Chapitre 19 : 318 jours

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Gabriel n'aurait jamais pensé que d'être ignoré par Thomas l'ennuierait autant. Cela faisait plus d'un mois qu'ils n'avaient pas échangé un seul mot l'un pour l'autre. Si au début, il avait apprécié sa tranquillité retrouvée, très vite, l'univers carcéral s'était rappelé à lui avec son climat favorable à la dépression. Thomas était un boulet à sa cheville mais il avait au moins le mérite de le divertir, même quand il faisait des actes qu'il jugeait répréhensif. Plusieurs fois il envisageait de briser la glace entre eux, quasiment partant pour subir ses tentatives de flirt afin de l'occuper pendant ses longues journées d'ennui. Mais Gabriel, tout comme Thomas, était rancunier et il n'estimait pas être en tort dans leur situation. Enfin bref.

Gabriel devait donc s'habituer à cette nouvelle manière de vivre sa routine carcérale où les seules fois où il ouvrait la bouche pour discuter étaient pour répondre aux gardiens lui demandant des comptes sur ses activités de mécanicien. Autant dire que c'était rare puisque le directeur avait toute confiance en lui. Et après les derniers évènements, même les gardiens avaient conscience qu'ils avaient tout intérêt à ne pas lui chercher des noises. Les choses étaient bien ainsi. Pourtant, ce n'était pas bon. Gabriel n'était pas particulièrement sociable mais comme tout être humain normalement constitué, il avait besoin d'un minimum d'interaction sociale proche pour ne pas sombrer dans la folie. Mais personne dans cette prison n'avait le profil pour répondre à ce besoin. Hormis Thomas. Le même qui l'évitait comme la peste. Qu'est-ce que le monde est mal fait. Foutue fierté.

Dieu avait dû en avoir marre de l'entendre se plaindre de l'absence de Thomas car au soir de son sept cents soixante-seizièmes jours d'incarcération dans la prison d'État de F., son horrible routine fut perturbée par l'arrivée fracassante de son codétenu à la chevelure blonde dans la cellule, dix secondes avant la fermeture de la grille qui les maintenait en cage comme des animaux. Sur le coup, Gabriel ne remarquait pas qu'il y avait quelque chose qui clochait ce soir-là avec son camarade. Sur le coup, il pensait que ce dernier trop occupé à se ramoner le conduit avait failli rater l'heure de rentrer dans sa cellule. Puis, voyant que ce dernier restait bien trop longtemps contre la grille, les mains accrochées à cette dernière, il comprenait. Quelque chose n'allait pas et c'était probablement grave. Cela se confirmait d'ailleurs quand les yeux verts de Thomas, putain qu'ils étaient beaux même dans le noir, croisèrent les siens et que les larmes les inondèrent sans signe avant-coureur. Le brun ne réfléchissait pas et sautait au bas du lit, attrapant le visage de Thomas pour l'examiner. Ce dernier avait la lèvre fendue, la mâchoire tuméfiée et une vilaine marque violacée sur la joue. En regardant le reste de son corps, il identifiait rapidement les marques de liens qui avaient attaqué la peau de ses bras et de ses poignets jusqu'à brûler la peau. Sur le torse de ce dernier, au travers du t-shirt blanc déchiré, il voyait des marques sanguinolentes de coupures. Thomas avait dégusté.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est un des mecs de Teddy ?

- N-Non... C'est ma faute... C'est ma faute... Sanglotait Thomas en s'accrochant à Gabriel fortement. C'est ma faute... C'est ma faute.

- Qu'est-ce qui est ta faute ? Demandait Gabriel calmement.

- C'est ma faute... J'ai tout fait foirer... C'est ma faute...

- Qu'est-ce que tu as fait foirer ?

- Tout ! Ma vie... Ta vie... Tout !

- Écoute Thomas, il va falloir que tu m'expliques parce que là ce que tu me dis n'a aucun sens.

- Tu n'aurais pas dû me venir en aide... Tu aurais dû continuer de me détester...

- C'est un peu tard pour regretter de m'avoir collé au cul tous ces mois. Allez, assieds-toi que je soigne un peu ce bordel.

Lcked (Tome 1)Des histoires addictives. Découvrez maintenant