Chapitre 15 : Imprudence

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Je ne pouvais pas m'empêcher d'angoisser, coincée entre les quatre murs de l'ascenseur qui m'emmenait au rez-de-chaussée de la résidence. La froideur d'Eden après le drame n'avait pas quitté mon esprit. J'appréhendais ce qu'elle avait à me dire, d'autant plus que le simple fait qu'elle se déplace signifiait que cela devait avoir une grande importance.

Lorsque les portes s'ouvrirent et que je sortis, deux hommes en smoking m'emboîtèrent le pas quelques mètres plus loin. Ils portaient chacun une oreillette à peine visible. Et alors que mon oeil repérait au même moment plusieurs caméras de surveillance, les mots de Gabriel me revinrent en mémoire : "Le loft est sous surveillance et des hommes montent la garde 24/24." La preuve était sous mes yeux et étrangement, j'en retirai une certaine inquiétude. Toute cette organisation me donnait plus l'impression d'être enfermée que protégée.

J'aperçus rapidement Eden, encadrée par trois hommes vêtue du même uniforme que les deux autres. De grands cernes creusaient le bas de ses yeux tandis que son visage me paraissait plus émacié que jamais. Alors que ses yeux bruns scintillaient d'habitude d'un éclat solaire, ces derniers arboraient une uniformité sombre à la couleur ternie par les larmes qu'elle avait versées. Ses lèvres étaient sèches, pâles, fines. Je pensais soudain au renversement qu'avait subi son univers en à peine une soirée et au fait qu'elle avait dû affronter tout cela seule. Elle avait dû passer la nuit dans l'appartement qu'elle partageait avec celui qu'elle croyait sincère. Je m'en voulus automatiquement. J'aurais voulu que rien de tout cela ne se soit produit.

— Hey, soufflai-je. Comment vas-tu ?

À ton avis, espèce d'imbécile ? Comment se sent-on après avoir vécu la trahison de son petit ami ? Je voulus me frapper.

Pourtant, Eden ne montra aucun signe d'agacement.

— Je... J'essaye de tenir le coup, on va dire.

Je hochai la tête, me tortillant les doigts. Que devait-on dire dans cette situation ?

— C'est Andrew qui a eu la gentillesse de m'envoyer l'adresse de Priam avant que je prenne mon taxi hier, au cas où. C'est... c'est comme ça que j'ai pu te retrouver.

— Il a bien fait. Je suis désolée, j'aurais dû y penser. Après tout ça, on se sent facilement sans repères.

Elle soupira.

— Je comprends ce que tu as vécu en arrivant à Brooklyn l'an dernier, maintenant. C'est exactement ça. J'ai l'impression que tout ce que j'ai connu ici n'est que mensonges, que je dois tout recommencer à zéro, mais... sans savoir comment faire.

Je posai ma main sur la sienne qui tremblait un peu.

— Tu vas t'en sortir. Tu n'es pas toute seule, même si c'est ce que tu penses aujourd'hui. Je suis là, bien que ma présence puisse te mettre mal à l'aise à cause de...

— Non ! Ne crois surtout pas ça, s'exclama-t-elle. C'est un peu bizarre, en effet... mais, je ne veux pas notre amitié parte en vrille à cause de ses mensonges. Ça ne serait pas juste. Je veux qu'on continue à compter l'une sur l'autre.

— C'est ce que je veux aussi, murmurai-je avec un sourire contrit.

— Je suis surtout perdue, voilà, car ça faisait si longtemps que nous étions ensemble... Recommencer ma vie seule, être célibataire me paraissent étranger. Et puis, surtout... qu'il ne m'aime plus, c'est une chose, je ne peux pas l'en blâmer. Mais j'aurais aimé qu'il fasse sa déclaration à quelqu'un d'autre après avoir eu les couilles de me quitter.

Et surtout dans d'autres conditions.

Je secouai la tête.

— C'est lâche. Je n'aurais jamais pensé le voir agir de cette manière un jour.

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