Chapitre 4 : 644 jours

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Gabriel ne laissait pas Thomas se camoufler à nouveau sous la couette et lui arrachait des mains. Immédiatement, ce dernier se recroquevillait dans un coin, enroulant ses bras tuméfiés autour de ses genoux. Gabriel lâchait la couverture au sol avant de se pencher sous le lit et tirer son codétenu dans la lumière. C'est alors qu'il voyait le véritable état dans lequel se trouvait ce dernier.

Gabriel avait mis assez de roustes et reçut assez de coups de poings et de pieds dans sa vie pour reconnaître des traces de coups quand il en voyait. Et Thomas en était recouvert. Son arcade gauche était bleue, son nez gonflé, ses lèvres coupées à plusieurs endroits, sur sa joue droite, la marque répétée d'une main. Le regard de Gabriel descendait à son cou qui portait les stigmates d'un étranglement, à ses épaules osseuses, ses bras marqués et finalement ses poignets dont la rougeur montrait qu'il avait été attaché et qu'il avait tiré sur ses liens. Il portait son débardeur blanc mais celui-ci était tâché par des traces de chaussures et des auréoles dont il ne parvenait pas à identifier l'origine. L'inspection de Gabriel s'arrêtait là, Thomas portait son pantalon, bien que celui-ci soit tout aussi tâché que son haut.

-       Tu as sucé la mauvaise queue pour finir dans cet état ?

-       Laisse-moi tranquille ! S'énervait Thomas en tentant de libérer son bras de la prise forte de son codétenu. Lâche-moi !

Gabriel le tirait violemment à lui, arrachant un cri de douleur à Thomas qui s'écroulait au bas du lit. Le brun le relâchait et s'accroupissait devant lui. La lumière de la Lune les éclairait et lui permettait de voir les larmes coincées dans les yeux de Thomas ainsi que son regard fuyant. Il avait repris sa position prostrée, le dos contre le sommier du lit.

-       Tu as fâché qui pour finir dans cet état ?

-       Depuis quand ça t'intéresse ? Grognait Thomas.

-       Je m'en fous mais quand tu m'empêches de dormir avec tes jérémiades, ça devient mon problème. Alors ?

-       Personne... Finissait-il par lâcher en détournant le regard.

-       Tu espères vraiment me faire avaler que tu es dans cet état par la volonté du Saint Esprit ?

-       Et si je te dis qui, tu vas faire quoi ? Défoncer la gueule de ces connards ?

-       Sûrement pas, je ne tiens pas à passer une journée de plus que nécessaire dans cette taule.

-       Alors tu n'as pas besoin de savoir ce qui m'est arrivé. Crachait Thomas.

Gabriel soupirait, passa sa main dans ses cheveux pour les repousser en arrière puis se redressait. Thomas l'imitait avec plus de difficultés. Quand il se retournait pour monter dans son lit, Gabriel remarquait qu'il avait du mal à se mouvoir mais ce qui fit bouillir son sang fut la tâche au niveau de la couture de son pantalon. Le brun voyait rouge. Il rattrapait Thomas par l'épaule et le forçait à lui faire face. Son visage devait être sombre car ce dernier eu un mouvement de recul et Gabriel voyait de la peur dans ses yeux.

-       Dis-moi ce qui s'est passé. Maintenant !

-       J'ai juste flirté avec les mauvaises personnes... Pourquoi tu fais ça ?

-       Thomas ! Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? Demandait-il les dents serrées.

-       Pourquoi tu veux savoir ?

-       Thomas !

-       Je ne veux pas te le dire. Tu m'as bien fait comprendre que tu ne voulais rien avoir à faire avec mon cul tant que je ne fais rien dans cette cellule de merde. Alors pourquoi maintenant tu t'en intéresse ?

Gabriel restait muet. Comment expliquer à une catin dont la passion et l'occupation première est de se faire baiser par la Terre entière, qu'il abhorrait les relations sexuelles non consenties ? Surtout quand il en était le témoin direct ou indirect. Il se passait la main sur le visage, serrant la mâchoire avant de poser ses deux mains sur les épaules de Thomas et de plonger son regard noir dans les pupilles vertes de son vis-à-vis.

-       Je vais te poser une question simple : est-ce qu'ils t'ont violé ?

-       N-Non...

-       Thomas.

Ils restèrent un moment à se regarder sans rien dire. Dans les yeux de Thomas, Gabriel pouvait y lire des questionnements, des doutes. Il ne pouvait pas lui dire pourquoi ça lui tenait tant à cœur de savoir s'il avait été forcé ou pas. Thomas se mordait la lèvre et par moment, son regard se baissait, se détournant légèrement. Gabriel montait ses mains à son visage pour l'obliger à le regarder, une larme silencieuse glissait sur la joue tuméfiée de Thomas qui semblait se briser entre les grandes mains musclées et tatouées de Gabriel. Il essuyait la larme de son pouce. Le brun se rapprochait de Thomas, leurs nez se frôlaient presque, leurs souffles chauffaient la peau du visage de l'autre.

-       Est-ce que tu as été forcé ?

-       O-Oui... Finissait par avouer Thomas en baissant les yeux sur leurs pieds, sanglotant silencieusement.

-       Qui ?

-       Gabriel...

-       Thomas, qui t'a fait ça ?

-       ...

-       Thomas, dis-moi qui est le fils de pute qui t'a violé !

-       Qu'est-ce que tu vas faire, si je te le dis ? Ne te mêle pas de mes affaires. S'il te plaît. Ça ne fera qu'empirer la situation et je n'ai pas besoin de ça. Alors oublie que je me suis fait violer comme une merde et retourne à ta vie de taulard peinard.

-       Ça ne marche pas comme ça Thomas.

-       Pourquoi ça t'intéresse tant que ça ? Je ne comprends pas !

-       Il n'y a rien à comprendre.

-       Il n'y a rien à dire dans ce cas.

Thomas se libérait de la prise de Gabriel. Il se dirigeait vers le lavabo et se mouillait le visage. Il retirait ses fringues et se nettoyait sommairement avant d'enfiler une tenue propre. Gabriel n'avait pas bougé. Thomas passait devant lui en lui jetant un regard sombre. Il se penchait pour refaire son lit. Gabriel le saisissait délicatement par le biceps. Il le faisait se tourner.

-       J'ai mes raisons, je ne veux pas les partager.

-       Et j'ai les miennes de ne pas vouloir te dire qui m'a fait ça. Ça marche dans les deux sens Gabriel. Je connais les gens comme toi, je vois bien ton regard sur... Ma façon de vivre... Ce regard je le subis depuis mon adolescence, je m'en fous complètement. Je ne te demande pas de valider mes choix pour survivre dans cette prison, je ne te demande pas non plus de prendre ma défense. Alors maintenant, oublie-moi.

Thomas se libérait de la prise de Gabriel. Il se glissait dans le lit, face au mur et se cachait sous la couette. Gabriel observait son dos quelques minutes avant de monter dans sa couchette. Il s'allongeait sur le dos, le regard perdu sur le plafond crasseux. Il n'était pas satisfait de la situation.

Lcked (Tome 1)Des histoires addictives. Découvrez maintenant