Tu ne crois pas que tu devrais accepter le voir au moins une fois ?

-       Pourquoi faire ? Nourrir ses fantasmes ? Non, Thomas doit m'oublier et pour ça c'est plus simple s'il me considère comme un connard.

-       On sait tous les deux qu'il sait que tu n'en es pas un. Et que tu fais ça pour qu'il t'oublie, comme tu lui as demandé.

Artem avait raison, et c'est sûrement ce qui l'énervait le plus. Oui, il n'était pas un connard, pendant tout ce temps où ils avaient partagé cette cellule, Thomas avait eu l'occasion de voir sa véritable personnalité. Il ne trompait personne, et surtout pas Thomas en agissant de la sorte. Gabriel se frottait le visage, las.

Lcked (Tome 1)Des histoires addictives. Découvrez maintenant